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Les lunettes françaises sont les plus chères d’Europe

Un professionnel dénonce un système qui empêche aux nouveaux entrants de pratiquer des prix bas.

Un professionnel dénonce un système qui empêche aux nouveaux entrants de pratiquer des prix bas. - -

En France, les prix des lunettes sont 50% plus élevés que chez nos voisins européens. Pour les opticiens, c’est tout simplement parce que la qualité est meilleure en France, mais certains professionnels dénoncent sur RMC un véritable réseau pour maintenir des prix élevés.

Quand on veut changer de paire de lunettes, mieux vaut avoir fait quelques économies avant. A 470 euros en moyenne la paire, la France est le pays d'Europe où les lunettes sont les plus chère. Dans une étude publiée mardi, l'UFC-Que Choisir fustige les « dérapages tarifaires » des opticiens s'assurant des « marges exorbitantes » de parfois plus de 300 %, alors que nos lunettes coûtent 50% de plus que chez nos voisins européens. L’association réclame donc un « encadrement de l’activité » des opticiens et l’examen par le Sénat de la proposition de loi qui permettrait aux mutuelles de mettre en place des réseaux de soins pour faire baisser les tarifs. L’idée avait aussi été abordée en octobre dernier par la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

« Qu’aucun entrant ne puisse faire baisser les prix »

Selon l'UFC Que Choisir, près de 13 millions de paires de lunettes sont vendues chaque année en France, sans pour autant que les prix baissent, bien au contraire. En 2012, le marché de la lunette a représenté 4,7 milliards d’euros (1,38 milliard pour les montures et 3,29 pour les verres). Avec les lentilles, les solaires et les produits d’entretien, les 11 400 magasins d’optique français se sont ainsi partagés un total de 5,7 milliards d’euros grâce à des « pratiques anti-concurrentielles », dénonce un nouvel arrivant sur le marché. Marc Simoncini est e-opticien, il dirige Sensee.com et accuse les grands réseaux de s’être organisés pour maintenir les prix. « On a eu les pires difficultés du monde pour obtenir des montures de marque et des verres de marque, puisqu’on va pouvoir comparer les prix entre notre site et les magasins, raconte ce professionnel. En fait, on a découvert que les distributeurs et les fabricants avaient créés un système qui faisait qu’aucun nouvel entrant ne pouvait arriver dans ce marché, parce que quand il essayait de le faire, il n’était pas livré ou pas correctement livré. Les cinq chaînes qui contrôlent la vente de lunettes en France s’arrangent pour qu’aucun nouvel entrant ne puisse faire baisser le prix des lunettes. Ce qui leur fait peur, c’est qu’on dévoile le vrai prix et les marges ahurissantes des opticiens en France ».

« Des produits de meilleure qualité » en France

Pour le directeur général de Krys Jean-Pierre Champion, les choses ne sont pourtant pas aussi simples. « C’est vrai que les Français dépensent en moyenne plus que la majorité des pays comparables, mais ça ne veut pas dire que les prix sont élevés », nuance-t-il. « Ils achètent des produits de meilleure qualité ! Quand vous vous promenez dans les rues de New York ou Londres, ils ont souvent des verres à double foyer, ça n’existe plus en France, tous les Français presbytes ont des verres progressifs. Ça veut dire que les Français sont équipés des technologies les plus récentes, et ce sont eux qui en font le choix en ayant une mutuelle qui rembourse à peu près 50% des dépenses. Certes, on est dans un marché où les mutuelles remboursent plus que dans d’autres, mais c’est d’abord un choix de consommation ».

« Diminuer les frais, donc les coûts »

Pour stopper le cercle vicieux, Mathieu Esco d'UCF que choisir propose que les mutuelles passent des accords avec les opticiens pour faire baisser le prix des lunettes. « L’opticien accepte de faire des prix plus bas, parce que la complémentaire santé incitera ses assurés à aller chez lui, donc l’opticien vendra plus de paires de lunettes. Cela permettra de diminuer ses frais, donc ses coûts », souhaite-t-il. Malheureusement, avec cette solution, les petits opticiens indépendants qui ont peu d'accord avec les mutuelles risquent d'être les premiers mis sur la touche.

Mathias Chaillot avec Jamila Zeghoudi