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Une ministre belge démissionne après avoir assimilé les marches pour le climat à un complot

La ministre flamande de l'Environnement Joke Schauvliege, le 5 février 2019, au Parlement flamand à Bruxelles.

La ministre flamande de l'Environnement Joke Schauvliege, le 5 février 2019, au Parlement flamand à Bruxelles. - Thierry Roge - Belga - AFP

La ministre de l'Environnement a notamment menti en assurant tenir de la sûreté de l'État que les marches des jeunes pour l'environnement n'étaient pas spontanées, mais téléguidées par des organisations environnementales.

"Je peux vous garantir qu'il y a plus, derrière tout cela, que des actions spontanées de solidarité pour le climat". La ministre flamande de l'Environnement a démissionné mardi après le tollé suscité en Belgique par ses propos laissant entendre que les marches pour le climat, phénomène sociétal de ce début 2019 en Belgique, relevaient d'une opération politique organisée.

Joke Schauvliege, une chrétienne-démocrate de 48 ans, a annoncé sa décision en larmes lors d'une conférence de presse en fin de journée, selon des images retransmises par les médias belges.

Elle avait reconnu un peu plus tôt avoir menti en affirmant tenir de la sûreté de l'État (un des services de renseignements belges) que ces marches n'étaient pas spontanées. La ministre avait ensuite formulé des excuses, sans parvenir à calmer la polémique.

"Il reste des dossiers importants sur la table (...) Il est préférable que je démissionne et que la politique climatique se poursuive sans que ma personne ne l'hypothèque", a-t-elle finalement déclaré devant les médias.

"Je suis un être humain et je peux me tromper"

Au cours du week-end, lors d'une réunion avec un syndicat agricole de Flandre, la ministre régionale avait assimilé les fortes mobilisations citoyennes récentes pour le climat à une opération téléguidée par des organisations environnementales contre sa formation politique qui serait jugée trop favorable aux agriculteurs.

"Je sais qui se cache derrière ce mouvement, tant pour les manifestations dominicales que pour les marches des jeunes pour le climat. On me l'a aussi dit à la Sûreté de l'État. Je peux vous garantir qu'il y a plus, derrière tout cela, que des actions spontanées de solidarité pour le climat", avait affirmé Joke Schauvliege, citée par l'agence de presse Belga.

En plusieurs séquences, devant les instances de son parti lundi puis à la radio flamande mardi matin, la ministre a voulu s'amender, évoquant un discours "pas correct". "Ces dernières semaines, j'ai peu dormi et je me suis laissée envahir par la frustration. Je suis un être humain et je peux me tromper", a-t-elle expliqué en admettant ne pas avoir eu de contact avec la Sûreté de l'État.

La démission de Mme Schauvliege était réclamée par les écologistes de Groen, un des principaux partis d'opposition au gouvernement flamand (associant chrétiens-démocrates, libéraux et nationalistes de la N-VA).

Des milliers de jeunes manifestent

Pour le quatrième jeudi consécutif, des milliers de jeunes séchant les cours avaient manifesté le 31 janvier en Belgique contre le réchauffement climatique, un mouvement initié par des lycéens pour mettre la pression sur le monde politique. Considérée comme le pic de la mobilisation, la manifestation bruxelloise du 24 janvier avait rassemblé 35.000 personnes. En outre le 27 janvier, une Marche européenne (dominicale) pour le Climat, avait mobilisé 70.000 personnes à Bruxelles, une participation très élevée pour la ville.

La Belgique compte quatre ministres de l'Environnement, un au niveau fédéral et un dans chacune des trois régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles), ce qui est souvent considéré comme une source d'inertie politique sur ces enjeux.

Salomé Vincendon avec AFP