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Prague: des SDF utilisés comme... bornes wifi

Avec l'hiver, de nouvelles places d'hébergement d'urgence vont être mises en place en Ile-de-France.

Avec l'hiver, de nouvelles places d'hébergement d'urgence vont être mises en place en Ile-de-France. - Kenzo Tribouillard - AFP

L'association tchèque Wifi4Life a équipé un sans-abri avec un routeur wifi pour fournir un accès aux passants dans la rue, en échange d'une aide matérielle et financière. Une démarche qui suscite la controverse, et déplaît au collectif français Les Enfants du Canal.

C'est un projet qui se veut "charitable": aider les sans-abri à se réintégrer socialement en travaillant. L'activité proposée, pourtant, pose question: il s'agit d'équiper ces personnes de routeurs wifi et d'une station de recharge USB dans la capitale tchèque, en échange de repas, de vêtements, d'une indemnité de 5 euros par jour et d'un logement, rapporte Numerama, qui a repéré l'information.

Imaginée par l'association tchèque Wifi4Life, l'initiative a d'abord fait l'objet d'une campagne de crowdfunding le mois dernier, qui n'a permis de collecter que 388 euros sur les 5.500 escomptés. Elle vient toutefois d'être lancée à Prague, avec la participation de Kamil Krtil, un homme sans-abri d'une cinquantaine d'années. 

Le sans-abri doit être "sobre" et "souriant"

Pour répondre aux termes du "contrat", Kamil Krtil doit passer huit heures assis dans la rue, près d'une station de métro, entre 8 heures du matin et 17 heures, du mercredi au dimanche. Dans sa poche, un routeur wifi qui fournit aux alentours une connexion gratuite aux habitants et aux touristes. "Ce routeur est moins lourd à porter que des journaux. D'autant que lorsque l'on veut vendre des magazines, on doit d'abord les acheter, et ensuite faire de l'argent avec. Avec ce système, je n'ai pas besoin d'argent pour démarrer", raconte Kamil Krtil au site russe RT.

Vêtu sous son blouson d'un tee-shirt noir flanqué du message "Free wifi for Charity" pour se signaler aux passants, Kamil Krtil, à qui il est demandé par l'association d'être "sobre" et "souriant", possède également une station USB qui permet aux badauds de recharger les téléphones portables. 

Lubos Bolecek, à l'origine du projet, est convaincu du bien-fondé de sa démarche. "Nous avons choisi des SDF parce qu'ils sont déjà dans la rue, et que la plupart du temps, ils n'ont rien à faire. Et nous voulons qu'ils puissent commencer à travailler", explique-t-il à RT. Le projet devrait fonctionner avec des dons et des subventions privées, voire publiques, puisque la ville de Prague serait intéressée par le projet, avance Numerama

"C'est peu valorisant, c'est même dégradant"

Joint par BFMTV.com, Christophe Louis, directeur de l'assocation Les Enfants du Canal, est très sceptique. "Ce qui me gêne dans ce projet, c'est qu'on maintient les gens dans la rue au lieu de les aider à en sortir. On leur demande de rester figé toute la journée dehors, comme un poteau wifi. Ce n'est pas un emploi, c'est peu valorisant, c'est même dégradant. C'est nier la difficulté d'être dans la rue", estime-t-il. 

Lui suggère une autre idée. "Qu'on installe des kiosques à wifi, où la personne serait à l'abri, avec un vrai salaire et des droits sociaux, et pas juste une indemnisation et des vêtements. Là, on pourrait créer un véritable lien social. Être considéré comme une borne ne va pas pousser les passants à venir discuter avec ces sans-abri."