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Concours de promotion de l'Opéra de Paris: 2 minutes pour convaincre

Hugo Marchand, promu premier danseur au concours interne du ballet de Paris, le vendredi 6 novembre, à l'Opéra de Paris.

Hugo Marchand, promu premier danseur au concours interne du ballet de Paris, le vendredi 6 novembre, à l'Opéra de Paris. - Sébastien Mathé - Opéra de Paris - Montage BFMTV.com

Le concours du Corps de ballet de l'Opéra de Paris permet chaque année à de jeunes danseurs de monter en grade. BFMTV.com a assisté au concours des hommes ce vendredi 6 novembre.

Pas un murmure. A peine une toux. On entend juste le claquement sec des pas sur la scène. Et les notes du piano qui accompagnent les danseurs venus présenter le concours de promotion interne du ballet de l'Opéra de Paris, vendredi 6 novembre, à l'Opéra Garnier. 

Chaque année, ce concours permet aux danseurs d'évoluer au sein de la compagnie, très hiérarchisée. Ils sont environ 150, répartis entre cinq grades: quadrille, coryphée, sujet, premier danseur et étoile.

"Le concours est le seul moyen pour le moment de monter en grade, c'est-à-dire de pouvoir danser des choses plus intéressantes mais aussi avoir une augmentation salariale", explique Hugo Marchand, sujet, qui postule ce vendredi pour devenir premier danseur.

"On est dix à quinze par classe à passer le concours et souvent il y a trois quatre postes par classe", précise-t-il. Cette année, dans sa catégorie, il n'y en a qu'une. Pas de concours pour les étoiles, qui sont nommées. 

Clochette et grosse pression

La corbeille est vide, ce vendredi, seulement occupée par les 12 sièges du jury, dont la danseuse étoile Noëlla Pontois, le directeur du ballet du théâtre Mariinski, Yuri Fateyev et bien sûr Benjamin Millepied directeur de la danse et Stéphane Lissner, directeur de l'Opéra de Paris. Baignoires, balcons et loges sont occupés par les familles, les amis, des anciens, des professeurs, des journalistes.

Très codifié, le concours l'est cependant un peu moins depuis l'arrivée de Benjamin Millepied à la tête du ballet de l'opéra de Paris il y a tout juste un an. Exit la clochette qui retentissait entre chaque candidat et crispait tout le monde. Demeure le silence. Il est interdit d'applaudir après chaque variation.

"On est appelé par notre nom. Il y a une grosse pression, y compris dans la salle, nous le sentons. Plus que si le public était composé de simples spectateurs. Si on rate, les gens ont peur, on l'entend. Si on réussit, on sent une sorte d'effervescence dans la salle. C'est troublant", évoque Hugo Marchand.

Sur scène, les candidats se succèdent, par ordre alphabétique. C'est le tour d'Allister Madin, sujet homme qui aspire à devenir premier danseur. Soudain il s'interrompt en pleine variation imposée, blessé, il quitte la scène en désignant son mollet.

Trac monstrueux et sanglots

Le public hésite un instant à braver l'interdit puis salue le danseur, qui quitte la scène sous des applaudissements nourris. Dans la salle, une femme éclate en sanglots.

"C'est un peu injuste, parce qu'on peut faire une très belle saison, pendant un an, et le jour du concours avoir un trac monstrueux et tout rater", assure Hugo Marchand.

C'est à son tour. Il se lance, aérien, élégant, et exécute dans les deux minutes imparties la variation imposée: Sylvia-Pas-de-deux de George Balanchine. Dernières notes de piano, dernier saut, salut, silence. Les danseurs sont évalués sur deux variations, l'une imposée, l'autre libre. L'occasion de se "lâcher un peu", comme le coryphée Hugo Vigliotti, qui a livré une interprétation de Appartement, Variation de la télévision de Mats Ek, tranchant avec le classicisme du choix des autres candidats.

Crise du logement

Benjamin Millepied aurait aimé dépoussiérer le concours créé au XIXe siècle, un peu archaïque. "Il y a un aspect compétition dans le concours qui n’a sans doute plus lieu d’être", expliquait-il dans Paris Match, en 2014, alors qu'il venait de vivre son premier concours en tant que directeur de ballet.

Et d'ajouter: "Imaginez: ces jeunes danseurs vont travailler cinq semaines avec un coach, se lever tôt, rentrer tard. Et tout jouer sur une variation de quelques minutes. C’est dur".

La préparation du concours n'est pas une sinécure pour les jeunes danseurs. "Il faut avoir son coach, il faut trouver un studio. C'est un peu la 'crise du logement' à l'Opéra, détaille Hugo Marchand. Il y a beaucoup de danseurs qui se lèvent à cinq, six heures du matin pour pouvoir aller réserver un studio à l'horaire qui les arrange par rapport à son planning de répétitions". Car les danseurs préparent le concours en marge de représentations. 

"Les jours qui précèdent, on est très stressés", raconte Hugo Marchand, qui y voit cependant "une manière de progresser, de nous mettre en compétition avec nous-même".

Ce vendredi, il n'y avait qu'une place de premier danseur. C'est Hugo Marchand qui l'a obtenue. L'information est tombée une demi-heure après la fin du concours, affichée à l'Opéra. Et surtout tweetée sur le compte officiel de l'Opéra de Paris. La modernité se loge où elle peut.

https://twitter.com/Radegonde Magali Rangin Chef de service culture et people BFMTV