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Affaire Fiona: le parcours judiciaire se poursuit pour la mère de la fillette

Cécile Bourgeon, le 5 septembre 2016.

Cécile Bourgeon, le 5 septembre 2016. - Thierry Zoccolan - AFP

En première instance, Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, morte en mai 2013, était condamnée à 5 ans de prison. À l’issue du procès en appel, la cour l'avait condamnée à 20 ans de réclusion. Pourtant, Cécile Bourgeon a quitté sa prison mercredi soir. BFMTV.com fait le point sur cette affaire.

Cécile Bourgeon a retrouvé sa liberté mercredi soir, après avoir passé plus de cinq ans derrière les barreaux. La Cour de cassation a annulé la condamnation en appel et ordonné un nouveau procès pour la mère de Fiona, morte à l'âge de cinq ans en 2013. Un nouveau procès doit se tenir courant 2019, tandis que le corps de la fillette n'a jamais été retrouvé.

Le 11 mai 2013: la nuit du drame

“L’affaire Fiona” prend ses racines à Clermont-Ferrand, dans la nuit du 11 au 12 mai 2013. Si la mère de l’enfant et son ex-compagnon de l’époque, Berkane Maklouf, n’ont cessé de varier dans leurs dépositions et témoignages depuis leur arrestation, un scénario s’est toutefois dessiné quant au sort de Fiona, alors âgée de cinq ans et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Les deux amants avaient dans un premier temps fait croire à un enlèvement de l’enfant, mettant en branle un dispositif de recherches de grande envergure. Quelques jours plus tard, Cécile Bourgeon avouait que la fillette était morte sous des coups, dont elle accuse Berkane Maklouf d’être l’auteur, et que le corps avait été enterré. Jamais, ni l’un, ni l’autre, n’ont pu, ou voulu, indiquer aux enquêteurs l’exacte localisation du corps. De son côté, Berkane Makhlouf nie les faits et accuse la mère de l’enfant de l’avoir battu. Ils sont tous les deux incarcérés.

  • Novembre 2016: le procès en première instance

Seule certitude du dossier à l’ouverture du premier procès: Fiona est morte au domicile de Cécile Bourgeon et de son compagnon de l’époque. Pendant les deux semaines d’audience, ils se renvoient mutuellement les accusations.

Lors de son audition, Berkane Maklouf raconte sa version de cette nuit macabre: "vers 4 ou 5 heures, on a entendu son lit grincer. On s'est levé le lendemain matin et là, ça a été le cauchemar. Fiona avait du vomi autour de la bouche, j'ai voulu la réveiller. (...) J'ai dit à Cécile: ‘Je crois qu'elle est morte'. On l'a emmenée dans la salle de bains et lavée. On s'est dit qu'il allait y avoir une enquête sociale, qu'on se ferait enlever les enfants, c'était notre phobie qu'on nous les enlève. Cécile n'a pas voulu que j'appelle les pompiers”.

La mère de l’enfant, tantôt murée dans le silence, tantôt accusatrice, clame n’avoir “jamais maltraité ses enfants”, et pointe du doigt les maltraitances répétées de Makhlouf sur Fiona.

Les accusés ont ensuite affirmé, non sans quelques désaccords, que Fiona aurait pu s'empoisonner, après avoir ingéré des drogues ou des médicaments présents partout dans l'appartement du couple. Tous les deux toxicomanes, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf utilisent aussi la drogue pour justifier leur amnésie concernant l'exacte localisation du cadavre.

À l’issue de ce procès, la mère de la fillette est condamnée à 5 ans de prison pour des délits, dont la supercherie de rapt. La cour avait alors estimé ne pas pouvoir la condamner sur les déclarations “tardives et variables” de son ex-compagnon. Berkane Makhlouf, que les jurés ont désigné comme le seul auteur des violences volontaires ayant entraîné la mort de Fiona, est condamné à 20 ans de réclusion criminelle assortie d'une période de sûreté des deux tiers.

Octobre 2017: le procès en appel renvoyé après une querelle entre avocats

L’appel était très attendu. Pourtant, un incident d’audience pousse le renvoi de ce deuxième procès dans l’affaire Fiona. Les avocats de Cécile Bourgeon avaient quitté la salle au motif que leur “probité” avait été mise en cause une avocate de la partie civile. Le conseil de la mère de Fiona avait par ailleurs déposé une plainte en disciplinaire auprès du bâtonnier à l'encontre cette avocate. Cette échauffourée, survenue au cinquième jour du procès, a éclaté après le témoignage d'une connaissance du couple, qui lors de sa garde à vue, avait été assistée par Me Mohammed Khanifar, l'avocat de Berkane Makhlouf. Les parties civiles avaient alors évoqué une possible connivence entre les conseils des coaccusés.

Février 2018: le nouveau procès en appel s’ouvre 

Après les deux semaines d’audience en appel, le mystère reste entier concernant les conditions de la disparition de la petite Fiona. Mais contrairement au jugement en première instance, Cécile Bourgeon a été elle aussi jugée coupable de la mort de sa fille. La cour d'assises de la Haute-Loire la condamne à vingt ans de réclusion tout comme son ex-compagnon, les considérant, aussi coupables l'un que l'autre des coups fatals portés à la fillette de cinq ans.

  • Février 2018: le pourvoi en cassation

À l’issue de l’appel, les avocats de Cécile Bourgeon décident se pourvoir en cassation, au motif que le président de la cour, Étienne Fradin, aurait partagé un apéritif avec certains avocats des parties civiles dans un hôtel du Puy-en-Velay, pendant l’audience de février.

Février 2019: Cécile Bourgeon sort de prison

Cécile Bourgeon est finalement sortie de prison. La Cour de cassation a ordonné ce mercredi la tenue d'un nouveau procès en appel pour la mère de Fiona, et annulé sa condamnation à vingt ans de réclusion criminelle pour les coups mortels portés à la fillette en 2013. Elle comparaîtra libre à ce nouveau procès, le quatrième depuis le début de l'affaire.

La haute juridiction, dont les motivations n'étaient pas disponibles dans l'immédiat, a cassé le verdict prononcé par la cour d'assises de la Haute-Loire en février 2018. Le dossier sera donc rejugé en appel par une autre cour d'assises, selon Me Claire Waquet, qui défendait les intérêts de la jeune femme à Paris. La Cour de cassation avait examiné en matinée les pourvois de Cécile Bourgeon et de son ex-compagnon Berkane Makhlouf contre leur condamnation.

Valentine Arama