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Partiels désorganisés, programmes trop denses: la grogne des étudiants en médecine parisiens

La faculté de médecine de Paris-Descartes, qui a fusionné avec l'université Paris-Diderot

La faculté de médecine de Paris-Descartes, qui a fusionné avec l'université Paris-Diderot - Capture d'écran- Google Street View

Sous le hashtag #MentalBreakUp, les élèves médecins de l'Université de Paris dénoncent l'organisation chaotique de leurs récents partiels" et, plus largement, les problèmes liés à la fusions des facultés Descartes et Diderot.

"Une catastrophe", "un fiasco", "du mépris" ou encore "une mise en danger": depuis lundi, la grogne des étudiants en médecine de l'Université de Paris monte sur les réseaux sociaux sous le hasgtag #MentalBreakUP. En cause: l'organisation jugée cahotique des partiels des élèves de deuxième année.

Alors que depuis la rentrée les étudiants suivaient leurs cours en distanciel -crise sanitaire oblige-, ils étaient appelés à composer en présentiel à partir de lundi sur les sites de Bichat et de Villemin.

"Malgré les recommandations de l'Etat, l'université a tenu à maintenir les partiels en présentiel", obligeant ainsi les élèves à se "rassembler par groupe de 400 dans des amphis", dénonce sur Twitter l'Association des Carabins Réunifiés de Paris, une association regroupant des étudiants en médecine de l'Université de Paris, qui ajoute que les dispositions sanitaires promises par l'univiersité "laissaient à désirer.

Via le hashtag #MentalBreakUP, plusieurs futurs médecins ont posté sur Twitter des photographies et vidéos captées lors de ces partiels. On peut y voir des centaines d'étudiants agglutinés dans les couloirs ou devant les sites des facultés où se déroulaient les examens, sans respect des distanciations sociales.

Bug informatique et épreuves annulées

Le "fisaco" dénoncé par les étudiants de deuxième année ne s'arrête pas là. Outre les "conditions désastreuses" dans lesquels les élèves ont passé leurs examens, l'ACRP explique que certains n'ont "pas pu les passer du tout".

En cause: un problème informatique qui a empêché certains étudiants de se connecter au réseau via les tablettes numériques sur lesquelles ils étaient censés composer. Des élèves ont ainsi commencé leur épreuve en retard, quand d'autres n'ont rien pu écrire du tout.

Face à ce bug, la direction de l'université a ainsi décidé d'annuler l'épreuve prévue le lundi après-midi. A quelques heures de leurs partiels du mardi, les étudiants de deuxième année ont ensuite été prévenus, à 21 heures lundi soir, que leurs examens du lendemain n'auraient finalement pas lieu. Tout en maintenant les épreuves du surlendemain, qui ont donc lieu ce mercredi.

Un flou dénoncé par de nombreux étudiants sur Twitter. Beaucoup critiquent le manque de respect de l'université envers de futurs médecins qui n'ont pas eu de vacances depuis plusieurs mois, et qui se sont parfois privés de passer les fêtes de fin d'année avec leurs familles et leurs amis pour réviser leurs examens.

"Ne pas voir sa famille à Noël mais faire ses exams en présentiel, payer 600€ un 10m² en cas de reprise des cours mais bosser toute l'année seul-e chez soi, s'entendre dire qu'il faut faire preuve de responsabilité quand Vidal ne prend pas les siennes depuis 1 an", déplore ainsi une étudiante sur Twitter.

"Deux programmes additionnés"

A cette mauvaise gestion des partiels s'ajoute une virulente critique de la fusion, en 2019, des universités de médecine Paris-Descartes et Paris-Diderot qui forment désormais l'Université de Paris. Les deuxième années lésés par l'organisation désordonnée de leurs partiels ont ainsi été les premiers de leur niveau à faire leur rentrée, en septembre 2020, au sein de cette université réunifiée.

A en croire les témoignages écrits sous le hashtag #MentalBreakUP, cette fusion a résulté en un volume de cours et de connaissances à intégrer beaucoup plus important que les années précédentes, au sein d'un cursus déjà dense.

"Des professeurs qui avouent eux mêmes que la fusion est mal gérée. 2 programmes qui sont additionnés, près de 200 pages de cours/jour. Nous souhaitons avoir un enseignement avec un programme construit et ne pas subir les conséquences d’une fusion mal orchestrée!", écrit ainsi un élève sur Twitter.

"Au lieu de fusionner les cours des deux cursus de Diderot et Descartes, ils les ont additionnés. J’ai calculé, ça fait que je me retrouve avec plus de 4000 pages de cours à apprendre (...) C’est juste impossible", confie un autre étudiant de deuxième année au journal Libération.

"Non, les étudiants n’ont pas deux fois plus de cours"

Face à cette colère, le doyen de la faculté de médecine, Philippe Ruszniewski confie au quotidien que l'université a pris la décision d'organiser tous les partiels à distance. Les examens loupés lundi et mardi auront lieu en fin de semaine, pour permettre aux étudiants d'avoir quelques jours de vacances avant la reprise des cours, prévue le 18 janvier.

Concernant la charge de travail des élèves de deuxième année, Philippe Ruszniewski se défend dans Libération de toute connaissance supplémentaire à assimiler: "Non, les étudiants n’ont pas deux fois plus de cours ou de travail", juge-t-il, pointant du doigt l'enseignement en distanciel qui pousse selon lui certains étudiants "à tout prendre en note, mot pour mot."

"Ce n'est pas comme ça qu'on fera de bons médecins"

Les propos du doyen ont cependant été vivement critiqués sur les réseaux sociaux par les futurs médecins, qui sont nombreux à s'inquiéter de l'impact de ces diverses mésaventures sur leur santé mentale.

Dans un communiqué publié conjointement ce mercredi matin par l'Association Nationale des Étudiants en Médecine de France et l'Association des Carabins Réunifiés Parisiens, les futurs médecins expliquent que ce chaos permanent vient "accentuer les souffrances et le mal-être étudiant", déjà bien connus et décriés dans nos études médicales".

Selon eux, les rebondissements autour des récents partiels confirment "un défaut cruel d'anticipation, de communication et de réactivité que les étudiants dénoncent depuis des mois".

Ils appellent ainsi l'administration et la direction de l'Université de Paris à "un plan de remise en ordre (...) dans les plus brefs délais", afin que "les futurs étudiants ne soient pas sacrifiés par une fusion précipitée".

Au-delà de leurs études, les élèves sont nombreux à s'interroger sur les conséquences futures de ce qu'une étudiante de deuxième année qualifie auprès de BFM Paris de "violence institutionnelle". "Ce n'est pas comme ça qu'on fera de bons médecins", déplore-t-elle.

Juliette Mitoyen Journaliste BFM Régions