BFMTV

Troupes étrangères en Irak: qui reste, qui part?

L'escalade de tensions entre les Etats-Unis et l'Iran rebat les cartes du déploiement militaire des troupes étrangères en Irak.

Les tensions entre les Etats-Unis et l'Iran perturbent les stratégies militaires des armées étrangères installées en Irak. Dimanche, le Parlement irakien a demandé au gouvernement de "mettre fin à la présence des troupes étrangères", conduisant plusieurs nations à revoir leur présence dans le pays. Cette requête rebat donc les cartes des différents déploiements des forces de la coalition internationale anti-Daesh, emmenée par les Etats-Unis, qui comptent plusieurs milliers de soldats.

La coalition compte en Irak 5200 militaires américains, déployés sur la base aérienne d'Aïn al-Assad ainsi que dans la capitale du Kurdistan irakien, Erbil, et à Bagdad, près de l'ambassade américaine. Sur place, les membres de la coalition ont également mobilisé 900 soldats italiens, 500 canadiens, 400 britanniques, 200 français et 120 allemands, ainsi que des milliers de sous-traitants civils, chacun ayant choisi d'adopter des stratégies différentes depuis l'escalade entre les Etats-Unis et l'Iran.

Qui reste?
  • Les Etats-Unis ont choisi de ne "pas quitter l'Irak", a assuré mardi le chef du Pentagone Mark Esper alors que la veille, le commandement militaire américain en Irak avait indiqué "par erreur" son retrait. "C'était un projet (de lettre) non signé", envoyé à quelques leaders militaires irakiens parce que les mouvements de troupes américaines en Irak se sont accrus ces derniers jours, a expliqué à la presse le général Mark Milley. Mais "il n'aurait jamais dû être envoyé", a-t-il ajouté.
"C'est une erreur commise en toute bonne foi". Mardi, le ministre américain de la Défense a réaffirmé, au cours d'une conférence de presse, que "la politique n'a pas changé. Nous ne quittons pas l'Irak".
  • La France, qui compte quelque 200 militaires en Irak, dont 160 sont affectés à la formation de l'armée irakienne, a affirmé qu'elle n'avait "pas l'intention" de retirer ses militaires actuellement stationnés en Irak, a déclaré mardi à l'AFP une source gouvernementale.
"La coalition internationale anti-Daesh doit pouvoir continuer sa mission", a invoqué Florence Parly, ministre des Armées, sur Twitter. La France continuera donc "d’être une force d’équilibre, et les Armées y contribueront avec leur posture de fermeté et de modération", a-t-elle poursuivi, précisant que "le niveau de protection de nos 16 militaires a été renforcé dès vendredi dernier".
  • L'Italie opte pour la même stratégie, a annoncé mardi le ministère de la Défense. Rome a plus de 900 soldats en Irak et dans ses environs, dont 300 au Koweit, environ 450 qui entraînent des combattants kurdes à Erbil, 90 à Kirkouk et 50 à Bagdad, selon les médias italiens.
Qui part?
  • L'OTAN a annoncé mardi le retrait temporaire d'une partie de son personnel d'Irak. "Nous prenons toutes les précautions nécessaires pour protéger notre personnel. Cela comprend le repositionnement temporaire d'une partie du personnel dans des différents lieux à l'intérieur et à l'extérieur de l'Irak", a indiqué un responsable de l'Alliance atlantique.
  • Le Canada va déplacer temporairement vers le Koweït une partie de ses quelque 500 soldats déployés en Irak, dans les prochains jours.
  • L'Allemagne a décidé de retirer une partie de ses 120 soldats et de les transférer en Jordanie et au Koweït. Le contingent allemand basé à Bagdad et à Taji, au nord de la capitale irakienne - soit 35 militaires - a quitté déjà l'Irak, a indiqué l'armée allemande, en invoquant la "situation sécuritaire en Irak".
    Le gouvernement allemand a toutefois rappelé qu'il était "prêt, sur le fond, à poursuivre notre soutien, dans un cadre international coordonné et dans la mesure où l’Irak le souhaite et la situation le permet», rapporte Le Figaro.
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a cependant reconnu être "inquiet" car, "si les forces internationales quittent très rapidement l’Irak, la lutte contre Daesh sera terminée, l’État islamique reprendra des forces et il y aura une grande instabilité dans le pays", a-t-il déclaré devant la télévision allemande.
  • La Roumanie a elle aussi décidé du retrait de ses 14 soldats présents en Irak dans le cadre de missions de l'OTAN. Ils vont être "relocalisés" en raison des fortes tensions dans la région, a annoncé le gouvernement sans préciser si ces soldats quitteront l'Irak ou seront déplacés vers une autre base du pays.
    Ces multiples remaniements font redouter une brèche dans la lutte contre Daesh dans laquelle l'organisation terroriste pourrait s'engouffrer. Cette situation "fait le jeu des djihadistes", prévient dans les colonnes du Figaro Pierre Razoux, directeur de rechercher à l’Irsem et spécialiste du Moyen-Orient.
A.L. avec AFP