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Accident de Puisseguin: comment surmonter un tel traumatisme?

Comment aider les survivants et les familles de victimes sous le choc, après le tragique accident de la route qui a fait au moins 43 morts vendredi près de Libourne? Eléments de réponse avec Stéphane Gicquel, le secrétaire général de la Fenvac, et Marianne Kedia, psychologue spécialiste du trauma.

C’est l’accident le plus meurtrier en France depuis plus de 30 ans. Au moins 43 personnes - pour la plupart des personnes âgées, mais aussi un enfant - sont mortes et quatre ont été grièvement blessées vendredi matin près de Libourne en Gironde, dans la collision entre un autocar et un camion qui se sont immédiatement embrasés.

“C’est un choc terrible”, a réagi Stéphane Gicquel, le secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac), invité vendredi sur BFMTV. Cet accident dramatique “sans doute interpelle chaque Français”, a-t-il estimé, “car on voit bien que cette catastrophe intervient dans la banalité d’un geste quotidien qui consiste à faire un déplacement en car pour aller passer une bonne journée pour des personnes retraités.”

“Là cet embrasement va donner cette dimension très particulière sur la problématique de l’identification des victimes”, a-t-il poursuivi.

“Les familles très vite ont pu se rendre sur place parce qu’elles étaient à proximité mais n’ont pas la certitude encore de récupérer le corps des leurs. Et ça, c’est le drame dans la catastrophe”, a dit Stéphane Gicquel.

"Il faut tenir un langage de vérité aux familles"

Dans ce contexte, “il faut tenir un langage de vérité aux familles, leur expliquer pourquoi ça va prendre du temps”, a-t-il appelé de ses voeux.

“C’est vrai que parfois dans la précipitation des secours on ne prend pas toujours le temps de dire, ‘C’est vrai, c’est compliqué. Ça va prendre du temps mais je vous explique quelles sont mes difficultés et quelles solutions on va apporter’.”

“Notre souhait ce soir c’est que les pouvoirs publics annoncent très rapidement, et peut-être que le procureur général de Bordeaux va l’annoncer tout à l’heure, ce qui va se passer. C’est à dire quels dispositifs vont être mis en place”, a ajouté Stéphane Gicquel. “Moi je n’ai pas envie que dans trois, quatre semaines, dans un mois, dans deux mois ces familles viennent et nous disent 'on est abandonnés, on est seuls face à toutes les démarches'.”

Invitée elle aussi sur BFMTV, Marianne Kedia, docteur en psychologie, spécialiste du trauma, a abondé dans son sens. Pour aider les victimes, il faut “leur montrer du respect avant tout. Et pour ça toutes les autorités ont quand même un rôle assez important à jouer”, a-t-elle jugé. “On voit le défilé des hommes politiques en ce moment. Alors qu’est-ce que ça veut dire concrètement? Si ça n’est pas suivi de mesures d’accompagnement, ça n’a aucun intérêt. C’est même plutôt assez violent”, a dit Marianne Kedia. “Donc ça, ça doit être mis en place très rapidement, les aider au mieux sur le plan administratif, logistique, etc.” 

"Deux ou trois jours avant de pouvoir atterrir un petit peu"

La psychologue a expliqué que les victimes et les familles des victimes pourraient mettre un peu de temps avant de pleinement réaliser. “Au départ, les personnes sont sidérées par la violence de l’événement”, a-t-elle souligné.

“Ça prend en général au moins deux ou trois jours avant de pouvoir atterrir un petit peu et de ressentir pleinement les émotions de tristesse, de colère aussi, qui commencent déjà à émerger et puis de deuil petit à petit qui vont se mettre en place.”

Ensuite, un certain nombre de symptômes pourront perdurer, a-t-elle noté. Sur le plan psychologique, il y a un certain nombre de réactions assez classiques. Une fois passée la sidération, c’est ce que l’on appelle les réactions post-traumatiques”, a-t-elle expliqué.” Des flash-back qui reviennent pour les personnes qui ont survécu à l’événement. Mais aussi pour les proches des familles qui eux-mêmes peuvent présenter des réactions post-traumatiques par procuration, c’est à dire se représenter ce qu’il s’est passé, faire des cauchemars avec ces images-là. Ça va être aussi présenter des difficultés à retourner sur le lieu de l’accident, reprendre la voiture.“

Une cellule psychologique a été mise en place ce vendredi.

V.R.