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Ukraine: quels enjeux entourent la présidentielle?

Une affiche à l'effigie de Ioulia Timochenko, le 21 mai, dans la ville de Lviv, dans l'Ouest de l'Ukraine. L'ancienne Première ministre est candidate à l'élection présidentielle du 25 mai.

Une affiche à l'effigie de Ioulia Timochenko, le 21 mai, dans la ville de Lviv, dans l'Ouest de l'Ukraine. L'ancienne Première ministre est candidate à l'élection présidentielle du 25 mai. - -

Les Ukrainiens sont appelés aux urnes, dimanche, pour désigner leur nouveau président. Plusieurs questions pèsent sur ce scrutin placé sous haute surveillance policière, à commencer par la participation des régions de l'Est, dont pourrait dépendre la légitimité des résultats.

Après des mois de crise, l'Ukraine s'apprête à se rendre aux urnes. Les Ukrainiens sont appelés à voter, dimanche, pour désigner leur nouveau président, trois mois après la destitution de Viktor Ianoukovitch. Le scrutin va se dérouler dans un contexte particulièrement incertain, l'Est du pays étant, depuis le début du mois d'avril, le théâtre d'affrontements entre militaires envoyés par le gouvernement de transition, et séparatistes pro-russes, laissant craindre une partition du pays.

Les autorités de Kiev ont d'ores et déjà annoncé le déploiement de 75.000 hommes pour assurer la sécurité du scrutin, notamment dans les régions de Lougansk et Donetsk, où les insurgés pro-russes pourraient chercher à empêcher son bon déroulement. BFMTV.com fait le point sur les enjeux de cette élection sous tension.

> Quelle est l'importance de ce scrutin pour l'avenir de l'Ukraine?

Très attendue par les autorités de Kiev et les Occidentaux, qui espèrent tourner la page de la crise, l'élection doit permettre à l'Ukraine de se doter d'un président qui puisse être considéré comme légitime, et ce à l'échelle du pays. "Le gouvernement de transition, en place à l'heure actuelle, forcément moins légitime qu'un président élu, et le Parlement majoritairement composé de députés issus du parti de Ianoukovitch, rendent nécessaire la tenue d'une tenue d'une élection qui rebat les cartes, ramène l'Ukraine sur la voie constitutionnelle et rétablisse la logique des institutions", analyse Isabelle Facon, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), contactée par BFMTV.com.

Toutefois, quel que soit leur résultat, les élections ne mettront pas miraculeusement fin à la crise qui secoue l'Ukraine depuis l'hiver et n'amèneront pas les séparatistes pro-russes de l'Est à déposer les armes. En revanche, la désignation, par les urnes, d'un nouveau chef de l'Etat, ne peut que favoriser le cheminement vers une solution négociée.

> L'élection va-t-elle pouvoir se tenir dans l'Est du pays?

Si le scrutin devrait se dérouler normalement dans une bonne partie du pays, les regards seront sans doute braqués sur l'Est pendant toute la journée de dimanche. Les séparatistes pro-russes qui contrôlent les régions de Lougansk et Donetsk ont en effet promis d'y empêcher la bonne tenue du vote, et deux millions d'électeurs pourraient ainsi avoir des difficultés à se rendre aux urnes.

"La participation dans ces régions va être un vrai enjeu de cette élection, d'autant plus que l'opération antiterroriste voulue par Kiev est toujours en cours", rappelle Isabelle Facon, qui souligne qu'une perturbation du scrutin dans l'Est pourrait menacer la légitimité du résultat final. Les insurgés pourraient donc tout à fait entreprendre de saper l'élection. "Vu l'état des lieux actuel dans cette partie du pays, aucun scénario n'est à exclure, même si l'on peut supposer que les forces ukrainiennes feront tout pour empêcher un sabotage", juge Isabelle Facon.

> Quel candidat est le mieux placé pour l'emporter?

Petro Porochenko en mars 2014, à Paris.
Petro Porochenko en mars 2014, à Paris. © -

D'après les sondages, le pro-européen Petro Porochenko (photo ci-contre) apparaît comme le grand favori, loin devant l'icône de la révolution orange de 2004, Ioulia Timochenko. "Porochenko a bénéficié d'un support de poids avec le ralliement de Vitali Klitschko. Timochenko risquant de se retrouver disqualifiée en raison de son passé plus que trouble, et le Parti des régions étant dans un tel état de décrépitude, Porochenko n'a pas d'opposition à sa taille", analyse Philippe Migault, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques, joint par BFMTV.com.

"La question est de savoir si Petro Porochenko sera ou non élu au premier tour. S'il l'est, ce serait un vrai plus en terme de légitimité", fait valoir Isabelle Facon. Quoi qu'il en soit, l'avance de ce milliardaire de 48 ans ayant fait fortune dans le chocolat, qui fut ministre des Affaires étrangères sous la présidence de Viktor Iouchtchenko et qui prétend pouvoir régler en trois mois la crise avec Moscou, traduit la domination de l'oligarchie sur le système politique en Ukraine.

> Quelle va être la réaction de Moscou?

Malgré les tensions des dernières semaines, et si le doute subsiste sur le retrait réel des troupes russes du long de la frontière avec l'Ukraine, Moscou semble vouloir jouer la désescalade. Dans une interview à Bloomberg TV, mardi, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a ainsi déclaré que la priorité est la baisse des tensions entre les deux pays. "On s'achemine plutôt vers une reconnaissance du scrutin par la Russie, qui a adopté une position plus modérée sur la question, ces derniers temps. Les Russes, tout en insistant sur les points faibles de cette élection, ne la remettront pas en cause", estime à ce sujet Isabelle Facon.

"Moscou va prendre acte mais va considérer que cette élection n'est pas légitime, et ce sera reparti pour un nouveau bras fer", juge pour sa part Philippe Migault. Mercredi, le vice-président américain Joe Biden a mis en garde une énième fois la Russie, menaçant de nouvelles sanctions en cas de tentative de perturbation du scrutin en Ukraine.

Adrienne Sigel