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Lampedusa: une semaine pour changer de politique européenne d’immigration?

L'agence Frontex en opération au larges des côtes françaises, le 23 octobre 2009.

L'agence Frontex en opération au larges des côtes françaises, le 23 octobre 2009. - -

Le naufrage qui a coûté la vie à plus de 200 migrants clandestins, au large de l’île italienne, a mis en lumière la mécanique enrayée de l’UE en matière d’immigration.

Avec plus de 200 morts, le drame de Lampedusa a relancé le débat sur la politique européenne en matière d’immigration. Deux rendez-vous importants sont attendus cette semaine: dès mardi, les ministres européens de l’Intérieur se retrouvent à Luxembourg pour évoquer l'accueil des migrants. C'est également cette semaine que le Parlement européen se prononce sur un nouveau programme de surveillance des frontières, baptisé Eurosur.

Enfin, la France pourrait mettre la question de l'immigration au menu du Conseil européen des 24 et 25 octobre. Car si l’émotion suscitée par ce terrible naufrage reste vive, les Etats européens peinent toujours à parler d’une seule voix sur l'épineux dossier de l'immigration. Pourquoi ça coince?

> L'impossible consensus européen

Premier écueil pointé du doigt, le manque de coordination à l’échelle communautaire. La mise en place de mesures communes fortes se heurte encore aux divergences entre Etats. "Les politiques migratoires, fragmentées, sont entre les mains des Etats membres et considérées à l'aune de préoccupations intérieures", a ainsi déploré dimanche Michele Cercone, le porte-parole de la commissaire aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström. En clair, chaque Etat mène sa propre politique d’immigration.

> Etats du nord contre Etats du sud

Le manque de "solidarité" entre les pays de l’Union pour accueillir les migrants est également critiqué. Le principe de Dublin II, qui date de 2003, prévoit que les candidats à l'asile dans l'UE doivent déposer leur demande dans le pays par lequel ils sont entrés. Un principe contesté par les Etats du sud, premiers concernés. L'Italie, la Grèce et l'Espagne notamment réclament une répartition plus équilibrée entre tous les Etats membres. Ainsi, l’Italie fait actuellement face à un afflux exceptionnel de migrants (30.000 depuis le début de l'année, quatre fois plus qu'en 2012).

En réponse, les pays du nord affirment contribuer à cet effort puisque plus des deux tiers des 102.700 demandes accordées en Europe en 2012 l'ont été par l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Suède ou la Belgique.

> Frontex, une agence de surveillance des frontières aux moyens limités

Enfin, la surveillance des frontières européennes, assurée par l’agence Frontex, pâtit de trop peu de moyens. Créée en 2004, l’agence touche ses limites. "Tout le monde reconnaît que Frontex n'est pas dimensionné au niveau où il devrait être", a déclaré dimanche le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Car si "Frontex a sauvé 16.000 vies en Méditerranée au cours des deux dernières années" selon Michele Cercone, son budget a baissé de 118,2 à 85,7 millions d'euros entre 2011 et 2013, cantonnant l’agence à un rôle essentiellement symbolique selon Claire Rodier, auteur de Xénophobie business (éd. de la Découverte).

Reste Eurosur, le nouveau programme européen destiné à améliorer la coordination entre les Etats membres pour mieux "pister, identifier et secourir" les navires chargés de migrants en danger, notamment via des drones. Le Parlement européen doit se prononcer cette semaine sur Eurosur, qui bénéficiera d’une enveloppe de 244 millions d'euros pour la période 2014-2020, et devrait entrer en vigueur le 2 décembre prochain.

Sandrine Cochard avec AFP