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Evacuation du campement de Saint-Denis: des centaines de migrants laissés sans solution

Les autorités ont procédé mardi à l'évacuation d'un campement de migrants au pied du stade de France. Mais d'après les associations, entre 500 et 1000 personnes n'ont pas été prises en charge.

Ils sont des centaines à errer dans les rues avec pour seuls biens ce qu'ils ont pu sauver dans leur sac à dos. Depuis l'évacuation du campement de migrants qui jouxtait l'A1 à Saint-Denis, des centaines de personnes se sont retrouvées sans solution.

"Peu importe où on va, la police vient et nous demande de partir", témoigne un migrant au micro de BFM Paris. "Dans le camp de Saint-Denis, c'était mieux, maintenant je n'ai nul part où aller. J'ai tout perdu", dit un autre.

Malgré la mise à l'abri de 3000 migrants annoncée dans le communiqué de la préfecture de police, entre 500 et 1000 personnes n'ont pas été pris en charge mardi, selon les associations qui leur viennent en aide au quotidien.

Des gaz lacrymogènes pour disperser les migrants

Le jour de l'évacuation, la tension est d'ailleurs montée face au manque de place dans les bus affrétés par les autorités. La police a même fait usage de gaz lacrymogène pour disperser ces migrants.

Cette évacuation "a été réalisé dans des conditions dégradantes, dans une politique de persécution, de terrorisation et de marginalisation", a estimé ce jeudi matin, Nikolai Posner, coordinateur de la communication d'UTOPIA 56, invité de BFM paris.

"A 14h30, après 10 heures d'évacuation, il restait entre 700 et 1000 personnes. Elles ont été repoussées par la police sans aucune information et pourchassées jusqu'aux portes de Paris sur 3 kilomètres", affirme-t-il.

"Ils ont tout perdu"

Deux jours plus tard, ces migrants sont dispersés au nord de Paris, entre les portes d'Aubervilliers, de la Vilette et de la Chapelle. Et la forte présence policière les empêche de s'installer à nouveau.

"Sur Paris, on leur dit: 'ne restez pas à Paris, allez de l'autre coté du périphérique'. De l'autre coté du périphérique, on leur dit: 'ne restez pas de ce coté-ci, allez sur Paris'. C'est complètement kafkaïen et surréaliste", s'agace Philippe Caro, membre du collectif "Solidarité Migrants Wilson".

"Les gens qui étaient ici ont tout perdu. Ils n'ont plus de tentes et beaucoup ont perdu dans la bataille des papiers précieux", rappelle-t-il.

De nouvelles opérations de mises à l'abri

De leur côté, les autorités réfutent tout manque de préparation et pointent du doigt la différence entre leur dernier comptage et le nombre de migrants présents au moment de l'évacuation.

"Dans le travail qui avait été mené pour préparer cette opération, les associations avaient recensé 1800 à 2000 personnes", explique Marc Guillaume, préfet de la région Île-de-France. "C'est plus de 3000 personnes qui ont été mises à l'abri", ajoute-t-il.

Il assure toutefois que les opérations de mises à l'abri "doivent se poursuivre, ponctuellement, comme c'est fait en permanence, en liaison avec les associations". La préfecture indique également que les accueils de jour restent ouverts pendant la période de confinement.

Une réponse insuffisante pour Nikolai Posner. "Ils auraient pu tout simplement dire: 'nous avons mal évalué, vous restez sur le camp et on revient la semaine prochaine'".

Tiphaine Paucot-Landelle avec Benjamin Rieth