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Comment le cinéma japonais a influencé Star Wars et Tarantino

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Un dictionnaire, disponible depuis le 14 octobre, propose de redécouvrir des dizaines de cinéastes japonais méconnus. Et pour une raison, au moins: sans eux, Star Wars n’existerait pas.

Le cinéma japonais? Pour certains, ce sont les films d’animations de Hayao Miyazaki et du studio Ghibli, pour d’autres, Akira d’Otomo ou Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa. Le cinéma japonais représente bien plus que cela. C’est, entre autres, une maîtrise inégalée du cadrage, un subtil mélange d’éros et de massacres, des récits pop et cruels sans égal dans l’histoire du cinéma.

On dit de ce cinéma qu'il est austère. Il ne cesse, pourtant, d’affronter les grands enjeux du monde contemporain. Iconoclaste, il n’hésite jamais à bouleverser les habitudes des spectateurs tout en mêlant à la perfection exigence formelle et divertissement populaire pour livrer une vision acerbe de la société. Les histoires de samouraïs nihilistes ne trompent personne sur leurs intentions. George Lucas en a retenu la leçon pour Star Wars.

L’éditeur Carlotta a eu la judicieuse idée de publier un dictionnaire regroupant les fiches biographiques (claires, précises et à la portée de tous) de 101 cinéastes japonais et 6 classiques et raretés en DVD. L’occasion idéale pour découvrir le cinéma japonais des années 1930 à 1970 et de constater que celui-ci n’a rien perdu de sa beauté.

Ce cinéma est d’autant plus précieux que son influence nous accompagne encore aujourd’hui. Il suffit pour cela de se pencher sur l’oeuvre d’un Quentin Tarantino (et sur son Kill Bill) ou sur la saga Star Wars (y compris le prochain Rogue One) pour ressentir la touche de cinéastes aussi marquants que Masaki Kobayashi ou Hideo Gosha. Qui? On vous explique.

Akira Kurosawa

Le maître parmi les maîtres. L’élégance de sa mise en scène et la maestria de ses scènes de combats ont inspiré autant de westerns (Pour une poignée de dollars de Sergio Leone, Les Sept Mercenaires) que d'œuvres de SF (Star Wars est un crypto-remake de La Forteresse cachée). Parmi les films incontournables de Kurosawa, citons notamment: Un Chien enragé; Les Sept Samouraïs; Les Salauds dorment en paix; Entre le ciel et l’enfer et Ran (tous disponibles en DVD en France). 

Kinji Fukasaku

Connu aujourd’hui pour avoir signé l’adaptation du manga Battle Royale, qui marqua les esprits au début des années 2000, Kinji Fukasaku est aussi l’auteur de plusieurs mythiques films de yakuzas: Combat sans code d’honneur, Guerre des gangs à Okinawa, Le Cimetière de la morale. Autant de brûlots dont la violence a notamment marqué la filmographie de Quentin Tarantino. Avec leurs costards noirs, les Crazy 88 de Kill Bill et les gangsters fans de pop culture de Reservoir Dogs et de Pulp Fiction sont des lointains cousins des yakuzas révoltés de Fukasaku.

Kenji Misumi

Disparu trop tôt, Kenji Misumi a collaboré à deux séries légendaires du cinéma japonais: Zatoichi, le masseur aveugle, et Baby Cart, l'histoire d'un rônin errant à travers le Japon en compagnie de son fils et de son landau truffé de pièges mortels. Rencontre atypique entre le film de sabre, le western et James Bond, la série des Baby Cart impressionne aujourd’hui encore par la virtuosité de ses scènes de combat. Le dessinateur américain Frank Miller s'en est inspiré pour sa relecture du personnage de Daredevil dans les années 1980.

Hideo Gosha

Né au milieu des yakuzas et des geishas, Hideo Gosha a nourri son cinéma de cette jeunesse passée dans les bas-fonds tokyoïtes. Il est notamment le réalisateur de Goyôkin (1969), un chambara (film de sabre), dont Clint Eastwood se serait inspiré pour certains de ses westerns (L’Homme des Hautes Plaines en 1973 puis Pale Rider en 1985). Il a aussi marqué les esprits en signant en 1964 Les Trois Samouraïs hors-la-loi, qui a inspiré Star Wars, Episode VIII, comme l'a révélé dernièrement son réalisateur, Rian Johnson (Looper).

Masaki Kobayashi

Dans les années 1960, Masaki Kobayashi a réalisé en l’espace de 5 ans trois films importants du cinéma japonais: Hara-Kiri, Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes 1963, Kwaidan, Prix Spécial du Jury à Cannes 1965, et Rébellion (1967). Trois films mêlant splendeur visuelle et contestation politique. La figure du samouraï nihiliste telle que l’a imaginée Kobayashi semble avoir plu à Gareth Edwards, réalisateur de Star Wars Rogue One (en salle le 14 décembre)Certains plans de la bande-annonce finale, avec Mads Mikkelsen, témoignent en ce sens, la contestation politique en moins.

Il vous en reste encore 96 autres à découvrir! Dont Seijun Suzuki, l’auteur de polars pop et sexy qui firent trembler la censure, Chusei Sone, maître de l’érotisme dans les années 1970 qui se reconvertit dans l’aquaculture et, enfin, Kinuyo Tanaka, une des premières réalisatrices japonaises, qui réussit à s’imposer dans le milieu extrêmement machiste du cinéma japonais.

Jérôme Lachasse