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Radicalisation: dans les services publics ou à l'école, de nombreux outils de signalement existent déjà

Le personnel de la préfecture a été évacué et le secteur a été bouclé par les forces de l'ordre après l'attaque au couteau

Le personnel de la préfecture a été évacué et le secteur a été bouclé par les forces de l'ordre après l'attaque au couteau - Martin Bureau / AFP

Emmanuel Macron a appelé ce mardi matin les Français à la "vigilance" contre "l'hydre islamiste". Face à de possibles signes de radicalisation, de nombreux outils de signalement ont déjà été mis en place depuis cinq ans.

"Une société de vigilance." Ce mardi matin, lors de l'hommage rendu aux quatre policiers assassinés à la préfecture de police de Paris, Emmanuel Macron a enjoint "la Nation tout entière" à se mobiliser contre "l'hydre islamiste". Rupture avec l'entourage, changement de comportements, consultation de site jihadiste... Il appelle chacun à être attentif face aux possibles signes de radicalisation, estimant que l'administration et l'État ne peuvent pas arriver à bout, seuls, de "cet islamisme souterrain qui corrompt les enfants de France." L'Élysée invite les citoyens à utiliser les nombreux outils de signalisation instaurés ces dernières années. 

Plus de 60.000 appels en 4 ans

Depuis avril 2014, le gouvernement a mis en place un numéro vert de signalement au 0.800.005.696. Il s'adresse aux familles de ceux, à l'époque de plus en plus nombreux, tentés de rejoindre la zone irako-syrienne. À la suite des attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher, le site stop-djihadisme.gouv.fr a également été créé, avec des comptes Twitter et Facebook, afin de signaler facilement une personne que l'on suspecte d'être radicalisée. Il existe aussi un formulaire en ligne "d'assistance aux familles et prévention de la radicalisation violente". 

Entre sa création et novembre 2018, l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT) qui encadre ces plateformes de signalement a recensé 62.011 appels téléphoniques et 5781 formulaires internet, d'après le rapport sur la radicalisation dans les services publics dévoilé en juin dernier.

À la suite de ces signalements, "7304 cas ont été transmis aux services spécialisés, 5379 ont fait l’objet d’un suivi et 2556 continuent d’être suivis par les services", précisent les auteurs du rapport, les députés Éric Diard et Éric Poulliat.

Une cinquantaine de militaires radicalisés

Les cas inquiétants sont également signalés directement par les préfectures avec des "états-majors de sécurité" (EMS). Ces derniers remontent les informations récoltées à l'échelle locale - par la police, la gendarmerie ou toute autre administration. 9516 individus ont ainsi été signalés par ce biais puis inscrits au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). 5862 sont toujours suivis.

Les services peuvent aussi alerter sur un fonctionnaire sans passer par les EMS, ce qui représente 7130 cas inscrits au FSPRT, indique le rapport. D'après nos informations, une vingtaine de policiers ont ainsi été écartés depuis 2015, tandis que la même proportion est encore sous surveillance, ainsi que dix gendarmes.

Au sein de l'armée, c'est la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) qui prend en charge les signalements, puis procède à une enquête approfondie. Elle peut ensuite proposer des "mesures d'entrave", comme l'interdiction d'accès à des sites sensibles. Une cinquantaine de dossiers de radicalisation sont ainsi traités par l'armée, selon la DRSD auprès des rapporteurs.

À l'école, l'application "faits établissement"

Comme l'a rappelé ce week-end le secrétaire d'État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, une "surveillance particulière" est réservée aux salariés de l'industrie des transports. Plus généralement dans le privé, les entreprises peuvent signaler un salarié radicalisé par le numéro vert, ou contacter directement l'UCLAT et les services de renseignements.

Une procédure particulière est enfin dédiée au milieu scolaire. Lorsqu'un professeur observe chez un élève, ou un collègue "l'apparition de signes caractéristiques" et "un faisceau d'indices probants et cumulatifs", rapporte le site de l'Éducation nationale, il doit alors en informer le chef d'établissement. 

Ce dernier doit en aviser l'Académie et le référent départemental de prévention de la radicalisation, tout en indiquant le cas sur l'application "faits établissement". Cette dernière enregistre "tous les faits préoccupants" observés à l'école.

Esther Paolini