BFMTV

Benjamin Biolay: "J’ai plus d’humour qu’on ne le pense"

Benjamin Biolay dans "Les Apparences"

Benjamin Biolay dans "Les Apparences" - SND

De retour dans les salles ce mercredi 23 septembre avec le thriller Les Apparences, le chanteur raconte comment il a dompté le 7e Art, en alternant films d’auteur, comédies populaires et nanars.

A l’affiche ce mercredi 23 septembre du thriller Les Apparences, Benjamin Biolay prouve une fois de plus qu’il a trouvé sa voie au cinéma. Connu pour son timbre grave, Biolay y incarne un chef d’orchestre taiseux soupçonné d’adultère par sa femme, qui tente contre toute attente de le garder auprès de lui. S’en suit sur les bords du Danube un jeu du chat et de la souris entre les époux, qui se termine tragiquement.

Après avoir conquis les ondes avec Rose Kennedy en 2002, La Superbe en 2009, ou plus récemment Grand Prix, Benjamin Biolay est désormais un acteur qui compte, acclamé pour ses prestations dans Irréprochable (2016) ou La Douleur (2017) et à qui les réalisateurs confient des rôles de plus en plus exigeants. Il endosse avec davantage d’aisance que par le passé des rôles complexes qui correspondent parfaitement à sa personnalité mystérieuse.

"Benjamin a un sex-appeal à l’écran. Peu d’acteurs savent être immédiatement séduisants et perturbants", note Marc Fitoussi, le réalisateur des Apparences. Avec ses faux airs de Benicio del Toro ou de Rock Hudson, Biolay convoque tout de suite à l’écran un imaginaire très hollywoodien. "Il évoque plus des comédiens américains que français", confirme Marc Fitoussi.

Physique atypique et script singulier

"Pour Les Apparences, j’avais besoin de quelqu’un qui ait déjà une figure d’homme prestigieux, afin que l’on puisse tout de suite comprendre et accepter l’idée que sa femme soit si amoureuse de lui et veuille à tout prix le garder", ajoute le réalisateur. "Il me fallait un peu ce physique-là. Quelqu’un de plausible dans cette fonction de mâle alpha." Avec son physique atypique, Benjamin Biolay suscite le désir des cinéastes et attire des projets qui sortent des sentiers battus:

"Je ne suis pas inondé de scripts, mais je n'en trouve pas beaucoup de nuls. Il y en a au contraire beaucoup qui sont très intéressants", commente l’intéressé. "J’ai de la chance, on me propose des scénarios assez singuliers, en général. On me voit peut-être d’une manière différente. Ce qui est satisfaisant, c’est qu’on ne me voit plus comme un acteur qui vient faire du cinéma de temps en temps. Ça c’est important pour moi."

Dans Les Apparences, Marc Fitoussi a demandé au chanteur d’à peine ouvrir la bouche: "C’est vrai que prendre Benjamin, dont on aime tant la voix, et lui demander de se taire, c’est un peu provoquant. On a toujours envie du contre-emploi, de surprendre les gens. J’ai proposé le rôle à d’autres acteurs avant lui qui l’ont refusé, parce que les acteurs n’aiment pas jouer des rôles de taiseux. Ils se disent que plus ils ont de répliques, plus ils comptent dans une histoire." Biolay, lui, s’en moque. Il cherche avant tout à relever des défis cinématographiques. "Benjamin est quelqu’un d’imprévisible", indique Marc Fitoussi. "Il peut être très tranché dans ses avis et dans ses choix de films."

Film d'horreur, nanar et comédie potache

Sa filmographie, pour le moins éclectique, le prouve. Une des pépites de sa jeune carrière d’acteur reste Doutes (2013), un objet filmique non identifié où il donne la réplique à l’éditorialiste Christophe Barbier. Oublié de tous depuis sa sortie, mais référencé sur Nanarland, Doutes reste malgré tout pour Benjamin Biolay un "très bon souvenir":

"On faisait beaucoup de prises et on passait les nuits à refaire le monde. C’était vraiment du cinéma expérimental, avec une seule caméra qui filmait. Si je l’ai fait, c’est que je savais très bien où je mettais les pieds et ce que j’allais y trouver. Je ne dis pas que je le referais, mais j’assume absolument tout."

Il mène sa carrière de cette manière, à l’instinct, laissant sa chance à tout le monde, peu importe le résultat. En 2010, il participe à La Meute, film d’horreur sur des goules avec Yolande Moreau et feu Philippe Nahon. "Voilà encore une tentative très admirable de faire un film de genre", dit cet admirateur de Rob Zombie. "Après, ce n’est pas moi qui le monte, qui dirige les acteurs. Je vois bien ce qui ne va pas dans ce film, et la pulsion qui m’a amené à le faire."

Amateur des comédies potaches des frères Farrelly ou avec Will Ferrell, il a accepté un petit rôle dans Divorce Club de Michaël Youn. "J’aime bien les films burlesques, décalés. J’ai plus d’humour qu’on ne le pense, je crois. Et pour se marrer, je suis bon public." Il a aussi participé de manière plus étonnante à l’élaboration de la bande originale d'All Inclusive de Fabien Onteniente. Un choix déconcertant, tant l’univers mélancolique du chanteur tranche avec celui du réalisateur de Jet Set et Turf. L’expérience a été décevante:

"Fabien Onteniente avait besoin d’énormément de musique et mon ami Dany Synthé m’a proposé de le faire avec lui. Ils n’envoyaient pas les rushes… C’était... (il souffle) Parfois on se retrouve dans des trucs… Moi je voulais surtout travailler avec Dany."

Fendre l’armure

Acteur depuis une dizaine d’années, Benjamin Biolay a mis du temps à apprivoiser le jeu: "J’ai l’impression de fendre l’armure depuis pas très longtemps, en vérité", dit-il. Le chant lui a été d’une aide précieuse: "Le trac que l’on ressent quand on met les pieds sur scène dans un festival comme Les Vieilles Charrues, où il y a 100.000 personnes, et où on va chanter en gros son journal intime, restera toujours mille fois plus fort qu'une prise de cinéma que l’on pourra refaire derrière."

Preuves de cette réticence à se laisser complètement aller devant la caméra, beaucoup de titres de ses films appartiennent au champ lexical de la mélancolie et du doute: Les Apparences, Pourquoi tu pleures?, La Douleur, Doutes, Qui a envie d’être aimé?. Son dernier en date, terminé cet été, s’intitule en toute logique Un hiver en été. C’est sur le tournage de Doutes qu’il a commencé à "fendre l’armure": "J’ai le souvenir d’avoir fait des trucs dont je ne pensais pas être capable. De film en film, si on se laisse aller, on se découvre capable de faire des choses qu’on ignorait."

Depuis, il a tourné dans un épisode du Capitaine Marleau, décrochant au passage le plus grand succès de sa carrière (plus de 8 millions de spectateurs) et une leçon de jeu ("C’est une grande actrice, Masiero, elle a un truc"). On l’a aussi vu dans une grosse machine américaine, The Eddy, de Damien Chazelle. Il a joué Victor Hugo chez Olivier Assayas (Personal Shopper) et il sera bientôt chez Bruno Dumont, le créateur de P’tit Quinquin.

Benjamin Biolay semble enfin libéré à l’écran. Dans Les Apparences, il livre une des rares cascades de sa carrière. Au cours d’une scène très physique, il plonge dans le Danube gelé pour y combattre un homme qui harcèle sa femme. "Ce n'était pas très agréable, mais j’ai envie de vivre ces trucs qu’on ne vit pas en général!" Biolay songe désormais à devenir réalisateur. Il travaille sur un projet de film musical. Un nouveau défi pour cet acteur téméraire qui dit détester… les comédies musicales.

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV