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Entre crise et corruption, les balbutiements du rugby grec

Session d'entraînement au club de rugby athénien des Attica Springboks

Session d'entraînement au club de rugby athénien des Attica Springboks - Quentin Moynet - Celsa

Très populaire en France, le rugby est encore à l’état embryonnaire en Grèce. Le club des Attica Springboks tente de se développer malgré des moyens limités et la corruption qui gangrène sa fédération.

Les cages de football fixées aux deux extrémités de la pelouse sont trompeuses. C’est bien un entraînement de rugby qui débute au stade municipal de Glyka Nera, à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Athènes. "On loue le terrain à un club de foot", explique Anna Gounari, présidente des Attica Springboks. Un club où se mélangent Grecs et Français. "Il y a beaucoup de dirigeants et de bénévoles français, confirme celle qui est née en France de parents grecs. On a une double action, le sport et la langue. On dit aux Grecs 'venez jouer au rugby et apprendre le Français'. Ça attire beaucoup de parents."

Ce samedi matin, ils sont près de cinquante, enfants, adolescents et adultes, à enfiler crampons, maillots et shorts et à se mettre en cercle pour un échauffement collectif. Avant de se répartir en quatre groupes, selon les âges et le sexe. Sous un soleil estival, sueur et grimaces font rapidement leur apparition sur le visage des sportifs. Pas de quoi attendrir Michel, l’un des entraîneurs des jeunes du club. "Protège ton ballon, crie-t-il à un de ses joueurs qui vient de commettre un en-avant. Il ne faut pas que tes mains soient devant toi quand tu vas percuter un adversaire."

Plus aucune subvention depuis la crise

Arrivé d’Afrique du Sud au début des années 1980, le rugby n’a réellement commencé à se développer en Grèce qu’en 2000, avec la création de plusieurs clubs parmi lesquels les Attica Springboks, la meilleure équipe du pays depuis deux ans. Mais le niveau n’a rien à voir avec celui que l’on a l’habitude de voir en France. "Le niveau de l’équipe 1 est celui d’une Fédérale 3 (cinquième division, ndlr), un niveau régional correct, confirme Michel en enlevant sa casquette rouge. Ce qui leur manque, c’est la compétition. Ils n’ont que deux ou trois matches par an avec une vraie opposition. C’est pour ça qu’on essaye de les faire jouer contre des équipes étrangères."

Trois rencontres sont ainsi programmées cet été contre une équipe universitaire sud-africaine. "L’année dernière, ils ont joué contre les espoirs du Stade Toulousain qui n’avaient pas dormi de la nuit et qui étaient bourrés, glisse un vétéran du club qui observe l’entraînement au bord de la pelouse. Ils ont quand même perdu. Ça allait trop vite."

Le rugby grec est un enfant qui ne demande qu’à grandir, mais sa croissance est retardée par la crise qui touche son pays. Jusqu’en 2008, l’Etat versait environ 3.000 euros par an à chaque club. Depuis, les subventions ont été totalement supprimées. Le manque à gagner est énorme pour des équipes dont les budgets annuels sont compris entre 10.000 et 35.000 euros. "C’est difficile de fonctionner avec si peu d’argent, souffle Michel. Déjà pour avoir un terrain en herbe, ça coûte autour de 10.000 euros par an. On est les seuls à en posséder un. Les autres équipes jouent sur du synthétique, c’est moins sympa."

"Une corruption pas possible"

Au-delà de la crise, le rugby grec voit ses désirs de développement compromis par la corruption qui gangrène sa fédération (HFR), fondée en 2005. "Il y a une gestion illégale et une corruption pas possible, affirme Anna Gounari, régulièrement interrompue par des membres du club qui viennent la saluer. Le secrétariat général des sports a donné à la fédération plus de 1,5 million d’euros entre 2005 et 2012 et on n’a jamais rien vu. Elle reçoit entre 20.000 et 30.000 euros par an de Rugby Europe pour des événements qu’elle n’organise jamais."

Son président, Evangelos Stamos, est directement pointé du doigt. "Il est arrivé à la tête de la HFR par clientélisme, il ne connaît pas le rugby. Il n’a rien compris. Il a décidé que c’était lui le fondateur du rugby en Grèce. Il veut faire une dictature. Nous, on veut une démocratie. On lui demande de partir mais il ne lâchera pas facilement la place", poursuit Anna Gounari dont le club a quitté la fédération comme six autres équipes pour créer la Greek Rugby Association (GRASS) en 2013.

En procès contre la fédération, la GRASS a remporté une première bataille cette année, le Secrétariat général des sports ayant reconnu l’existence de clubs fictifs encadrés par cette même HFR. "Ils ont révoqué la fédé. Mais révoquer ne signifie pas fermer, relativise Anna Gounari. Trois équipes sont encore sous son égide. Ça continue de perturber l’organisation du rugby en Grèce."

Le match s'entraînement reprend et un joueur se distingue. "C’est Vassilis, glisse Michel. Il a 17 ans. Il a démarré le rugby il y a un an et demi, c’est vraiment une révélation. Il joue très, très bien." Pour l’entraîneur, pas de doute, d’autres talents vont rapidement éclore.

"Quand vous parlez autour de vous, personne ne connaît le rugby. Mais ceux qui essayent, ça leur plaît, assure-t-il. Au départ, le contact, le combat, l’engagement, les Grecs n’aiment pas trop. Et puis finalement ils s’y mettent. On a quelques belles réussites." "Il y a 20 ans, vous auriez dit aux Grecs de faire du rugby, ça n’aurait pas marché, enchaîne Anna Gounari. Mais les choses ont évolué." Dans l’ombre des grands sports nationaux que sont le basket, le football et le volley, le rugby grec cherche encore sa place. En 2013, ils n’étaient que 200 à posséder une licence de joueur.

Article publié sur Newsgreek.fr, le projet des étudiants en journalisme du Celsa réalisé à Athènes, en partenariat avec BFMTV.com.

Quentin Moynet, à Athènes