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Trous mystérieux en Sibérie: sont-ils dus au réchauffement climatique?

Photo du premier cratère découvert dans la région de Yamal en Sibérie.

Photo du premier cratère découvert dans la région de Yamal en Sibérie. - -

Les trous géants récemment apparus en Sibérie pourraient être dus à des explosions de gaz et se révéler l'un des plus spectaculaires symptômes du réchauffement climatique, soutient une chercheuse russe. Mais d'autres hypothèses concurrentes subsistent.

Dieu joue-t-il avec une perforatrice géante sous le plancher terrestre? S'agit-il d'une attaque extra-terrestre? D'une expérience qui aurait mal tourné? Toujours est-il que plusieurs trous géants, profonds et parfaitement circulaires, ont été récemment découverts en Sibérie, à l'extrême nord de la Russie, depuis la mi-juillet.

D'après le site Mysterious Universe (en anglais), trois de ces étranges phénomènes géologiques auraient été jusqu'à présent repérés. Le premier est situé dans la péninsule de Yamal, le deuxième dans le district de Taz et le troisième, le plus petit et le plus septentrional, dans la péninsule de Taymyr.

Mais la question demeure, comment ces trous se sont-ils formés? Pour Anna Kurchatova, du Centre de recherche scientifique subarctique, dont le Moscow Times relaye l'hypothèse, il s'agirait d'"une explosion": "Le réchauffement climatique accélère de manière alarmante la fonte des glaces souterraines, ce qui a pour effet de relâcher du gaz à la manière de l'ouverture d'un bouchon de champagne". Le fait que la région de Yamal soit la première réserve de gaz naturel de Russie va aussi dans ce sens.

"Je ne pense pas qu'il y ait eu une explosion, car cela impliquerait des températures élevées, et il n'y a rien de ce genre ici. On ne voit rien de brûlé ou carbonisé, juste une éclaboussure", estime Marina Leibman, scientifique en chef de l’Institut de la cryosphère de la Terre qui s'est rendu sur place.

Des rejets de méthane, un puissant gaz à effet de serre

Passé le caractère très spectaculaire de ces trous, le problème est qu'ils attestent de la fonte du pergélisol (ou permafrost), ce sol des régions arctique censé rester gelé toute l'année. En fondant, cette couche de terre libère des gaz issus de la décomposition d'organismes accumulés pendant des milliers d'années, soit du dioxyde de carbone (CO2) et du Méthane (MH4).

Le gros souci est que le pouvoir d'effet de serre du méthane est environ 21 fois plus fort que celui du CO2 dont les émissions préoccupent déjà l'humanité. La suite n'est qu'un cercle vicieux qui veut que l'accélération du réchauffement libère plus de gaz, qui lui-même présent en plus grande quantité accélère d'autant le réchauffement…

D'autres hypothèses à vérifier

Les avis divergent encore sur les circonstances exactes de la formation de ces trous géants. Ainsi pour le spécialiste des régions polaires australien Chris Fogwill, consulté par le Sydney Morning Herald, le phénomène résulterait de l'effondrement d'un "pingo", tiré du mot inuit désignant une colline de glace recouverte de terre.

Dans ce cas, l'explosion de gaz serait à exclure. Les trous garderont sans doute encore un peu de leur mystère.

David Namias