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A Marseille, les narcotrafiquants s'affrontent désormais en plein jour

Un commando d’une dizaine d’individus a fait irruption dans une cité de Marseille dimanche, procédant à des tirs d’intimidation à la kalachnikov. Une guerre de territoire qui s'étend désormais au reste de la région PACA.

Devant témoins et en pleine journée, les démonstrations de violences et intimidations se font de plus en plus nombreuses à Marseille, et s'étendent désormais au-delà de la cité phocéenne. Les scènes sont surréalistes. Dimanche dernier, un commando d'une dizaine d'hommes a fait irruption dans une cité de la ville avant de tirer en l'air à la Kalachnikov puis de repartir comme si de rien n'était.

La guerre entre narco-trafiquants se fait désormais aux yeux de tous: "On entend des rafales de tirs. On ne sait pas si c'est sur des gens ou si c'est en l'air mais on les entend très distinctement à des moments où tout le monde est dans le quartier", explique Samira qui vit en face de la cité de la Bricarde: "Quand vous appelez le 17 on sent qu'ils sont gênés. C'est comme s'ils avaient renoncé à intervenir", ajoute-t-elle.

Exportation de la violence

Ces commandos ne se limitent désormais plus aux quartiers nord de Marseille. À Hyères, dans le Var, à 90 kilomètres de la ville, l'un de ces groupes armés a tiré en l'air devant une crèche municipale samedi dernier.

"Je mets la police municipale tous les jours devant la crèche pour assurer la sécurité mais il leur est arrivé de croiser des dealers cagoulés et menaçants", assure le maire de la station balnéaire Jean-Pierre Gyan, alors qu'un homme y a été abattu le 14 mars dernier.

Pour tenter d'endiguer la vague de violences, l'élu a décidé mardi de mobiliser une unité de CRS, a réactivé un équipage de la BAC, mis en place des patrouilles d'équipes cynophiles de nuit et posté des policiers dans les bus pour tenter d'endiguer la vague de violences, assure Var-Matin.

La violence s'exporte au-delà de Marseille
La violence s'exporte au-delà de Marseille © Capture d'écran BFMTV

23 morts dans les Bouches-du-Rhône en 2018

"Aujourd'hui des réseaux dans les cités peuvent rapporter 2 millions d'euros par mois", assure Rudy Manna du Syndicat de police Alliance, illustrant les enjeux des guerres de territoire entre trafiquants de drogue.

Après une démonstration de force d'un commando dans la cité de la Busserine à Marseille en 2018, l'Etat a déployé 60 policiers supplémentaires. Une réponse jugée insuffisante par les habitants un an après: "Je vous défie de trouver un parent qui peut contrôler complètement un adolescent de 16 ans au milieu de cette misère", s'énerve Aurélie Moulin du centre social de la cité, avant de montrer un terrain vague au milieu du quartier, censé accueillir un espace ludo-sportif depuis trois ans.

Les crimes et délits liés au trafic de stupéfiants représentent 20% des condamnations pénales. En 2018, les règlements de comptes entre narco-trafiquants ont fait 23 morts dans les seules Bouches-du-Rhône. Les crimes et délits liés au trafic de stupéfiants représentent 20% des condamnations pénales.

Alexis Pluyette et Perrine Baglan, avec Guillaume Dussourt