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Affaire Laetitia: Tony Meilhon condamné une nouvelle fois à la perpétuité

Tony Meilhon est apparu souriant à l'annonce du verdict.

Tony Meilhon est apparu souriant à l'annonce du verdict. - Benoît Peyrucq - AFP

Après 12 jours d'audience, le procès de Tony Meilhon s'est achevé ce lundi. Reconnu coupable en 2013 du meurtre de Laetitia Perrais en première instance, sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité a été confirmée en appel.

Tony Meilhon a été condamné lundi soir à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans, par la cour d'assises de Rennes où il était jugé en appel pour le meurtre et le démembrement de Laetitia Perrais. Aucune mesure de rétention de sûreté, permettant aux autorités de demander le placement du détenu en centre socio-judiciaire après avoir purgé sa peine, n'a été décidée, comme cela avait été le cas en 2013 en première instance. 

A l'annonce du verdict, Tony Meilhon a souri à plusieurs reprises alors qu'il s'entretenait avec ses avocats.

"Une innocente absolue"

Juste avant que la cour n'entre en délibération, Tony Meilhon avait fait part de ses regrets, une dernière fois, pour avoir tué la jeune fille de 18 ans le 19 janvier 2011. Tout en maintenant sa version des faits, niant notamment de l'avoir démembrée. "Lætitia a été victime du crime le plus odieux: c'était une jeune fille particulièrement fragile qui a eu une vie assez triste (...) mais commençait à s'en tirer... Une fille bien qui a été tuée dans une nuit d'horreur... Une innocente absolue: elle n'a rien fait pour mériter cela", a scandé pendant son réquisitoire d'une heure et demie.

"Ce qui s'est passé, j'ai pas de pourquoi: j'ai fait vraiment n'importe quoi. Le comment: j'ai dit toute la vérité", a-t-il déclaré, invité une dernière fois à s'exprimer juste après la plaidoirie de son avocat, Me Fathi Benbrahim, qui a invité les jurés à faire preuve de "compassion" à l'égard de son client.

"J'étais dangereux"

L'avocat général a requis la perpétuité avec 22 ans de sûreté et une éventuelle rétention de sûreté à l'issue, comme l'avait décidé la cour d'assises de Loire-Atlantique en juin 2013. "J'ai commis l'irréparable, c'est sûr, et quoi que vous décidiez, rien ne sera réparé", a déclaré Tony Meilhon, crâne et visage rasés, en veste, cravate et chemise sombre.

"L'avocat général a dit une chose censée (en parlant de Tony Meilhon, ndlr): 'Il est dangereux'. C'est vrai: j'étais dangereux", a poursuivi l'accusé.

"Si on me pose la question, je dirai: 'non, on me fait pas sortir de prison'. Dehors, je suis un danger pour moi-même autant que je suis un danger pour les autres", a-t-il reconnu. Pour autant, Tony Meilhon, poursuivi pour l'enlèvement, la séquestration, le meurtre et le démembrement du corps de Lætitia Perrais, refuse d'être condamné pour le démembrement, qu'il nie toujours catégoriquement avoir commis, même si les enquêteurs n'ont trouvé aucune preuve de complicité.

Pourvoi en cassation

Mais l'homme qu'il a dénoncé a nié ces accusations. "Si je devais être condamné pour le démembrement, je me pourvoirais en cassation pour qu'une enquête soit faite et, si cela devait m'être refusé, je ferais un écrit", a-t-il déclaré, indiquant que le produit des ventes d'un éventuel livre avec sa version des faits serait reversé à la famille de la victime.

"Mesdames et Messieurs, soyez humains, soyez équitables", a plaidé de son côté son avocat, Me Benbrahim, à l'attention des neuf membres du jury. "Et permettez-moi une dernière audace: vous devez avoir de la compassion vis-à-vis de cet homme", a-t-il dit. "La mort de Lætitia mérite peut-être la perpétuité", a souligné le conseil. "Mais devez-vous aller au-delà"?, a-t-il demandé après avoir rappelé "la trajectoire de souffrance" de son client.

"Terreau de la psychopathie"

Tony Meilhon présente des "carences affectives et éducatives", liées à la séparation quand il avait quatre ans de ses parents, au sentiment d'abandon de la part de sa mère partageant sa vie avec un nouveau compagnon, et à ses placements en foyers. Sans compter qu'il a passé "la moitié de sa vie en prison", a rappelé Me Benbrahim.

Ces carences, selon l'avocat, "ont fait le terreau de la psychopathie" de son client, mise en perspective par des experts. "Un procès, ce sont des faits, une personne, une sanction", a souligné Me Benbrahim. "Ce matin", pendant le réquisitoire de l'avocat général, "je n'ai entendu que des faits et une sanction. Il a passé l'aspect humain par pertes et profits".

Les regrets de la famille de Laetitia

"Nous étions venus chercher la vérité, pour que ce procès ait du sens: nous nous sommes heurtés une nouvelle fois à la sordide mégalomanie de Tony Meilhon qui nous en prive, presque avec gourmandise", a regretté de son côté Me Benoit Poquet, avocat du père de Lætitia et Jessica Perrais, Franck Perrais.

S'adressant directement à Lætitia, l'avocate de son parrain Alain Larcher, Me Emmanuelle Henry, a fait monter les larmes aux yeux de plusieurs des neuf jurés, sept femmes et deux hommes, mais aussi du public: "Ta présence a plané à cette audience pendant quinze jours", a-t-elle déclaré. "Tu n'es pas un 'dossier', Lætitia tu es une princesse", a-t-elle ajouté.

Il n'y a "pas eu de réponse à la plupart des questions", a regretté Mme Henry, dénonçant l'obstination de Tony Meilhon, dans ce procès comme dans le précédent à Nantes à la mi-2013, à plaider un homicide involontaire par accident de voiture qu'il aurait voulu déguiser en crime crapuleux.

la rédaction avec AFP