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Pistorius: pourquoi ce verdict controversé?

Contre toute attente, la juge Thokozile Masipa a été remerciée par la famille d'Oscar Pistorius après le verdict plutôt clément qu'elle a rendu vendredi sur l'affaire qui tient en haleine l'Afrique-du-Sud.

Contre toute attente, la juge Thokozile Masipa a été remerciée par la famille d'Oscar Pistorius après le verdict plutôt clément qu'elle a rendu vendredi sur l'affaire qui tient en haleine l'Afrique-du-Sud. - Alon Skuy - AFP

En écartant le meurtre de la qualification des faits reprochés à Oscar Pistorius, la juge Thokozile Masipa a stupéfait les commentateurs sud-africains. Décryptage d'un verdict déjà controversé.

Oscar Pistorius reconnu coupable, oui, mais pas de meurtre. Le verdict de la juge sud-africaine Thokozile Masipa, qui a rejeté vendredi le meurtre avec préméditation ainsi que l'intention de tuer dans le procès sur la mort de Reeva Steenkamp, a surpris. La juge a en effet estimé qu'Oscar Pistorius était coupable de "manslaughter" et "culpable homicide", qu'on pourrait traduire par "coups mortels" et "homicide involontaire", mais non de meurtre.

Elle a donc opté pour une notion qui se rapproche de celle (en droit français) de "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Que change ce verdict dans la suite de l'affaire? Explications avec Alexandre Malan, avocat au barreau de Paris et spécialiste du droit sud-africain.

Pistorius échappe à la prison à perpétuité

Puisqu'il n'y a pas meurtre, l'ex-champion échappe de fait à la prison à perpétuité. Sa peine sera d'ailleurs fixée lors d'un "mini procès" qui se tiendra le 13 octobre et au cours duquel la défense aura à cœur de plaider des circonstances atténuantes. Oscar Pistorius encourt une peine de 15 ans de prison, mais il pourrait aussi être relaxé. En attendant, a informé vendredi la juge, il restera en "liberté sous caution". 

Pourquoi la juge a-t-elle écarté certains témoignages à charge?

C'est un point capital du verdict. La juge Thokozile Masipa a affirmé dès jeudi soir qu'il ne serait "pas sage" de s'appuyer sur les témoignages -certes "honnêtes" mais émanant d'une "mémoire faillible"- des voisins qui ont entendu des cris la nuit de la mort de Reeva Steenkamp, le 14 février 2013. Une décision surprenante, mais pas forcément sans logique, tempère Me Alexandre Malan.

Premièrement, explique-t-il, la juge considère que "les maisons des voisins étaient trop éloignées" pour que les témoignages soient totalement fiables. Ensuite, il reste la possibilité "que les cris entendus aient été ceux de Pistorius lui-même". Enfin, "compte tenu des blessures infligées à Reeva Steenkamp (NDLR: rappelons que les balles utilisées étaient "expansives", qui causent de plus grands dommages), il est très probable qu'elle aurait été incapable de crier". 

La thèse de la défense confortée

L'accusation a toujours soutenu qu'Oscar Pistorius était conscient qu'"un humain était derrière la porte des toilettes" quand il a tiré, selon elle "pour tuer". Un argument non retenu par la juge, qui a estimé que "l’intention de tuer n’était pas démontrée", mais que Pistorius avait "agi avec une négligence coupable et des moyens disproportionnés". Ainsi, selon les propres termes employés par Thokozile Masipa, bien qu'agissant "en toute conscience", Oscar Pistorius est surtout coupable de ne pas avoir eu les bons réflexes, d'avoir adopté un moyen trop radical pour se protéger contre ce qu'il percevait comme un danger. Il aurait dû prévenir la sécurité, appeler au secours, mais certainement pas tirer à quatre reprises à travers la porte. 

Tout en exprimant certaines réserves, la juge s'est donc rangée peu ou prou à la thèse soutenue depuis le début par la défense d'Oscar Pistorius, à savoir une méprise qui lui aurait fait confondre sa petite Reeva Steenkamp, abattue à travers la porte des toilettes de son domicile, avec un cambrioleur qui aurait pu intenter à sa vie. La défense évoquait aussi, rappelle un instructif blog du Guardian (en anglais), un "tir réflexe" relevant de la "légitime défense". Ce dernier argument semble avoir fait mouche et pourrait même, explique Me Alexandre Malan, conduire à une relaxe.

Pistorius a-t-il intérêt à faire appel?

Au cas où il serait condamné à une peine de prison, Oscar Pistorius serait en droit d'interjeter appel. Mais aurait-il intérêt à le faire? "Ce verdict ne tient qu'à un fil. Oscar Pistorius n'aurait pas intérêt" à relancer des débats qui pourraient bien tourner en sa défaveur, souligne Me Malan.

En revanche, le parquet -qui s'est déclaré "déçu" par ce verdict pourrait bien ne pas en rester là. Il n'est donc pas du tout certain que "l'affaire Pistorius" s'arrête le 13 octobre prochain.

David Namias