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Comment lutter contre la prolifération des téléphones portables en prison

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- - GERARD JULIEN / AFP

Quelque 40.000 téléphones et accessoires ont été saisis l'année dernière en prison. Pour lutter contre la présence de ces smartphones dans les cellules, plusieurs pistes sont envisagées.

Les images des rappeurs Kaaris et Booba, en détention provisoire depuis leur altercation à l'aéroport d'Orly, tournées au sein de leur prison, ont suscité la controverse. Et pointé la prolifération des smartphones dans les centres de détention.

En seulement quelques minutes, comme nous l'avons expérimenté, il est en effet possible de contacter et d'entrer en contact avec un détenu via les réseaux sociaux. Depuis sa cellule, cet homme communique et se filme grâce à son téléphone portable:

"C'est pour tuer l'ennui", confie ce détenu à BFMTV. "Si on n'a pas de téléphone, on va faire quoi, on va regarder la télé? Au moins, là, je suis connecté, j'appelle la famille, ça me permet de garder contact avec les amis dehors."

40.000 téléphones saisis en 2017

Ce détenu est loin d'être un cas isolé. L'année dernière, plus de 40.000 téléphones et accessoires ont été saisis dans les 180 prisons françaises qui comptent près de 70.000 détenus. C'est dix fois plus qu'en 2007. Se procurer un portable semble être presque un jeu d'enfant.

"C'est beaucoup par projection, par les parloirs. Ils faut savoir que les tous petits miniaturisés ne sonnent même pas sous les portiques à ondes millimétriques", explique à BFMTV Erwan Saoudi, élégué régional FO-pénitentiaire.

Face à ce phénomène, les surveillants se sentent impuissants. "Nous n'avons plus la possibilité de faire les fouilles individuelles des détenus, donc il n'y a plus de fouilles à corps", regrette pour BFMTV Thibault Capelle, responsable au sein du syndicat FO pénitentiaire à Fleury-Mérogis.

Brouillage et installation de téléphones fixes

Pour enrayer le phénomène, le ministère de la Justice a lancé deux projets: un meilleur brouillage des communications et l'installation de téléphones fixes dans chaque cellule avec des numéros enregistrés. Au total, 50.000 seront installés.

L'expérimentation menée à la prison de Montmédy, dans la Meuse, en 2016 et 2017, a été jugée "très positive". L'installation de ces téléphones a ainsi fait "baisser les tensions" et le nombre de saisies de portables. La prison de la Santé à Paris, qui va rouvrir ses portes en janvier prochain, expérimentera d'ailleurs ce système.

"On généralise l'accès aux téléphones dans les cellules mais on brouille l'ensemble du site pour éviter les communications parallèles, notamment l'utilisation des téléphones portables", indique à BFMTV Christelle Rotach, directrice de la maison d'arrêt de la Santé, dans le 14e arrondissement.

Car les portables ne permettent pas seulement de garder contact avec les proches. Certains détenus s'en servent pour poursuivre leur trafic à l'extérieur de la prison ou même préparer leur évasion.
C.H.A. avec Laetitia Soudy