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Tina Arena: "Ca m'a pris des années pour comprendre mon succès en France"

Tina Arena de retour avec un nouvel album en français baptisé "Quand tout recommence"

Tina Arena de retour avec un nouvel album en français baptisé "Quand tout recommence" - Renaud Corlouër

ENTRETIEN - La chanteuse australienne sort ce vendredi 6 avril un nouvel album en français intitulé Quand tout recommence. La star aux 10 millions d'albums vendus s'est confiée à BFMTV.com sur ce retour, revenant notamment sur sa relation privilégiée avec la France depuis bientôt 20 ans.

Dix ans que Tina Arena n'avait pas sorti d'album en français. Pourtant, la chanteuse australienne de 50 ans n'a pas arrêté lors de la dernière décennie, mais plus loin de nos frontières. Ce vendredi 6 avril, les fans de l'artiste pourront découvrir son nouvel opus Quand tout recommence, un album empreint de mélancolie et composé intégralement dans la langue de Molière par une nouvelle génération d'auteurs et compositeurs français. 

A l'occasion de son retour, la star australienne, que le public français avait découvert il y a vingt ans avec l'incontournable I Want to Spend My Lifetime Loving You (issu de la bande-originale du Masque de Zorro), mais surtout avec ses tubes Aller plus haut, Les Trois Cloches, Je m'appelle Bagdad ou Aimer jusqu'à l'impossible, a répondu (en français) aux questions de BFMTV.com avec la spontanéité qui la caractérise. De son envie de chanter à nouveau en français à son rapport avec notre pays en passant par son combat contre le harcèlement sexuel, celle qui sera à l'affiche de la comédie musicale Evita à l'Opéra de Sydney dans quelques mois et partira en tournée en France en 2019, n'a éludé aucun sujet. Rencontre.

Votre album s'intitule Quand tout recommence. Mais n'est-ce pas parfois usant pour un artiste de devoir tout recommencer justement, tout prouver à chaque album, même après 30 ans de carrière ?

Tina Arena: C'est vrai qu'à chaque sortie, on recommence toujours, cet aspect ne change pas. Et oui, c’est le côté complètement idiot de ce qu’on fait. On se remet toujours en question perpétuellement. C’est fatigant, je ne le cache pas!

Pourquoi avoir attendu 10 ans pour proposer à nouveau un album en français ?

J'étais assez fatiguée après mon dernier album, parce que j’ai beaucoup travaillé. J'avais besoin de m’arrêter. Je me suis consacrée à faire grandir Gabriel (son fils, NDLR), à le scolariser entre la France et l’Australie. Ce n’est pas évident et c’est beaucoup plus difficile pour une femme par rapport à un homme. Une femme doit se questionner quand elle est maman. L'enfant devient la priorité.

"C'est notre responsabilité d'aider les jeunes auteurs-compositeurs"

Le ton de l'album est très mélancolique. Etait-ce votre but initial ?

Oui, je suis quelqu'un de mélancolique. Mais les Français ont aussi une gêne très mélancolique. Peut-être que c’est quelque chose que j’ai grâce à eux. Quand je prépare un album, je suis très précise, mais je laisse également les choses au hasard. J’ai confiance dans l’univers. Je ne connaissais pas ceux qui ont écrit sur cet album, ça s'est fait au fur et à mesure. J’aime beaucoup le fait que ce soit une nouvelle génération d’auteurs-compositeurs. C’est la responsabilité de la communauté artistique de les soutenir. Il faut pousser les jeunes pour qu’ils apprennent leur métier. Ils ont besoin d’avancer.

N'aviez-vous pas envie d'écrire également?

Pas vraiment. Ca fait 25 ans que j’écris en anglais. Je ne suis pas quelqu'un qui peut écrire tout le temps. Il faut que j’ai du vécu, que je ramasse toutes ces expériences et que l’envie revienne pour pouvoir raconter les choses. Ca m’arrive tous les 2-3 ans de ressentir ce besoin.

Redoutez-vous l'accueil du public français après cette parenthèse de 10 ans?

A chaque album, on se pose toujours ces questions: est-ce que j’ai encore la capacité d’émouvoir les gens et l'énergie de pouvoir le faire? Personne n’attend personne. Mais j'ai toujours eu une activité, j'ai toujours travailler, c’est ma vocation.

Vingt ans après, votre incroyable succès reçu en France continue-t-il encore de vous surprendre ?

Bien sûr! Mais ça m’a pris des années pour comprendre. J'ai toujours essayé de représenter qui j'étais et la femme que vous voyez est bien la femme que je suis. Je ne suis pas capable de créer un "mythe", ça ne m’intéresse pas du tout. Et c'est peut-être justement cet aspect-là qui a plu en France. Je n'ai jamais essayé de vendre quelque chose de faux. Aujourd'hui, en revanche, je ne sais pas quoi attendre. Le milieu est complètement différent. Mais c’est ça aussi la beauté, tu ne sais pas. Il y a vingt ans, c'était la "belle époque". Aujourd'hui, je dirais que c'est juste une époque... différente!

"Chanter aux Jeux Olympiques, c'était très fort..."

Vous avez expliqué avoir ressenti le besoin de chanter en français après les drames qui ont touché le pays ces dernières années. Aviez-vous aussi envie d’aborder ce sujet dans cet album ?

Il y a une chanson sur le disque qui s’appelle La Riviera. Et quand je l'ai écoutée la première fois, j’ai ressenti une vague d'émotion descendre en moi et ça m’a fait fondre en larmes. Ce n’était pas écrit pour ça, mais pour moi, cette chanson est peut-être la plus proche de tous ces événements qui ont touché la France ces dernières années. Je n’aurais pas été humaine si je n’avais pas été touchée par tout ce qui s’est passé et a changé un peuple. J’ai vu ces changements à la fois de très près et de très loin. Mais c'est normal que ça m’ait touchée. Mon mari est français, mon fils est né en France, c’est un vrai parisien.

Vous avez été une enfant star en chantant dès l'âge de 7 ans dans une célèbre émission australienne. En tant que maman, quelle serait votre réaction si votre fils voulait suivre vos traces?

Ca me ferait énormément peur! J’ai 40 ans d’expérience, je suis une enfant de la télé des années 1970, mais je n’ai pas grandi pas avec les réseaux sociaux. Je n’imagine pas comment ce serait aujourd’hui... J’ai vécu une enfance d’une telle beauté, aujourd’hui, elle n’existe plus. On n’est plus dans le même univers. C’est dur.
Tina Arena de retour avec un nouvel album en français baptisé "Quand tout recommence"
Tina Arena de retour avec un nouvel album en français baptisé "Quand tout recommence" © Renaud Corlouë

Dans votre carrière, quel souvenir reste aujourd'hui le plus marquant?

Chanter lors de la cérémonie des Jeux Olympiques (à Sydney en 2000, NDLR), c’était très fort! Je me souviens de la peur que je ressentais jusqu’à ce que le régisseur fasse le décompte et dise: 'Tu es en direct!'. C’était une cascade d’émotion, un peu comme lorsque j'ai chanté l’hymne national australien a cappella sur les Champs-Elysée pour la victoire de Cadel Evans au Tour de France. C’était merveilleux. Dans ces moments-là, tu te dis que ton job est génial.

"Les femmes doivent avoir une forme de respect pour elles-mêmes."

Avec 360 artistes, vous avez dénoncé le harcèlement dans le milieu de la musique en Australie avec le mouvement MeNoMore. Quel regard portez-vous sur cette transformation qui s’opère avec la libération de la parole des femmes sur ces sujets?

C’est un très joli mot la "transformation". Moi, ça fait des années que je m'exprime sur le harcèlement dans notre milieu. En 2015, lors de mon discours d'intronisation au Hall of Fame à Sydney, je m'étais permise de parler des inégalités subies par les femme dans le métier. Comme de nombreuses femmes, je suis contente de pouvoir dire que je n’ai jamais vécu de choses physiquement violentes dans mon parcours, j’ai eu de la chance. Mais j'ai vécu d’autres choses turbulentes: des préjugés, des malentendus, des gens qui essayent de te manipuler... Aujourd'hui, j'ai 50 ans, j’ai vécu des cauchemars dans ma carrière, mais avec le recul, j’ai mis ça en perspective. Je ne vais pas dénoncer de gens, ce n’est pas mon but. Ce qui m’intéresse, c’est d’avancer, d’éduquer une génération à se valoriser, les femmes comme les hommes. Je ne fais pas cette distinction.

Vous considérez-vous comme féministe?

Non, ce mot me perturbe. Pour moi, il cache une forme de négativité qui ne correspond pas forcément aux idées qu'on défend. On veut juste être traité comme les autres, ça ne va pas plus loin que ça. Et je veux juste que les gens sachent la vérité. Je ne supporte pas les mensonges et je ne veux surtout pas penser qu’une fille de 12, 18 ou 24 ans soit sujette à certains comportements. Mais en même temps, la femme a aussi une forme de responsabilité au niveau de son comportement et de ses objectifs. Il faut savoir pour quelle raison on fait les choses. Moi, ça ne m’a jamais intéressée d’être avec un directeur de casting et de faire ce qu’il a envie que je fasse pour lui. Ca ne me vient même pas à l'esprit. Mais c’est dommage si ça vient à l'esprit de certaines. En tant que femme, que protectrice de la moralité, on a une responsabilité de dire aux autres femmes: "Surtout, ne te dévalorise pas". Il faut faire attention car la ligne est très fine et les choses peuvent basculer dans un sens comme dans l’autre. On est en 2018, les femmes doivent avoir une forme de respect pour elles-mêmes.
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