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"La France se tient à vos côtés": Dupond-Moretti rend hommage aux victimes de l'attentat de la rue des Rosiers

40 ans plus tard, le ministre de la Justice dresse "un triste constat": l'antisémitisme, qu'il qualifie de "bête immonde", n'est pas mort.

"Un attentat antisémite". 40 ans, jour pour jour, après l'attaque terroriste survenue dans la rue des Rosiers à Paris, un premier hommage national a été rendu aux victimes ce mardi. Présent, le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, a apporté son soutien, au nom de la France, aux victimes.

"Nos pensées vous accompagnent, a-t-il déclaré. 40 années se sont écoulées. C'est long et pourtant, je mesure à quel point ce déchaînement de haine et de violence rend la mesure du temps relative. C'était il y a 40 ans, mais c'était hier. Aujourd'hui, je veux le dire à nouveau, avec une grande solennité: la France se tient à vos côtés, comme elle se tient toujours aux côtés des innocentes victimes de ceux qui veulent saper les valeurs fondamentales de notre nation."

"Les terroristes n'ont pas frappé au hasard"

Pour rappel, le 9 août 1982, un commando de plusieurs hommes lance une grenade dans le restaurant Goldberg avant de mitrailler les passants de ce quartier historiquement juif du Marais. Cette attaque aura duré trois minutes et fait six morts et vingt-deux blessées. Pour Éric Dupond-Moretti, cet assaut ne laisse aucune place au doute.

"Il faut le rappeler inlassablement, les terroristes n'ont pas frappé au hasard, indique-t-il. L'attentat qui a été perpétré ici, le 9 août 1982, est un attentat antisémite."

"Lorsque la communauté juive est prise pour cible, c'est la République française tout entière qui est touchée", insiste le ministre de la Justice. "A chaque assaut contre des innocents, c'est la France, son histoire et son universalisme qui sont irémédiablement atteints". Il poursuit, en insistant sur le fait que "la France doit répondre par le droit à ces attaques qu'elles aient eu lieu, il y a 40 ans ou qu'elles aient lieu malheureusement encore aujourd'hui".

Le devoir de mémoire est important pour la communauté juive, mais aussi pour "notre histoire", selon le ministre de la Justice.

"Cette histoire pour vous, si intime, si brûlante, si douloureuse, c'est aussi notre histoire, ajoute-t-il. Soyez-en assurés, nous en portons la mémoire ensemble et si un membre du gouvernement est présent à cette commémoration, si nous sommes ici rassemblés, c'est pour que jamais cette mémoire ne s'éteigne."

"Une instruction est en cours"

Tant d'années après les faits, aucun procès n'a encore eu lieu et aucun n'est prévu dans les mois à venir, malgré des demandes de plus en plus pressantes.

"Je sais aussi qu'à ce jour, la soif de justice qu'éprouvent les victimes et leurs proches n'a pas été étanchée, poursuit Éric Dupond-Moretti. Une instruction est en cours et vous comprendrez bien qu'il ne revient pas au ministre de la Justice de la commenter, mais je sais que notre justice, en lien avec nos diplomates, est extremêment mobilisée pour que toute la lumière soit faite sur ce lâche attentat."

Quatre personnes sont aujourd'hui connues et soupçonnées d'être derrière l'attentat de la rue des Rosiers. Parmi ces derniers, une seule est en détention provisoire en France et mise en examen pour assassinat et tentative d'assassinat, après avoir été extradée de Norvège en 2020. Cette personne clame toujours son innocence.

Quatre décennies plus tard, le ministre de la Justice dresse "un triste constat". L'antisémitisme, qu'il qualifie de "bête immonde", n'est pas mort.

"Elle rampe plus ou moins masquée, dans l'obscurantisme de certains esprits, dans notre vie quotidienne, dans la rue, sur des affiches, au café du commerce et même dans certains propos politiques, explique-t-il. Qui aurait pu croire qu'aujourd'hui, certains parleraient de race juive?"

Eric Dupont-Moretti appelle à l'intransigeance notamment vis à vis de "toutes les initiatives qui révèlent les relents d'un antisémitisme nauséabond".

Solenne Bertrand