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Agents radicalisés: la préfecture de police s'inquiétait déjà de son impuissance en 2018

Après l'attaque de la préfecture de police de Paris, le ministre de l'Intérieur demande à ce que les personnes radicalisées soient signalées automatiquement. Mais selon une note de 2018, que s'est procurée BFMTV, même si un agent est signalé, il n'est pas facile de le congédier.

À la suite de l'attaque de la préfecture de police de Paris, qui a fait quatre morts, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a demandé à ce que toute alerte à la radicalisation fasse "l'objet d'un signalement automatique". Cette demande survient après un dysfonctionnement notoire: Mickaël Harpon, l'assaillant, avait été signalé à plusieurs reprises par ses collègues. Aucune alerte officielle n'avait cependant été lancée, alors que certains avaient noté sa radicalisation.

Mais est-il si facile d'évincer un agent radicalisé? Non, si l'on en croit les déclarations de la patronne des renseignements de la préfecture de police de Paris. Françoise Bilancini avait été interrogée par les députés lors d'une audition à huis clos en décembre 2018. Elle s'était alors montrée plutôt pessimiste quant à l'évincement des personnes radicalisées, selon une note de l'audition, que s'est procurée BFMTV.

La radicalisation, pas un motif de révocation

La patronne de la DRPP (Direction du Renseignement de la préfecture de police de Paris) fait un véritable aveu d'impuissance lors de son entretien, rappelant que la radicalisation n'est pas un motif de révocation d'un fonctionnaire de police, et qu'il faut trouver une autre raison pour le congédier, comme une faute professionnelle.

Autre blocage selon Françoise Bilancini: si le policier est révoqué, il va passer en conseil de discipline, où sont présents des représentants de l'administration, mais aussi les syndicats. La patronne de la DRPP souligne que devant les représentants du personnel, il peut être très compliqué de tout dévoiler sur l'agent concerné, notamment parce qu'il y a des choses qui touchent à l'intime, à la vie privée.

Dans son audition, la directrice de la DRPP ajoute également qu'un profil radicalisé n'est pas toujours visible, et peut être habilement dissimulé. D'excellents agents publics très bien intégrés, très bien notés, peuvent ainsi être radicalisés.

Mélanie Vecchio avec Salomé Vincendon