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Ukraine: "Le grand danger c'est une séparation entre l'Est et l'Ouest" du pays"

Monseigneur Ken Novokivsky, évêque de l'église catholique ukrainienne, le 15 décembre, place du Trocadéro à Paris.

Monseigneur Ken Novokivsky, évêque de l'église catholique ukrainienne, le 15 décembre, place du Trocadéro à Paris. - -

Les manifestants ukrainiens pro-européens ont envahi la place du Trocadéro, dimanche 15 décembre. Ils ont scandé leur amour de l'Ukraine, leur hostilité au pouvoir, au risque de voir le pays éclater entre pro-Russes et pro-Européens.

Trois cents sympathisants du mouvement ukrainien Maïdan (du nom de la place centrale de Kiev) manifestaient sur la place du Trocadéro, ce dimanche 15 décembre, ''slava, slava, slava scandaient-ils. [Vive, vive, vive]. Slava Ukraïna, eroïm slava. [Vive l'Ukraine, vive nos héros]!"

Lancinant rythme, pour des manifestants sans la présence d'élus français, rien qu'un représentant du PS. Dommage aussi que la droite française se soit très peu associée à Maïdan.

L'église ukrainienne (la catholique grecque de rite byzantin) était là aussi, en la personne d'un évêque ukrainien domicilié au Canada, Monseigneur Ken Novokivsky, qui a fait halte à Paris sur le chemin de retour de Maïdan-même, à Kiev. Une bénédiction de la foule, qui l'acceptait de manière sage et chaleureuse. Beaucoup de chants, trois fois l'hymne national ukrainien, une sonorité bien slave et donc envoûtante.

Demande d'asile politique en France

Andriy Shkil, membre du parti de la Patrie de Ioulia Timochenko.
Andriy Shkil, membre du parti de la Patrie de Ioulia Timochenko. © -

Une conversation plus serrée avec Andriy Shkil, membre du parti de la Patrie de Ioulia Timochenko (emprisonnée), et ex-député, illustre bien la réalité politique ukraninienne. Emprisonné pendant 13 mois en 2001 pour avoir manifesté, il a été battu, et en garde encore les séquelles. Élu depuis sa cellule, il a bénéficié de l'immunité parlementaire, sans que les charges soient abandonnées. Lorsqu'il perdit son siège en 2012, il se savait l'objet d'une procédure régénérée, et prit la décision de quitter le territoire le jour-même. Cinq jours plus tard l'ordre de son arrestation était délivrée et la police venait chez lui, toujours pour ce crime de manifestation illégale de 2001!

Aujourd'hui Andriy Shkil vit en France où il attend que l'Ofpra (Office français pour la protection des réfugiés et apatrides) statue sur sa demande d'asile politique. "Dès que le régime policier sera tombé, je rentrerai en Ukraine. Mais en 2012, je ne me sentais plus capable de faire de la prison. Je ne suis pas un héros, alors je me suis exilé." D'ailleurs, ajoute-t-il, que la santé de Ioulia Timochenko se soit dégradée après deux ans de prison ne l'étonne absolument pas!

Inquiétude sur l'avenir de l'Ukraine

Cet homme au discours honnête est également lucide sur l'avenir de l'Ukraine: "Le grand danger, ce n'est pas la perennisation d'un État au service de la personne de Ianoukovitch, car cela ne peut pas durer. Le danger, c'est la séparation entre l'Est, vraiment attaché à la relation avec la Russie, et l'Ouest clairement et évidemment en Europe, et le Centre avec Kiev qui ferait l'objet d'une bagarre entre les deux pôles. Le Kremlin a sans doute cela à l'esprit", conclut Andriy Shkil.

Curieusement, même des analystes plutôt pro-russes sur la place de Paris pensent qu'une telle déchirure douloureuse est possible. Mais sur la place du Trocadéro, de telles pensées sombres sont loin des esprits.

Harold Hyman et journaliste spécialiste de géopolitique