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Féminicide à Mérignac: quelles ont été les failles dans le suivi judiciaire du mari?

Des fleurs sont déposées le 5 mai 2021 à Mérignac, près de Bordeaux, à l'endroit où une femme de 31 ans a été brûlée vive par son mari

Des fleurs sont déposées le 5 mai 2021 à Mérignac, près de Bordeaux, à l'endroit où une femme de 31 ans a été brûlée vive par son mari - MEHDI FEDOUACH © 2019 AFP

L'époux de Chahinez avait déjà été condamné pour des violences conjugales sur cette dernière et purgeait une peine de prison avec sursis.

Chahinez, 31 ans et mère de trois enfants, est morte mardi, brûlée vive par son mari à Mérignac, dans l'agglomération bordelaise. Son agresseur, qui lui a également tiré dans les jambes à plusieurs reprises, avait déjà été condamné à sept reprises, et notamment le 25 juin 2020 à 18 mois de prison dont neuf avec sursis pour "violences volontaires par conjoint" en récidive sur son épouse.

Mounir B. avait bénéficié à compter du 5 octobre dernier d'une mesure de placement extérieur spécifique pour les auteurs de violences conjugales, indique l'Agence France-Presse (AFP). Il s'agit d'un aménagement de peine autorisant un détenu à quitter le centre pénitentiaire dans lequel il est incarcéré, par exemple pour exercer une activité professionnelle, suivre une formation ou encore rechercher un emploi, détaille le ministère de la Justice sur son site.

Libéré le 9 décembre 2020, l'homme "était depuis suivi par le service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) de la Gironde", avait détaillé le parquet mercredi soir, soulignant que cette mesure "comprenait notamment une obligation de soins, l'interdiction d'entrer en contact avec la victime et l'interdiction de paraître à son domicile".

Mérignac: le parcours du tueur
Mérignac: le parcours du tueur © BFMTV

Une nouvelle agression le 15 mars

Par la suite, l'homme s'est rendu aux quatre convocations du conseiller du SPIP. Selon l'AFP, citant la procureure de Bordeaux Frédérique Porterie, il avait admis à cette occasion avoir contacté son épouse en dépit des interdictions qui lui étaient faites.

Le 15 mars dernier, Mounir B. guette son épouse à la sortie du supermarché, en violation des règles qu'il devait observer. Il la tire par son foulard, l'entraîne dans sa voiture et la frappe. Molestée, Chahinez se rend au commissariat dans la foulée pour faire état de cette nouvelle agression et des circonstances.

Une enquête est ouverte, une fiche de recherche émise. Les forces de l'ordre se rendent à l'adresse que l'individu a indiqué, à Pessac, chez sa soeur, selon Le Parisien, soit à quelques kilomètres du logement de Chahinez. L'homme demeure introuvable.

Deux des quatre convocations auxquelles était astreint Mounir B. se sont déroulées après cette nouvelle agression, les 26 mars et 14 avril, alors que l'homme était recherché par les services de police.

Une mission d'inspection déclenchée

Jeudi, les ministères de la Justice et de l'Intérieur ont déclenché une mission d'inspection. Elle devra notamment étudier les conditions de remise en liberté et le suivi de l'homme, ont annoncé le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et la ministre déléguée à Citoyenneté Marlène Schiappa dans un communiqué conjoint.

Interrogée sur d'éventuels "dysfonctionnements" voire des failles dans le suivi du détenu, la porte-parole du ministère de la Justice Emmanuelle Masson a botté en touche ce vendredi:

"C'est précisément le sens de cette mission de comprendre comment l'information a circulé entre les différents intervenants, ou n'a pas circulé", a-t-elle indiqué sur BFMTV, notamment entre les services de police et la justice.

L'agresseur mis en examen ce vendredi

Sur notre antenne jeudi soir, Marlène Schiappa a estimé que le gouvernement faisait "tout ce qui est en son pouvoir" pour lutter contre les violences conjugales. "Je ne peux pas tolérer ou accepter que des hommes pensent avoir le droit de vie ou de mort sur leur femme ou sur leur ex-femme", défendu la ministre, "mais n'oublions pas que le coupable, c'est le meurtrier avant tout", a-t-elle ajouté.

Une information judiciaire a été ouverte, notamment pour "homicide volontaire par conjoint". Mounir B. a été mis en examen ce vendredi matin de ce chef, a annoncé le parquet de Bordeaux à l'AFP, ainsi que pour "destruction volontaire par incendie, violences volontaires sans ITT avec arme en récidive légale". Ce dernier chef concerne les menaces à l'encontre d'un voisin qui a tenté de secourir la jeune femme. Il a été placé en détention provisoire.

Sarah-Lou Cohen et Clarisse Martin