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Des policiers et leurs compagnes "en colère" manifestent, un an après la grogne

La police prise pour cible?  C'est ce que dénonçaient les manifestant à Paris ce samedi.

La police prise pour cible? C'est ce que dénonçaient les manifestant à Paris ce samedi. - BFMTV

Locaux insalubres, véhicules hors d'âge, complications administratives... Un an après le début de la grogne, les policiers n'ont guère vu d'amélioration de leurs conditions de travail.

Plusieurs centaines de policiers et leurs compagnes ont manifesté samedi à Paris et dans d'autres grandes villes pour exprimer leur "colère" sur leurs conditions de travail, près d'un an après le déclenchement d'une grogne inédite dans la police. Femmes de policiers en tête du cortège, quelque 200 personnes ont défilé dans la capitale. La Direction générale de la police nationale (DGPN) a indiqué avoir dénombré 120 manifestants à Paris, pour un total de 520 en France.

Un mannequin représentant un policier était dressé sur une voiture circulant dans le quartier des Invalides, une cible placée dans le dos, et des manifestants scandaient des slogans comme "Assez, assez de policiers brûlés!".

Un album photo du pire

Née après l'attaque aux cocktails Molotov contre des policiers gravement blessés le 8 octobre 2016 à Viry-Châtillon (Essonne), la fronde parmi les policiers avait duré plusieurs semaines, avec des manifestations nocturnes à travers la France. Organisée grâce aux réseaux sociaux et sans les syndicats, elle était inédite par son ampleur.

Il s'agit d'alerter sur "nos conditions de travail avec des véhicules hors d'âge, des lourdeurs procédurales...", a expliqué Tom, vice-président de l'Union nationale des policiers indépendants (UPNI), l'une des trois associations qui ont appelé à manifester.

L'UPNI a présenté samedi un album photo compilant des clichés réunis dans le cadre d'un "concours photo" lancé pour dénoncer la vétusté des équipements dans la police. "Le commissariat de Coulommiers (Seine-et-Marne) a 'gagné'", a indiqué le vice-président de l'association.

Une camionnette sans portières à Clichy-sous-Bois, des journaux colmatant des tuyaux dans des sanitaires à Aix-en-Provence, des vitres cassées à Lyon ou encore des seaux pour récupérer l'eau de pluie: l'album photo, que l'UPNI compte envoyer la semaine prochaine au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, dresse un constat accablant des conditions de travail pour certains fonctionnaires de police.

Pour réclamer des moyens ou fustiger une justice "laxiste", ils étaient samedi une soixantaine à Marseille, une cinquantaine à Lyon comme à Toulouse, une quarantaine à Bordeaux et une trentaine à Strasbourg.

"Tout le monde ne déteste pas les forces de l'ordre. Nous on les aime, et on ira jusqu'au bout", a dit Isabelle, femme de policier marseillais et porte-parole régionale de la Fédération des femmes de forces de l'ordre en colère (FFOC).

Gérard Collomb réclame du temps

Face à la grogne de l'automne dernier, le gouvernement de François Hollande avait débloqué une enveloppe de 250 millions d'euros pour améliorer l'équipement, et fait voter une loi assouplissant les règles de la légitime défense.

"Concrètement, on nous a fait des promesses, elles ne sont pas toutes tenues", a résumé Thierry, un policier de 46 ans qui manifestait à Toulouse et qui, comme les autres, a préféré garder l'anonymat. "On attend toujours du matériel, la formation pour ce matériel".

Les nouvelles autorités avaient réagi par avance à cette mobilisation. "Ces collectifs et associations ne sont pas représentatifs", contrairement aux syndicats, a déclaré cette semaine le nouveau patron de la police, Eric Morvan, refusant l'image d'une "police misérabiliste". Interpellé fin août sur le "concours photo" lancé par les protestataires, Gérard Collomb avait demandé du temps: "En trois mois, je n'ai pas repeint de mes petites mains tous les commissariats de France".

David Namias avec AFP