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Enquête sur l'ex-patron des stups: des magistrats ont-ils organisé une fausse garde à vue?

Les magistrates ont été convoquées par l'IGPN.

Les magistrates ont été convoquées par l'IGPN. - AFP

Deux magistrates ont été placées en garde à vue dans le cadre de l'enquête qui concerne l'ancien patron des stups. Elles sont soupçonnés d'avoir organisé une fausse garde à vue pour protéger un trafiquant de drogue, également ancien indic de la police.

Le patron des stups a déjà chuté, mais l'affaire pourrait désormais atteindre la justice parisienne. La vice-procureure du parquet de Paris, Véronique Degermann, a été entendue mardi dans les locaux de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) dans le cadre d'une commission rogatoire délivrée par le parquet de Lyon. Sa garde à vue a été levée mercredi soir. Une autre magistrate, Karine Roussy-Sabourin, ancienne procureure à la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris et désormais en poste à la cour d'appel d'Aix-en-Provence, avait elle aussi été convoquée. Elle a pu sortir dans la soirée. 

Cette procédure rarissime intervient dans le cadre de l'enquête qui implique également l'ancien patron de l'office de lutte contre le trafic de drogue. François Thierry, déjà mis en examen dans un dossier connexe pour "complicité de détention, transport, acquisition de stupéfiants" et "complicité d'exportation de stupéfiants en bande organisée", était d'ailleurs lui aussi placé en garde à vue depuis lundi, rapporte Le Monde. L'ex-grand flic et les deux magistrates ont été entendus sur une fausse garde à vue organisée pour protéger un trafiquant de drogue qui coopérait avec la police. "Qui dit fausse garde à vue, dit faux PV", reconnaît un magistrat.

Drogue "surveillée"

L'affaire débute en octobre 2015. A cette époque, les hommes de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières mettent la main sur 7,1 tonnes de cannabis stockées dans trois camionnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le 16e arrondissement de Paris. Rapidement, l'enquête permet de remonter à un certain Sofiane Hambli, trafiquant notoire qui vit à quelques mètres du lieu de la saisie. Trafiquant, certes, mais surtout indic de l'Octris et plus particulièrement du grand patron, François Thierry. La drogue saisie par les douanes était, en réalité, "surveillée"

La méthode existe, mais le patron des stups serait allé plus loin. L'année dernière, Hubert Avoine porte plainte. Cet ancien informateur de la brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants jusqu'en 2013 dénonce les méthodes de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants et de son patron. Il raconte que lors d'une mission d'infiltration qui lui était confiée, il a vu cinq policiers français en civil décharger dans cette maison des dizaines de valises contenant du cannabis. Même si François Thierry et son entourage démentent, ce dernier est soupçonné d'avoir favorisé les affaires de Sofiane Hambli, afin de repérer et de faire tomber les réseaux de revendeurs.

"Faux en écriture"

Outre ce dossier dépaysé à Bordeaux, le volet lyonnais de l'enquête a été ouvert pour "infraction à la législation sur les stupéfiants" dont des importations, "faux en écriture publique par personne dépositaire de l'autorité publique" et "usage de faux". Les deux derniers chefs de prévention concernent les deux magistrates placées en garde à vue. Afin de soutenir l'action de François Thierry, celles-ci auraient pu autoriser une fausse garde à vue. En 2012, Sophiane Hambli aurait alors été extrait de sa cellule pour être conduit dans une chambre d'hôtel. Là, il aurait appelé des producteurs de drogue au Maroc pour réaliser des importations, rapporte Le Parisien.

"Les magistrats sont des citoyens comme les autres et doivent répondre de leurs actes, mais ils ont une responsabilité en plus du fait de leurs missions", déplore un magistrat. Dans cette affaire, François Thierry est notamment soupçonné d'avoir favorisé l'importation de drogue en France sans avoir informé totalement l'autorité judiciaire des modalités de l'opération ni du rôle-clé de cet informateur qu'il gérait en direct. Il affirme au contraire que les magistrats, notamment ceux du parquet de Paris, étaient au courant des méthodes d'infiltration de l'Ocrtis.

Justine Chevalier