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Yémen: la bombe qui a tué une quarantaine d'enfants aurait été vendue par les Etats-Unis selon CNN

Des enfants yéménites le 13 août dernier aux funérailles des enfants morts dans le raid de la coalition.

Des enfants yéménites le 13 août dernier aux funérailles des enfants morts dans le raid de la coalition. - Stringer - AFP

La bombe qui a tué 51 personnes dont une quarantaine d'enfants dans un bus au Yémen aurait été vendue par les Etats-Unis, rapporte la chaîne américaine CNN.

Le groupe d'enfants, âgés de 6 à 16 ans, partait en excursion et faisait une simple pause dans le village de Saada lorsque leur bus a été frappé par un raid aérien attribué à la coalition internationale, menée par l'Arabie Saoudite. Cinquante-et-une personnes dont une quarantaine d'enfants - 40 selon la chaîne américaine CNN (44 selon le New York Times) - sont morts jeudi 9 août dans l'attaque qui a eu lieu au nord du Yémen, 79 autres sont blessées.

La bombe aurait été commercialisée par les Etats-Unis, rapporte ce vendredi la chaîne CNN qui a mené l'enquête avec des journalistes yéménites sur place et des experts en munitions. 

Une bombe conçue par une entreprise américaine

Sur les images, on peut voir des chiffres inscrits sur les éclats d'obus filmés peu après cette attaque survenue ce jeudi dans le fief des rebelles. Les experts en armement assurent qu'il s'agirait d'une bombe Mark 82 (Mk 82) à guidage laser de précision, conçue par l'entreprise de défense américaine Lockheed Martin. 

Les autorités locales ont pu confirmer au New York Times que le morceau de métal avait bien été retrouvé à proximité du lieu de l'attaque, et qu'il aurait été fabriqué par l'entreprise américaine General Dynamics. Le journal précise toutefois qu'il n'a pas pu confirmer s'il s'agissait de la bombe utilisé dans l'attaque. 

L'ancien président Barack Obama avait interdit la vente de bombes guidées à l'Arabie saoudite après l'usage d'un type d'arme similaire dans un raid aérien survenu à Sanaa en octobre 2016. Mais Donald Trump avait levé cette interdiction après sa prise de fonction en 2017. 

Au lendemain de l'attaque, la coalition dirigée par les Etats-Unis a annoncé l'ouverture d'une enquête, mais des observateurs et des groupes de défense des droits de l'Homme s'interrogent sur la responsabilité morale des Etats-Unis. Le New York Times rapporte même que des membres du Congrès sont allés plus loin, appelant l'armée à clarifier son rôle dans les frappes aériennes sur le Yémen et à déterminer si en soutenant ces frappes, les militaires américains s'exposent à des menaces juridiques.

L'Arabie saoudite défend "une action militaire légitime"

Le porte-parole de la coalition internationale al-Maliki a déclaré à CNN que celle-ci avait bel et bien visé "une cible légitime".

"Non, ce n'était pas des enfants dans le bus. Nous prenons des précautions de haut-niveau pour le ciblage".

L'ambassadeur saoudien à l'Onu, Abdullah Al-Mouallimi, a lui aussi déclaré au Conseil de sécurité que l'attaque était une "action militaire légitime" et que "les dirigeants houthis ciblés étaient chargés de recruter et d'entraîner de jeunes enfants sur les champs de bataille."

"Nous ne sommes pas engagés dans la guerre civile. Nous aiderons à empêcher le massacre des personnes innocentes. Je suis très préoccupé par la situation humanitaire", a déclaré dimanche dernier le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, rapporte CNN. 

Cinquante-six enfants se trouvaient également parmi les 79 personnes blessées le 9 août dans la province de Saada, d'après le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Lors des funérailles, les cercueils, recouverts d'un tissu vert symbole du martyre, et des portraits des jeunes victimes, ont été alignés au sol pour la prière des morts. La foule a brandi des pancartes sur lesquelles était écrit: "Le massacre des écoliers de Dahyan". Un haut responsable rebelle, Mohammed Ali al-Houthi, présent aux funérailles, a dénoncé un "crime de l'Amérique et de ses alliés contre les enfants du Yémen".

La coalition a été accusée d'avoir commis de nombreuses bavures contre des civils. Elle a admis sa responsabilité dans certains raids mais elle accuse régulièrement les rebelles Houthis de se mêler aux civils ou de les utiliser comme boucliers humains.

J.B