BFMTV

Le "Novitchok", ce poison qui rappelle la guerre froide

Mars 2018, les services d'urgence britanniques sécurisent la zone où ont été retrouvés dans un état critique Sergueï Skripal et sa fille.

Mars 2018, les services d'urgence britanniques sécurisent la zone où ont été retrouvés dans un état critique Sergueï Skripal et sa fille. - Matt Cardy / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images/AFP

L'agent innervant a fait une autre victime et tué une femme en Angleterre, dans le Wiltshire, non loin de Salisbury où était tombé malade Sergueï Skripal. Mais que savons-nous de cette substance?

La police reste dans l'expectative après la mort de Draw Sturgess, une Britannique originaire de Durrington, dans le Wiltshire. La quadragénaire a été contaminée au "Novitchok" ont révélé les analyses. Son compagnon reste quant à lui à l'hôpital dans un état critique. Le même "agent innervant" avait rendu malades l'ex-agent russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia, en mars dernier. Les deux victimes résidaient à Salisbury, dans cette même région du sud-ouest de l'Angleterre. Le chef de l'antiterrorisme conseille de ne pas ramasser des objets suspects comme "des seringues ou des récipients inhabituels". John Glen, un député de la région, a estimé sur la BBC que le couple, d'anciens sans-abris, a pu avoir été en contact avec l'objet contaminé en raison de "leur habitude de fouiller dans les poubelles". Dont acte. Mais que savons-nous de cet "agent innvervant", ce "Novitchok"? 

L'agent innervant "Novitchok est un toxique russe mal connu et particulièrement dangereux. Sa conception par des scientifiques soviétiques remonte aux années 1970-1980, les dernières décennies de la Guerre froide Est-Ouest. Les experts occidentaux en savent peu sur ces armes chimiques redoutables. Justement, le "Novitchok" recouvre différentes substances conçues pour ne pas contrevenir à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques et être indétectables par les médecins légistes.

Des substances hyper-toxiques 

La réalité de ces substances a été confirmée en octobre 1991 par Vil Mirzayanov, scientifique russe installé depuis 1995 aux Etats-unis, qui a participé au développement de ces armes chimiques dites de quatrième génération. 

Si la composition de ces substances garde sa part de mystère, des traits distinctifs sont déjà connus:

Les agents de la famille Novitchok (en russe, "Nouveau venu") sont considérés comme cinq à dix fois plus létaux que les autres, même s'il n'en existe aucun usage militaire connu. Moscou n'aurait jamais déclaré le Novitchok ou ses ingrédients auprès de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), basée à La Haye, qui supervise un traité interdisant l'usage des armes chimiques.

Cette quatrième génération de gaz toxique aurait été fabriquée à l'aide de produits agrochimiques afin que leur production soit plus facile à dissimuler, selon l'experte américaine en armes chimiques Amy Smithson.

Des publications à propos du développement de Novitchok sont apparues dans les années 1990, conduisant les Etats-Unis à soupçonner l'ancienne URSS d'avoir mené un programme secret d'armes chimiques et ne pas avoir déclaré l'ensemble de son arsenal quand elle a rejoint l'OIAC.

La Russie a achevé l'an dernier la destruction de son arsenal chimique déclaré à l'OIAC. Les Etats-Unis déclarent être dans la dernière phase de la destruction de leur propre stock.

Selon un rapport publié en 2014 par le Nuclear Threat Initiative, organisation basée aux Etats-Unis qui travaille à la réduction des armes de destruction massive, la Russie aurait eu en sa possession plusieurs milliers de tonnes d'agents Novitchok et de leurs précurseurs.

L'agent Novitchok provoque un ralentissement du rythme cardiaque et l'obstruction des voies respiratoires jusqu'à la mort par asphyxie, déclare le professeur Gary Stephens, expert en pharmacologie à l'université de Reading en Angleterre.

"L'une des principales raisons pour lesquelles ces agents sont développés est que leurs ingrédients ne sont pas sur une liste prohibée", ajoute-t-il. (Anthony Deutsch Jean-Stéphane Brosse pour le service français).

David Namias avec agences