BFMTV

Au Yémen, Al-Qaïda prend de l'ampleur sous l'impulsion de son chef

Groupes d'entraînements terroristes au Yémen

Groupes d'entraînements terroristes au Yémen - -

A 35 ans, Nasser Al-Whaychi, leader d'Aqpa et récemment adoubé par Ayman al-Zawahiri, le patron d'Al-Qaïda, profite de la position stratégique du Yémen sur le front jihadiste pour s'affirmer comme un danger majeur.

Des ambassades occidentales qui ferment par mesure de précaution, une vaste attaque déjouée sur son sol et plusieurs attaques de drones qui ont provoqué la mort de plusieurs dizaines de combattants d’Al-Qaïda: ces derniers jours, le Yémen est au centre de la scène terroriste mondiale. Coïncidence ou non, ces informations s’avèrent concomitantes avec le retour au premier plan de Nasser Al-Whaychi, leader de Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (Aqpa), depuis 2007.

Des communications entre lui et Ayman al-Zawahiri, successeur d’Oussama ben Laden, ont été interceptées. Et cette fois-ci il ne s’agit plus d’une simple allégeance comme en juillet 2011 mais de perpétrer des attentats aux alentours de la fin du ramadan. 

Qui est cet homme qui paraît prendre toujours plus d’importance au sein d'Al-Qaïda et que des sources américaines présentent désormais comme le numéro 2 de la nébuleuse?

Aux côtés de Ben Laden depuis la fin des années 90

Surnommé aussi Abu Bassir, Nasser Al-Whaychi est, à seulement 35 ans, un vieux routier des combats d’Al-Qaïda. Il quitte sa famille yéménite aisée pour rejoindre Oussama ben Laden en Afghanistan, dès la fin des années 90, puis se forme ainsi au maniement des armes dans le camp Al Farouk. Nasser Al-Whaychi présente bien. Fin, le teint mat avec une barbe très noire et drue, selon un portrait de lui donné par l’AFP, il fut rapidement présenté au chef en personne et Oussama ben Laden l’aurait rapidement chargé de s’occuper de ses finances et de ses propriétés.

La suite de son parcours est plus tumultueuse. Plus floue également. Il aurait fui l'Afghanistan en 2002 avant d’être arrêté en Iran et extradé dans son pays d’origine, le Yémen. Emprisonné, il s’échappe en 2006 en compagnie de 22 codétenus par un tunnel de 44 mètres de long.

Rejoint notamment par d'anciens membres d'Al-Qaïda en Arabie saoudite, il fonde et prend le commandement d'Aqpa en 2009, l'ancien leader étant mort durant son passage en prison. Le mouvement croit toujours plus et étend son influence à l’ombre des montagnes escarpées yéménites, forteresse protectrice des drones américains.

"Les franchises d'Al-Qaïda ont prospéré"

Le Washington Post, qui a révélé une discussion entre le médecin égyptien et idéologue d'Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri et Nasser Al-Whaychi, le présente comme une sorte de "directeur général" des opérations jihadistes.

Pas surprenant tant Aqpa, à qui on prête une tentative de détournement d'un avion de ligne américain en 2009, évolue désormais sur le front terroriste le plus actif du moment. Son influence est d’autant plus grande que "les franchises d’Al-Qaïda ont prospéré autant que la direction centrale s’est affaiblie", analyse François Heisbourg, spécialiste du renseignement dans Libération jeudi.

Barack Obama pourtant bombe le torse face aux menaces. "Le noyau central d’Al-Qaïda s’achemine vers une défaite", a affirmé le président américain mercredi. Des propos que Nasser Al-Whaychi pourrait prendre pour une provocation bien que la Maison Blanche reconnaisse l’existence active "d’un extrémisme radical et violent". Pour preuve, Barack Obama a préféré une évacuation de ses ressortissants. Une réaction que Nasser Al-Whaychi pourrait assimiler à une victoire. 

A la mort d’Oussama ben Laden, il avait prévenu les Etats-Unis: "Le problème n’est pas résolu. Ce qui arrive est pire, et ce qui vous attend est plus intense, plus douloureux".

Samuel Auffray