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Pourquoi la presse italienne a très tôt parlé de la crise des gilets jaunes

Les gilets jaunes ont pris part à la manifestation de la CGT

Les gilets jaunes ont pris part à la manifestation de la CGT - Alain JOCARD / AFP

Immanquablement, la presse transalpine n'a pas manqué de souligner la ressemblance entre les manifestants français et le Mouvement 5 étoiles.

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes le 17 novembre dernier, la presse européenne semble suivre de très près la contestation. Et un pays en particulier a semblé encore plus attentif à l’évolution du mouvement social: l’Italie. Dès les premières heures des gilets jaunes, de nombreux articles ont fleuri sur la toile transalpine, tantôt avec pour objectif de comprendre les raisons profondes de la colère, tantôt afin de tenter de rapprocher la situation sociale avec celle connue par l’Italie il y a quelques années seulement. A chaque nouveau samedi de mobilisation, de nouveaux articles ont suivi dans la presse italienne. 

Dès le 20 novembre, un article publié par la version italienne de Vice tentait de décrypter les gilets jaunes et leurs revendications, remontant jusqu’à la genèse du mécontentement: la hausse du prix des carburants. Et c’est d’ailleurs l’essence et son coût qui va, les premières semaines, nourrir les médias italiens.

"Ce qui a fait le plus parler, c’est qu’en Italie l’essence est plus chère qu'en France et personne ne disait rien. Les premiers angles portaient sur les prix, sur les gens qui se bougent en France pour cela", souligne Paolo Levi, correspondant parisien de l’agence de presse italienne Ansa contacté par BFMTV.com.

Des différences de traitement

Pourtant, il paraît bien compliqué d'estimer avec précision la manière avec laquelle la mobilisation a été accueillie. Il existe "autant de perceptions que de médias", explique de nouveau Paolo Levi, avant de dresser un tableau de la situation.

"Il n'y a pas une seule perception, pour certains médias, il s'agissait de la revanche du peuple contre les élites. Et puis il y a les grands médias, dits traditionnels, peut-être plus sérieux, qui ont gardé plus de retenue." 

En revanche, tous se sont accordés sur un même dénominateur commun: le rapport qui existe entre le mouvement des gilets jaunes et celui des 5 étoiles, fondé en 2009 par Beppe Grillo et Gianroberto Casaleggio. 

Ressemblance avec le Mouvement 5 étoiles

Aujourd'hui premier parti politique d'Italie, le Mouvement 5 étoiles s'est, expliquait le politologue Elie Michel dans les colonnes du Monde, construit sur "l'expression d'un ras-le-bol général." Ce ras-le-bol côté français a été largement relayé par la presse italienne, dès les premiers jours de novembre. "Nous avons été très réactifs, les premiers en Europe", assure Paolo Levi.

Dans différents articles, la ressemblance des gilets jaunes avec les Forconi, des bonnets rouges italien, est également avancée. Se battant contre la caste politique en place, ce mouvement avait su rallier les différentes extrêmes lors de rassemblements parfois violents.

"Le mouvement des gilets jaunes naît lui aussi d’une contestation de citoyens peu ou pas mobilisés sur Facebook, à travers une multitude de pages et de groupes. Le caractère singulier du M5S et des gilets jaunes est surtout d’avoir su transformer la 'colère 2.0' en mobilisation de rue" détaille le journaliste italien. Selon Paolo Levi, une différence subsiste pourtant. "Le mouvement 5 étoiles était plus organisé", confirme Elie Michel.

La figure de Macron scrutée

Peu après sa prise de parole début décembre 2018, la position d'Emmanuel Macron avait largement été analysée par la presse transalpine. Le quotidien La Repubblica avait par exemple assuré que le locataire de l'Elysée avait plié, soulignant le "mea culpa" opéré ce jour-là. Même son de cloche pour La Stampa, qui avait alors insisté sur "les excuses de Macron."

En cette période de relations diplomatiques tendues entre la France et l'Italie, la situation sociale et politique française est d'autant plus suivie de près. Ce vendredi, le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini a, selon ses propres paroles, "convoqué" son homologue français Christophe Castaner, qui n'a qu très peu goûté l'idée. "On ne me convoque pas" a-t-il rétorqué dans la foulée. 

Hugo Septier