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Jour de vote crucial pour la Grèce

Les Grecs sont appelés à se rendre aux urnes, dimanche, pour un référendum crucial initié par le Premier ministre de gauche radicale Alexis Tsipras et au cours duquel ils doivent se prononcer sur le plan d'accord proposé par les créanciers du pays. Un vote aux enjeux majeurs pour l'avenir de la Grèce. 

La Grèce joue son avenir ce dimanche, et l'Europe retient son souffle. Près de 10 millions d'électeurs grecs ont commencé à voter en début de matinée, après l'ouverture des bureaux de vote à 7 heures (heure locale), dans un référendum indécis. Une élection qui sera aussi un oui ou non au fonctionnement actuel des institutions européennes et qui déterminera le sort du premier gouvernement de gauche radicale de l'Union européenne.

> Un scrutin qui s'annonce serré

Les quatre derniers sondages publiés ne promettent un triomphe à personne: trois donnent l'avantage au oui, un au non, mais avec des avances respectives de 1,4 point au plus.

Le référendum arrive après cinq mois de discussions finalement infructueuses, d'Eurogroupes en urgence et de sommets exceptionnels. Autant de débats entre le gouvernement grec, formé fin janvier par la gauche radicale Syriza d'Alexis Tsipras et le parti de droite souverainiste ANEL d'une part, et les créanciers du pays, UE, FMI et BCE d'autre part. Ceux-ci ont accordé à la Grèce, depuis 2010, 240 milliards d'euros d'aide ou de promesses de prêts, mais n'ont rien versé depuis près d'un an. Car Athènes refuse de consentir en échange à certaines réformes que le pays estime socialement trop difficiles.

> Une question complexe

Après un énième échec des discussions, le Premier ministre Alexis Tsipras a annoncé en pleine nuit le 27 juin ce référendum qui pose dimanche une question d'autant plus alambiquée que la Grèce n'est plus sous aucun programme d'aide depuis le 30 au soir.

"Faut-il accepter le plan d'accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) lors de l'Eurogroupe du 25 juin?". Les électeurs n'ont pu consulter ce plan financier, très technique, que sur des sites internet. Initialement, le gouvernement Tsipras semblait espérer que, grâce à un non qui mettrait au moins la moitié des Grecs derrière lui, il pourrait simplement retourner plus fort à la négociation.

Mais les créanciers ont préféré dramatiser le débat. Certains espèrent sans doute, comme l'a reconnu le président du Parlement européen Martin Schulz, que la consultation donnera ainsi l'opportunité d'en finir avec "l'ère Syriza" et son risque de contagion contestataire à d'autres pays d'une UE parfois fragile.

> Ruée dans les banques et les magasins d'alimentation

Pour pousser au oui, les créanciers présentent donc le non comme équivalant à une sortie de la Grèce de l'euro, auquel 74% des Grecs sont attachés, selon un sondage paru vendredi, contre 15% seulement qui reviendraient bien à la drachme.

Toute cette campagne éclair se déroule dans une drôle d'atmosphère: les Grecs apeurés ont retiré autant d'argent que possible le week-end dernier, au point que les banques ont été fermées une semaine, et que les retraits d'argent aux distributeurs sont limités à 60 euros par personne et par jour.

À la hâte, les Grecs thésaurisent cet argent, ralentissant encore l'économie, et désertant la plupart des magasins, à l'exception des magasins d'alimentation, où ils ciblent en masse les féculents, pâtes ou lait condensé, vidant certains rayonnages.

> Un accord lundi?

Dans ce contexte financier tendu, le ministre des Finances Yanis Varoufakis a démenti en pleine nuit samedi un article du Financial Times mentionnant un projet de saisie de 30% des montants des comptes d'épargne supérieurs à 8.000 euros, le qualifiant de "rumeur malveillante",.

Après des préparatifs électoraux - affiches, bulletins, acheminement des urnes, élaboration de sites internet de part et d'autre - particulièrement rapides, les deux groupes ont tenu vendredi soir deux grands meetings à Athènes pour se compter. Le match s'est avéré quasiment nul: 25.000 personnes chez les "non", qu'Alexis Tsipras a invitées à montrer qu'ils veulent "vivre avec dignité en Europe", et 22.000 personnes chez les "oui".

Samedi était le jour de la pause avant la bataille. Cela n'a pas empêché le ministre des Finances Yanis Varoufakis, seul membre du gouvernement à dire clairement qu'il démissionnera en cas de victoire du oui, et d'accuser, dans le journal espagnol El Mundo, les créanciers de "terrorisme".

Mais parallèlement, il a déclaré au journal allemand Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung "s'attendre à ce que lundi, on ait un accord", indépendamment du résultat.

A.S. avec AFP