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Photo d'un enfant syrien mort sur une plage: pourquoi ne fait-elle pas la une de la presse française

L'image terrible d'un petit garçon, Aylan Kurdi, réfugié syrien mort sur une plage de Turquie, fait la une ce jeudi matin de la presse européenne. En France, aucun quotidien ne l'a reprise en une. Explications.

Un petit garçon syrien de trois ans, mort, face contre le sable d'une plage turque. Les Britanniques, les Allemands, les Espagnols, les Belges, se sont réveillés ce matin avec cette terrible image en une de leurs quotidiens. L'enfant est le fils de réfugiés syriens, dont l'embarcation a fait naufrage. La photo avait, la veille, déjà commencé à circuler sur les réseaux sociaux. "Croyons-nous vraiment que ce n'est pas notre problème?", s'indigne The Independant.

Ce matin, les journaux français, presse nationale et régionale font, eux, largement écho à la colère du monde paysan. Libération, Le Figaro, ou encore La Croix titrent sur ce sujet, tout comme le gratuit 20 Minutes. Le Parisien revient, lui, sur l'incendie dans le 18e à Paris, qui a fait huit mort mercredi. Pourquoi la presse française est-elle passée à côté de cette photo? Choix éditorial ou ratage, comment expliquer ce traitement?

A Libération, l'explication est simple. Joint par BFMTV.com, Johan Hufnagel, directeur délégué du journal indique: "On l'a ratée. Le service photo ne l'a pas vue. Elle est apparue à l'AFP (Agence France-Presse) vers 18h30, nous étions en plein bouclage". "Si on l'avait vue, on l'aurait certainement mise en une", assure-t-il, concluant que "c'est un non-choix". Il estime cependant que "la presse française fait plutôt bien son travail sur le sujet des migrants" et relève par ailleurs que vendredi et samedi, de nombreuses autres photos d'enfants morts sur des plages grecques ont été prises par les reporters sur place, sans qu'aucune ne fasse la une des journaux.

"C'est une information, c'est un symbole"

C'est également ce qu'écrit Paul Ackerman, directeur de la rédaction du Huffington Post, dans un édito, jeudi matin: "depuis plusieurs jours, plusieurs images de corps d'enfants morts en mer tournent sur les réseaux sociaux", précisant que le HuffPost avait "décidé de ne pas les publier, (...) par pudeur et respect de la dignité humaine".

"Ce jeudi, l'image du petit Aylan, ainsi que celle d'un policier turc portant le cadavre, sont rentrées dans l'histoire mondiale, au même titre que la photo de la fillette vietnamienne courant nue brûlée par le napalm américain ou les images de cette petite Colombienne perdant la vie, emprisonnée dans une coulée de boue volcanique", ajoute-t-il.

A La Montagne, le seul quotidien régional à avoir diffusé la photo dans ses pages intérieures, le rédacteur en chef Jean-Yves Vif, explique sur RMC comment son journal a réagi. "Nous avons eu la dépêche AFP et la photo à 21h56 hier (mercredi) et nous avons modifié toutes nos éditions", indique-t-il. Pour Jean-Yves Vif, "la réflexion a été extrêmement rapide. Nous n'avons eu aucun doute sur le fait que nous devions publier cette photo. On la publie parce que c'est une information, un symbole".

La rédaction a toutefois choisi de ne pas la mettre en une. "Nous avons titré sur cette photo mais nous avons décidé de la publier en page intérieure. Pour ne pas faire du sensationnel, et pour la traiter avec du recul et du fond en donnant toute sa force à la photo".

"Ça ne se floute pas, ça se prend dans la gueule"

Le Monde, qui à la différence des autres quotidiens, boucle le matin et paraît le soir, a lui choisi de montrer la photo sur sa une, et titre "Réfugiés: l'Europe sous le choc après un nouveau drame". "Nul voyeurisme, nul sensationnalisme, ici, souligne Jérôme Fenoglio, le directeur du Monde, dans son éditorial. Mais la seule volonté de capter une part de la réalité du moment".

Interrogé ce jeudi matin sur France Inter, l'écrivain et ancien reporter de guerre Sorj Chalandon a également réagi à cette image. "Je l'ai vue floutée, je l'ai vue pas floutée. Je pense qu'il n'était pas nécessaire de la flouter. Je pense que ça ne se floute pas, ça se prend dans la gueule".

Magali Rangin