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A Cannes, il est plus difficile de boire de l'eau que du champagne

Le marché du film ou le coeur économique du Festival de Cannes

Le marché du film ou le coeur économique du Festival de Cannes - -

Producteurs, acheteurs de films... des professionnels du cinéma racontent leur Festival de Cannes. Au menu: beaucoup de travail, peu de sommeil, et moins de fêtes qu'on l'imagine...

C'est parti pour dix jours de films, de business et de paillettes. Le Festival de Cannes 2013 ouvre ses portes mercredi, l'occasion d'admirer des stars internationales, de voir des robes haute couture, et, à l'occasion, de visionner quelques films. Dans l’imaginaire collectif, la vie des professionnels du cinéma durant le festival n’est qu’une suite interrompue de cocktails sur la plage et de fêtes endiablées. Mais qu’en est-il exactement? Quatre professionnels nous racontent leur festival, qui s’avère finalement plus studieux qu’imaginé.

D'abord là pour le travail

Tous assurent que leurs journées sont consacrées au travail. "Mes journées sont remplies de rendez-vous, une demi-douzaine par jour, où l'on discute de projets de films à venir, explique Frédérique Dumas, directrice générale d'Orange Studio, qui en est à son 26e festival. Le festival permet de réunir physiquement tous les acteurs d’un projet, qui viennent parfois du monde entier. On fait avancer ainsi de 3 à 6 mois un projet international. Mais on ne boucle pas intégralement un projet, on avance juste d’une étape."

Même son de cloche chez François Martin Saint-Léon, assistant de production chez Ferris & Brockman, qui en est à sa 4e édition. "Le festival permet de présenter nos projets de films à des financeurs potentiels: régions, Soficas, producteurs étrangers… Tous sont réunis au même endroit, ce qui permet de gagner du temps. Il est même souvent plus facile de voir les gens à Cannes qu’à Paris", explique-t-il.

Antoine Liétout, assistant de production chez Fidélité, abonde: "certains professionnels sont plus disponibles qu’à Paris, et acceptent de vous voir même si vous les croisez par hasard. Etre au festival donne l’impression d’appartenir au milieu du cinéma. Cela permet d’être pris au sérieux par ses interlocuteurs, et de nouer des contacts."

Huit projections par jour

Quant aux films, les professionnels interrogés en voient finalement peu: un à deux par jour pour Frédérique Dumas ou François Martin Saint-Léon.

Evidemment, ils se font un devoir d’assister à la projection officielle de leur film. Cette année, Frédérique Dumas montera les marches pour la projection de Jimmy P. d’Arnaud Desplechin, produit par Why Not et co-produit par Orange Studio, qui a été retenu en sélection officielle. Et François Martin Saint-Léon ira à la projection de Les Apaches, produit par Ferris & Brockman et sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs.

Mais le travail de certains professionnels reste de voir des films au kilomètre, comme Charles Touboul, responsable de la prospection de programmes chez AB (7 festivals au compteur). "Lorsque je travaillais pour Canal Plus à l’acquisition de films étrangers, je devais visionner chaque jour 6 à 7 films du marché pour une éventuelle diffusion à l’antenne de Canal. En ajoutant un ou deux films de la sélection officielle, je voyais jusqu’à 8 films par jour, et je déjeunais d’un sandwich entre deux projections. Cela me permettait de satisfaire ma cinéphilie, pour ne pas dire ma cinéphagie…"

Nuits courtes

Quant aux fameuses fêtes cannoises, les avis sont partagés. "C’est marrant au début, lassant à la fin", dit Antoine Liétout. "Au festival, il est plus difficile de boire de l’eau que du champagne, pointe François Martin Saint-Léon. A la longue, cette débauche d’argent et de fête, cette grande gabegie devient vulgaire. Certes, la majorité des festivaliers est là pour travailler. Mais pour d'autres, le cinéma est secondaire, l’important est de se montrer. Ils viennent aux projections juste pour monter les marches, et quittent la salle dès le début du film. Je me souviens que, lors de la projection d’Oncle Boonmee, la moitié de la salle est partie dès les premières minutes du film... Hélas, certains films sont aussi sélectionnés uniquement pour avoir des stars qui montent les marches. Cela fait sans doute partie du jeu..." Cette année, certains ont ainsi été surpris de voir présenté ce mercredi 15 mai en ouverture Gatsby le magnifique, alors qu’il est déjà sorti il y a cinq jours aux Etats-Unis (la règle habituelle du festival est de ne présenter que des films inédits).

François Liétout abonde: "On constate que beaucoup de gens sont là pour se montrer, et pas vraiment pour travailler…"

Nos festivaliers se couchent tard, et donc dorment peu: 3 à 6 heures par nuit. "Il m’a fallu un peu de temps pour m’en remettre...", euphémise François Liétout. "A ce rythme, on est vite épuisé, et donc je ne reste jamais plus de 5 jours, raconte Charles Touboul. Je rentre en train, et je dors durant tout le trajet…"

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De notre envoyé spécial à Cannes et Jamal Henni