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Affaire Griveaux: ce qu'a dit Alexandra de Taddeo aux enquêteurs

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Alexandra de Taddeo, la destinataire des vidéos intimes de Benjamin Griveaux, a expliqué aux enquêteurs dans quelles circonstances elle est entrée en contact avec l'ancien porte-parole du gouvernement.

Comment Alexandra de Taddeo s'est-elle retrouvée en possession des vidéos intimes de Benjamin Griveaux? C'est l'une des questions qui a été au coeur des auditions de la jeune femme dans les locaux de la brigade de répression de la délinquance aux personnes de la police judiciaire parisienne. Placée en garde à vue pendant 48 heures, le 17 février, la compagne de Piotr Pavlenski, l'homme qui a reconnu avoir diffusé ces vidéos, a livré en détails l'origine de ces images.

Le premier contact entre Alexandra de Taddeo et Benjamin Griveaux se fait sur Instagram. La jeune femme s'abonne au compte - public - de l'homme politique, qui la suit en retour. Passés les premiers "like", en avril 2018, le porte-parole du gouvernement de l'époque engage une conversation sur Facebook, selon le récit fait par la jeune femme devant les enquêteurs. Ils évoquent alors de nombreux sujets, la politique, l'humour, mais "rien d'intime".

Des vidéos "exclusivement" à caractère sexuel

Puis quelques jours plus tard, les échanges prennent un autre ton lorsqu'Alexandra de Taddeo poste une photo d'un monument de Paris, proche du domicile de Benjamin Griveaux. "Il m'a insinué que l'on pourrait se rencontrer", explique la jeune femme aux policiers. La rencontre ne se fera qu'au milieu du mois de mai 2018 lorsque le porte-parole du gouvernement se rend "un samedi après-midi" au domicile parisien d'Alexandra de Taddeo. Elle raconte avoir eu "une relation sexuelle consentie" avec Benjamin Griveaux.

"Cette première rencontre ne m'a pas laissé une image positive de l'homme Griveaux et de l'homme en général, hypocrite ou autre", lance-t-elle devant les enquêteurs.

Après cette rencontre, l'homme politique continue de lui envoyer des messages. Alexandra de Taddeo entretient les échanges, plus par jeu, alors qu'elle décrit un homme "un peu lourdingue" dans sa façon de tenter de la séduire. Outre les messages, dans lesquels il lui demande notamment de la revoir, dit-elle, elle évoque aussi des photos mais aussi entre cinq et dix vidéos envoyées via une messagerie cryptée sur laquelle les envois s'autodétruisaient au bout de 30 secondes.

"J'ai reçu beaucoup de vidéos de lui à caractère sexuel, je pense que ces vidéos étaient exclusivement à caractère sexuel", se souvient la jeune femme, dont les deux qui ont été diffusées sur le site Pornopolitique.com.

Des vidéos tournées au ministère

Concernant les deux vidéos diffusées publiquement par Piotr Pavlenski, l'une date de juin 2018, l'autre d'août 2018 alors que Benjamin Griveaux était en vacances dans le Var. Alexandra de Taddeo précise encore que les autres vidéos envoyées par l'homme politique ont été tournées à son bureau du ministère et parfois à son domicile. En réponse, l'étudiante de 29 ans dit lui avoir envoyé des photos d'elle, des photos intimes mais pas pornographiques, assure-t-elle.

La jeune femme a choisi de conserver quatre vidéos de Benjamin Griveaux via des captures d'écran puis les a transférées sur son ordinateur portable personnel, non pas dans un esprit de vengeance, dit-elle, mais pour se protéger, au cas où. "Je savais que si sa femme ou quelqu'un d'autre apprenait sa relation avec moi, il n'hésiterait pas à m'enfoncer et ne me défendrait pas, donc je voulais me préserver via ce biais", se défend-t-elle, expliquant n'avoir aucune autre vidéo d'homme politique.

Dénoncer l'hypocrisie des hommes politiques

Alexandra de Taddeo met fin à ces échanges lorsqu'elle rencontre Piotr Pavlenski en janvier 2019. Elle assure qu'elle et Benjamin Griveaux se sont quittés en bon terme, et se défend aussi d'avoir communiqué les vidéos à son compagnon. A la question de sa voir si l'activiste russe a pu subtiliser les vidéos sur l'ordinateur de la jeune femme, cette dernière estime que c'est possible. Face à l'ampleur de l'affaire, l'étudiante dit avoir supprimé tous les fichiers sur son ordinateur et s'être débarrassée d'une clé USB qui contenait les vidéos en la jetant dans les toilettes d'un restaurant.

Assurant ne pas être au courant du projet de diffusion, Alexandra de Taddeo, mise en examen pour "atteinte à l'intimité de la vie privée", embrasse aujourd'hui l'ambition de son compagnon, dépassant la personne de Benjamin Griveaux: dénoncer l'hypocrisie des hommes politiques. "Piotr ne savait pas qui était Benjamin Griveaux (...) D’autres figures politiques devaient également apparaître sur le site pour des faits similaires. Je pense que c’était parce que c’était le matériel qu’il a obtenu facilement, et que c’était dans l’actualité.”

Alexandra Gonzalez avec Justine Chevalier