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Adama Traoré: une nouvelle expertise contredit les conclusions de l'enquête

Adama Traoré est mort en 2016.

Adama Traoré est mort en 2016. - AFP

Une nouvelle expertise réalisée à la demande de la famille d'Adama Traoré, ce jeune homme mort en 2016 lors de son interpellation, remet en cause les précédentes conclusions des médecins qui liait le décès à la pathologie rare dont souffrait le jeune homme.

Une nouvelle expertise pour relancer l'enquête. Les conseils de la famille d'Adama Traoré, ce jeune homme mort en 2016 lors de son interpellation, ont remis en début de semaine à la justice un rapport médical contredisant les conclusions de l'enquête. Les précédentes expertises réalisées dans ce dossier avaient mis en lien le décès de ce jeune homme de 24 ans avec des pathologies antérieures dont il souffrait.

Les quatre professeurs des hôpitaux de Paris, choisis par la famille d'Adama Traoré, avaient pour mission d'évaluer l'imputabilité des maladies dont souffrait le jeune homme dans les circonstances de son décès. Ces experts, spécialistes des maladies auto-immunes ou en cardiologie, balaient les différentes causes qui ont pu être, lors des précédentes expertises, attribuées au décès du jeune homme, plaqué au sol par des gendarmes lors de son interpellation. Il est probable que la sarcoïdose, une maladie inflammatoire dont souffrait la victime, "ne soit imputable" à sa mort. 

Des conclusions "médicalement fausses"

Idem pour le trait drépanocytaire, un gène influant sur l'hémoglobine mais affectant rarement la santé des patients, dont était porteur Adama Traoré. Cet élément est totalement exclu par les experts estimant d'ailleurs que "la présence de drépanocytes (....) est une conséquence de l'hypoxie prolongée ou secondaire à la mort" et serait même "médicalement fausse car elle ne repose que sur des spéculations théoriques sans fondement scientifique, en l'état actuel des connaissances". "La mort n'est pas liée à un problème cardiaque aigu puisque aucune anomalie cardiaque n'est retrouvée à l'autopsie", indiquent également les spécialistes dans leur rapport.

Le stress lié aux circonstances? Aucune "justification scientifique", rétorque les spécialistes "reconnus dans leur domaine", mettant d'ailleurs en cause "des conclusions biaisées sur le plan intellectuel, voire de l'éthique médicale".

Le syndrome asphyxique mis en cause

Dans cette enquête sur la mort d'Adama Traoré, devenu symbole dans la lutte contre les violences policières, quatre expertises ont été réalisées. Ce nouveau rapport, excluant les causes infectieuses, la sarcoïdose ou encore la consommation de cannabis, s'accorde avec trois d'entre elles pour attribuer le décès du jeune homme à "un syndrome asphyxique aiguë". "Le syndrome asphyxique aiguë reste l'unique cause constante dans 3 des 4 expertises et dans le rapport d'expertise de synthèse et don rôle doit être examiné avec plus d'acuité dans la survenue du décès de M. Traoré", écrivent les professeurs des Hôpitaux de Paris.

"La nouvelle expertise qui a été rendue est extrêmement claire: elle met en avant la violence de l'interpellation, la méthode d'interpellation, le placage ventral, estime Me Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille du jeune homme. Cette méthode d'interpellation est la cause du décès d'Adama Traoré."

Les principes de loyauté "bafoués"

Cette nouvelle expertise intervient après que les juges d'instruction de Paris ont rendu mi-décembre un avis de "fin d'information", estimant n'avoir plus d'actes à diligenter. Les parties avaient trois mois pour demander de nouveaux actes d'enquête, alors même que le parquet a indiqué mardi les juges ont terminé leurs investigations. Ce rapport médical figure désormais au dossier. La famille d'Adama Traoré espère désormais que les trois gendarmes ayant procédé à l'interpellation du jeune homme soient réentendus par les juges alors qu'aucune mise en examen n'a été prononcée dans ce dossier.

"Il importe de rappeler que ces derniers sont libres de la qualification des faits dont ils sont saisis et que c’est donc en pleine analyse du dossier qu’ils ont fait bénéficier aux 3 gendarmes du statut de témoin assisté", rétorque Mes Bosselut et Rouillé, les avocats des gendarmes.

La défense des trois gendarmes s'insurgent de ce nouveau rapport estimant que "les conditions de l’établissement de ce document sont plus que nébuleuses et suscitent de légitimes interrogations". Les avocats rappellent que la famille d'Adama Traoré n'a jamais fait de demande de contre-expertise pour dénoncer l'expertise de synthèse retenue dans le dossier. "Les méthodes utilisées par les parties civiles vont délibérément à l’encontre du principe du contradictoire et bafouent le principe de loyauté qui s’imposent", concluent-ils.

Alexandra Gonzalez avec Justine Chevalier