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INFOGRAPHIES. Coronavirus: ce que nous apprend l'Islande en testant massivement sa population

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L'Islande a testé environ 10% de sa population pour le Covid-19: la plus forte proportion à l'heure actuelle dans le monde. Cette campagne de dépistage massive permet d'en savoir plus plus sur le virus.

En France, beaucoup décrient le nombre trop faible de tests de dépistages du coronavirus. Selon le dernier bilan de Santé Publique France, seulement 330.000 tests ont été réalisés dans le pays, soit à peine 0,5% de la population.

Un taux bas comparé à celui de l'Islande, où près de 10% de la population a déjà été testée. En même temps, l'île ne compte que 364.000 habitants. Il n'empêche que l'Islande est très en avance comparé au reste du monde, même vis-à-vis des pays avec une faible population. Deux fois moins de tests ont ainsi été réalisés au Luxembourg, qui ne compte que 613.000 habitants.

L'infographie-ci dessous montre le nombre de tests réalisés dans chaque pays tout le rapportant à la taille de la population locale.

Ce dépistage massif de la population permet d'en savoir plus sur le virus. Dans une étude publiée par la revue médicale américaine New England Journal of Medicine, des chercheurs d'universités islandaises et de la société locale deCODE Genetics analysent ces données.

1. La plupart des cas importés de l'étranger venaient d'Europe et non d'Asie

L'Islande a commencé le dépistage un mois avant que le premier malade ne soit confirmé sur son territoire, ce qui explique en partie le grand nombre de tests déjà réalisés.

Dès le 31 janvier, tous les voyageurs revenant de zones à risque (initialement la Chine, les Alpes autrichiennes, italiennes et suisses) ont ainsi été testés. Ce qui a permis aux autorités de retracer l'origine de ses malades.

Les analyses montrent que dans un premier temps, ce sont probablement les Islandais revenant d'Italie et d'Autriche qui ont ramené le virus chez eux. Puis il semble que ce soit, en partie, des voyageurs revenant du Royaume-Uni, avant que ce pays-là ne soit déclaré zone à risque... Ce qui suggère que le coronavirus circulait assez tôt chez les Britanniques.

2. Près d'un cas sur deux en Islande est asymptomatique 

Dans les pays ne dépistant pas suffisamment leurs populations - comme la France - seules les personnes présentant des symptômes sont testées. Un manque de moyens qui peut donner le sentiment que seules les personnes ayant de la toux, des problèmes de respirations ou des courbatures sont contaminées.

Une fausse impression. Comme le répètent les experts depuis le début de la pandémie, de nombreux malades sont asymptomatiques et peuvent tout de même transmettre le virus. D'où la nécessité de tester massivement la population afin que ces derniers fassent le maximum pour éviter de contaminer d'autres personnes.

3. Les plus jeunes sont loin d'être épargnés par le coronavirus

Dans les pays ne dépistant pas suffisamment leur population, la majorité des cas détectés sont relevés chez des personnes "âgées": cinquantenaires, soixantenaires, septuagénaires, octogénaires... C'est particulièrement vrai en France où près d'un contaminé sur deux (46%) a plus de 65 ans.

Un constat logique, puisqu'on teste uniquement les contaminés présentant de symptômes. Et on sait depuis des mois maintenant que le virus est plus virulent chez les personnes âgées

Ainsi, en Islande, plus de 56% des personnes contaminées avaient entre 18 et 49 ans. Et 10% des contaminés avaient moins de 17 ans.

En France, seulement 0,3% des cas détectés avaient moins de 15 ans.

4. Plus on teste la population, moins il y a de morts

A ce jour, plus de 36.000 tests ont été réalisés en Islande (364.000 habitants). A quoi a servi ce dépistage massif? Il a apparemment aidé à freiner la circulation du virus en permettant de repérer des personnes infectées et contagieuses, mais qui n'avaient pas de symptômes ou croyaient seulement avoir un rhume ou une grippe.

Quand elles apprenaient que leurs tests étaient positifs, les personnes devaient s'isoler chez elles jusqu'à 10 jours après la fin de la fièvre ou jusqu'à un test négatif, et toutes les personnes les ayant rencontrées devaient se placer en quarantaine pendant deux semaines. Si elles n'avaient pas été testées, elles ne se seraient sans doute pas isolées et auraient contaminé d'autres gens à leur insu.

Résultat: on dénombre "seulement" huit décès sur l'île. Une prouesse réalisée sans fermer les crèches et les écoles primaires. Même rapporté à la taille de la population, ce bilan reste très faible comparé aux autres pays européens. C'est par exemple dix fois moins de décès qu'en France.

Le gouvernement islandais estime désormais que le pic de l'épidémie de coronavirus est passé. Les lycées, universités, musées et salons de coiffure rouvriront le 4 mai.

Louis Tanca avec AFP