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Julien Neel: "Lou, c’est l’anti-Cahiers d’Esther de Riad Sattouf"

Julien Neel a vendu plus de 3 millions d'albums de Lou.

Julien Neel a vendu plus de 3 millions d'albums de Lou. - Glénat

La série aux 3 millions d’exemplaires vendus revient avec un huitième album, annoncé comme un nouveau départ.

Quinze ans après sa création, Lou de Julien Neel revient avec un huitième album. Intitulé En route vers de nouvelles aventures, il ne raconte pas la fin de cette série vendue à près de 3 millions d’exemplaires, mais un nouveau départ. Au fil des albums et des années, l’héroïne du dessinateur a grandi. La fillette est devenue une adolescente. Julien Neel raconte ses pérégrinations dans une ville balnéaire puis dans une zone forestière.

Comme dans Kiki la petite sorcière, l’apprentissage de la vie et le passage à l’âge adulte sont au cœur d’En route vers de nouvelles aventures. Ces questionnements permettent à la série, adaptée au cinéma et à la télévision, de s’envoler désormais vers des directions que Julien Neel n’aurait jamais imaginées. S’il a la fin de la série en tête depuis le tome 2, Mortebouse, paru en 2005, il a renoncé lors de la conception du septième album, La Cabane, sorti en 2016.

"En écrivant le tome 7 et en commençant à rencontrer les lecteurs qui avaient suivi Lou depuis le début, puis en voyant ma fille grandir, je me suis rendu compte que la fin que j’avais prévue pour la série fermait l’histoire de Lou. Je me suis dit que ce n’était absolument pas ce que j’avais envie de raconter. C’est une BD que j’ai faite pour ma fille, qui va bientôt quitter la maison et s’émanciper. Si l’histoire que j’ai écrite pour elle s’arrête au moment où elle part de chez moi, ça ne va pas. Même pour mes lecteurs ce serait un traumatisme. J’ai tellement de témoignages adorables de gens qui me disent qu’ils ont grandi avec Lou, qu’elle les a aidés, que je me suis senti la responsabilité de ne pas les abandonner. Et, même moi, je n’en ai pas fini avec ce personnage. Je n’ai absolument pas bouclé tout ce que je voulais boucler."

Lou
Lou © Glénat 2018

"Lou, ce n’est pas du tout ma fille"

Attention, cependant, à ne pas faire d’amalgames: la série n’est “pas du tout” inspirée par sa fille, insiste Julien Neel. "Elle avait deux ans quand la série a commencé. Au début je racontais les histoires d’une petite fille de 12 ans. Ce n’était pas elle, évidemment." Imaginée dans les pages du magazine Tchô, créé par Zep pour donner sa chance à des jeunes auteurs, Lou a pourtant failli être le nom de sa fille: "on a hésité entre Maya et Lou pour le nom de ma fille", dit-il, avant d’ajouter: "Elles sont radicalement différentes et heureusement pour elle sinon vous allez lui faire faire des psychanalyses toute sa vie." Pour la première fois depuis la création de la série, la fille de Julien Neel a à peu près l’âge de Lou:

"C’est l’album où elle est le plus proche de Lou, où je l’ai plus regardée pour alimenter cet album. Il y a une page où je me suis vraiment inspirée d’elle et de sa forme d’impatience, lorsqu’elle a envie de tout faire à la fois. Lou va se coucher. Elle n’arrive pas à dormir, elle mange des brochettes, puis elle joue à des jeux vidéo, elle oublie de dormir et elle a un rendez-vous: sa vie est trop intense pour le temps qu’elle a. Ça la panique et ça, c’est totalement ma fille."

L’ambition de Julien Neel était décrire, dans Lou, "un personnage féminin fort et valorisé". Ce qu’il n’a “pas forcément réussi dans le tome 1", concède-t-il. Au fil des albums, pour marquer l’évolution du personnage, le dessin de Julien Neel est devenu de plus en plus réaliste: “au début, les personnages n’ont pas des proportions réalistes et maintenant mon dessin, non dans les visages, mais au moins dans les proportions du corps, dans la façon dont je dessine les mains, est presque réaliste."

Lou
Lou © Glénat 2018

Entre Grenoble et le Japon

Portrait d’une jeune fille au fil des années, Lou est pourtant "l’anti-Cahiers d’Esther", selon Julien Neel. "Autant Riad [Sattouf] travaille sur notre époque, sur des références actuelles, je fais beaucoup d’efforts au contraire pour qu’ils ne parlent pas comme des jeunes, pour ne pas utiliser des références de jeunes, car il n’y a rien qui ne vieillit plus vite que des références de jeunes." Pour cette raison, les téléphones portables ont brutalement disparu pendant quelques tomes (ils réapparaissent dans Lou 8).

Si le monde moderne intéresse peu Julien Neel, le dessinateur crée des mondes imaginaires, comme son idole Mœbius. Quand il travaille sur une BD, Julien Neel commence toujours par les décors. "Je n’arrive pas à faire de la BD sans faire de décors. J’ai toujours besoin de dessiner jusqu’à l’infini. Cet album a été un régal, car Lou devait voyager. Je passe beaucoup de temps sur chaque lieu." Dans le tome 8, il a créé une contrée à la croisée de la campagne grenobloise et du Japon: "J’ai décalé de plus en plus l’univers de Lou. On n’est même plus sur Terre, pour moi. C’est un monde parallèle".

Lou, tome 8, En route vers de nouvelles aventures, Julien Neel, Glénat, 48 pages, 10,50 euros.

Jérôme Lachasse