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Ferencvaros scanne les veines de ses supporteurs pour lutter contre les hooligans

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- - PETER KOHALMI / AFP

Difficile pour le football hongrois en pleine renaissance de se séparer de l’image gênante du hooliganisme qui lui colle à la peau depuis des années. A l’heure où les joueurs relèvent la tête sur le terrain, le champion national a choisi la technologie pour apaiser les gradins.

"Main gauche s’il vous plaît. Merci. Maintenant la droite. C’est bon, vous pourrez acheter vos places." Fini l’époque du simple ticket à code-barre. Pour accéder à un match de football du champion hongrois, Ferencvaros, il faut littéralement montrer patte blanche. "Tous ceux qui veulent acheter un billet doivent enregistrer leur paume", explique Zoltan Vamos, directeur de l’enceinte du club, la Groupama Arena.

Cette mesure est destinée à enrayer le hooliganisme qui a entaché l’histoire du club, parfois très violemment. "Certains matchs ressemblaient à des émeutes", raconte Pal Orosz , à la fois directeur général du Férencvaros et ancien ultra du club. "Lors d’un derby en 2011, les bagarres étaient telles dans la rue que l’on ne pouvait plus évacuer les invités de la loge VIP. Ils ont finalement décidé de sortir quand même, et la femme d’un ambassadeur a reçu du gaz lacrymogène. Vous comprenez à quel point c’est mauvais pour notre image…"

"Le système reconnaît le schéma de vos veines, qui est parfaitement unique pour chacun d’entre nous, explique Péter Györgydeak, président de Biosec, la société à l’origine du lecteur. Nous avons enregistré les paumes de tous les fans de plus de 16 ans. Nous ne prenons pas les empreintes digitales, car si vous êtes artisan ou ouvrier, elles peuvent s’abîmer, et vous risquez de rester bloqués dehors avec un billet à 30 euros et de vous énerver. Puis l’ami qui vous accompagne va s’énerver… et ça, c’est mauvais pour la sécurité."

Ferenc Pall, supporteur ultra d’Ujpest, était justement au Groupama Arena pour le derby cette année face à Férencvaros. Sur son smartphone, il regarde en souriant des vidéos de son groupe de supporters dans les gradins, scandant des chants en l’honneur du club. Eux n’ont pas à s’enregistrer. C’est la limite de la mesure: elle ne concerne que les fans du club local. Les opposants d’un jour en ont profité pour venir en force. "L’ambiance était chaude, non?, demande-t-il l’air ravi. Mais il n’y avait pas de violence. Il y a beaucoup plus de policiers qu’avant et il doit y avoir au moins 300 caméras au Groupama Arena. Si les fans les plus agressifs ne peuvent pas entrer, c’est très bien."

"Certains matchs ressemblaient à des émeutes" 

Avec ce scanner de la paume, l’idée est la suivante: si un supporter commet une infraction sévère au règlement – bagarre, entrée sur le terrain, chants racistes… -, les caméras de surveillance le repèrent et sa paume de main est supprimée du système. Selon les officiels du stade, il y suffisamment de caméras pour repérer n’importe quel visage, qui peut ensuite être comparé avec une photo prise lors de l’enregistrement des empreintes.

La mesure n’est pas franchement du goût des ultras du "Fradi", le surnom du Férencvaros. Depuis l’instauration de la nouvelle enceinte et de son système de sécurité il y a deux ans, l’immense majorité d’entre eux n’a pas mis les pieds au stade. Non parce que leur paume a été effacée du système, mais parce qu’ils ont refusé de la donner. Ce boycott généralisé dure depuis deux ans. "Ils nous disent souvent qu’ils ne veulent pas donner leur paume parce qu’ils ont peur qu’on puisse les traquer partout ensuite. Il y a beaucoup d’incompréhension autour de cette technologie et certains en ont peur, mais beaucoup font simplement de la résistance au système", explique Pal Orosz.

La paume de la discorde

"C’est vrai que ce système va empêcher des fans d’assister aux matchs, mais on n’est plus dans les années 80 où le hooliganisme était très fort partout", assure le directeur générale du club. Lui veut se tourner vers les grands pays du football pour suivre leur exemple. "Beaucoup de pays avancent. On ne veut pas regarder ce que font la Grèce ou la Serbie. On veut suivre l’exemple de l’Angleterre, de la France, de l’Allemagne. Je dis aux supporters: ‘regardez le ‘mur jaune’ de Dortmund, ces supporters sont magnifiques et jamais violents’." Les supporters de Dortmund sont réputés comme les plus fervents au monde.

Un exemple qu’entend bien suivre le Fradi. "Aujourd’hui, la plus grande violence à laquelle on ait affaire, c’est un fan qui jette un chewing-gum sur un autre", raconte Péter Györgydeak. Mais si le calme est peut-être installé durablement dans l’enceinte, la ferveur fait défaut. "L’ambiance est peut-être un peu moins passionnée qu’avant", concède le directeur général avant de s’écrier: "Mais je voudrais, moi, que les ultras reviennent. Je ne demande que ça. Je les ai connus dans le stade, je chantais avec eux, j’encourageais le club comme eux. Mais ce sera sous ces conditions désormais, nous ne pouvons plus tolérer de violences."

Le Férencvaros n’est pas la Hongrie…

Autre mesure classique pour lutter contre le hooliganisme: la hausse des prix. Une sélection économique qui peut empêcher l’accès du stade aux ultras et ne laisser entrer que les spectateurs à haut pouvoir d’achat. Depuis début 2016, des menaces de boycott ont éclaté en Allemagne, en Espagne et surtout en Angleterre, où les billets peuvent facilement atteindre 120 euros pour un match de championnat. Le Férencvaros a lui aussi augmenté ses prix à l’ouverture de la Groupama Arena. Mais le club assure avoir besoin d’amortir le coût d’une enceinte flambant neuve et propose une grille de tarifs très large. Le ticket le moins cher est d’environ cinq euros, alors que le plus cher tourne autour de 25 euros.

Reste un chantier de taille. Le Férencvaros n’est pas la Hongrie. Et si les supporters des clubs font souvent la paix lors des rencontres nationales pour soutenir leurs "Magyars Magiques", leurs déplacements ne se font pas toujours sans heurts. Récemment encore, la Hongrie s’est vue sanctionnée par les instances du football pour des chants racistes et des violences lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2014, et de l’Euro 2016. Un grand rendez-vous européen que les Magyars et leurs supporters retrouveront le mois prochain, après 44 ans d’absence.

>> En partenariat avec BFMTV.com, les étudiants du M2 Journalisme du Celsa se rendent dix jours en Hongrie afin d'explorer l'actualité complexe d'un pays tiraillé entre une jeunesse festive qui a soif de liberté et un gouvernement ultra conservateur. Leurs enquêtes et reportages sont publiés sur BUDAPRESS.fr.

Sami Acef, depuis Budapest