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Un avocat dépose un dossier contre le président philippin devant la CPI

Le président philippin Rodrigo Duterte à Doha, le 15 avril 2017 au Qatar

Le président philippin Rodrigo Duterte à Doha, le 15 avril 2017 au Qatar - KARIM JAAFAR, AFP

Un avocat philippin a déposé un dossier d'informations auprès de la Cour pénale internationale, accusant le président des Philippines Rodrigo Duterte d'avoir causé la mort de plus de 8.000 personnes avec sa guerre antidrogue.

Un avocat philippin a déposé lundi en tant que citoyen un dossier d'informations auprès du bureau de la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) accusant le président Rodrigo Duterte d'avoir causé la mort de plus 8.000 personnes dans sa guerre antidrogue.

L'avocat Jude Sabio l'accuse d'avoir commis "des massacres ou exécutions extrajudiciaires constituant un crime contre l'humanité durant son mandat en tant que maire de la ville de Davao (au sud), y compris à travers son implication personnelle et son escadron de la mort de Davado, et maintenant en tant que président des Philippines, à travers sa guerre antidrogue", a-t-il indiqué dans un communiqué.

Rodrigo Duterte a été élu président en mai 2016 sur un programme ultrasécuritaire, s'engageant à éradiquer en six mois le trafic de drogue en faisant abattre des milliers de trafiquants de drogue présumés.

Scène de crime à Manille aux Philippines, le 8 février 2017
Scène de crime à Manille aux Philippines, le 8 février 2017 © NOEL CELIS, AFP/Archives

"Nous analyserons les documents"

Jude Sabio parle de 1.400 morts à Davao et plus de 7.000 dans le cadre de cette sanglante campagne contre le trafic de drogues.

Les Nations unies, l'Union européenne, les Etats-Unis ainsi que de nombreuses organisations de défense des droits de l'homme ont fait part de leur inquiétude au sujet de ces exécutions extrajudiciaires.

Alors que Rodrigo Duterte "a complètement ignoré" ces appels, l'avocat souhaite que le bureau de la procureure lance une enquête sur ces faits pour "mettre fin à cette ère noire, obscène, meurtrière et malfaisante aux Philippines".

Le bureau de la procureure a confirmé avoir reçu le dossier d'informations de 77 pages déposé par Jude Sabio à La Haye, ajoutant: "nous analyserons les documents soumis, en accord avec le Statut de Rome", traité fondateur de la CPI.

Les responsables pourraient être poursuivis

La procureure peut déterminer s'il convient d'entamer un examen préliminaire, étape préalable à l'ouverture d'une enquête, de la situation.

En octobre, Fatou Bensouda s'est dite "très préoccupée par ces allégations et par le fait que de hauts responsables de la République des Philippines semblent justifier ces meurtres (...) et même encourager les forces de l’ordre et la population civile à continuer de faire usage de la force létale à l’encontre de ces personnes".

Elle avait également averti que les responsables pourraient être poursuivis.

Des enfants observent une scène de crime à travers leur fenêtre à Manille, aux Philippines, le 16 février 2017
Des enfants observent une scène de crime à travers leur fenêtre à Manille, aux Philippines, le 16 février 2017 © NOEL CELIS, AFP

Duterte a affirmé avoir lui même tué des criminels présumés

Jude Sabio a récemment représenté Edgar Matobato. En septembre, cet homme se présentant comme un "tueur repenti" avait expliqué devant le Sénat qu'il faisait partie d'un escadron de la mort qui avait tué un millier de personnes, délinquants et opposants, sur ordre de Rodrigo Duterte, alors maire de Davao.

Le président philippin a affirmé en décembre avoir personnellement tué des criminels présumés à cette époque afin de montrer l'exemple à la police.

Depuis son entrée en fonction fin juin, la police a annoncé avoir abattu 2.087 trafiquants ou toxicomanes présumés tandis que 1.398 personnes ont été tuées dans des circonstances non élucidées, selon les chiffres officiels.

Le porte-parole de la présidence Ernie Arbella a assuré lundi que la police enquêtait déjà sur les personnes suspectées "de violer les procédures" et fait état d'une investigation en cours par le Sénat dont M. Matobato est le témoin principal.

Ainsi, la CPI, "en tant que Cour de dernier recours, aura seulement compétence sur une affaire une fois que les remèdes légaux aux Philippines auront été épuisés", a-t-il précisé.

G.D. avec AFP