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Brexit: ce que veut vraiment le Royaume-Uni

Réunis à Bruxelles jusqu'à vendredi, les 28 vont tenter d'arracher un compromis pour répondre aux exigences de David Cameron, qui souhaite obtenir des concessions de ses partenaires européens en échange du maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne. Pas simple.

C’est un sommet crucial pour l'avenir des relations entre Londres et l'Europe continentale qui s'est ouvert à Bruxelles ce jeudi. Réunis jusqu'à vendredi, les 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union Européenne vont tenter d'arracher un compromis pour empêcher un "Brexit" (contraction de British Exit), la sortie du Royaume-Uni de l'Union.

Réélu en mai 2015, le Premier ministre britannique David Cameron a en effet promis, sous la pression des europhobes de l'Ukip et de l'aile eurosceptique de son propre parti, d'organiser un référendum sur le maintien ou non de son pays dans l'Union Européenne. Un scrutin à haut risque qui pourrait être organisé d'ici juin, et pour lequel il ferait campagne pour le vote "in" (rester dans l’UE) s'il obtient suffisamment de concessions de ses partenaires européens.

"Un accord est possible mais si certaines conditions sont réunies, un accord est possible parce qu'il est nécessaire, la Grande-Bretagne doit rester dans l'Union européenne, c'est ma volonté, mais en même temps, il faut que l'Union puisse avancer", a dit le président français, François Hollande, à son arrivée au Conseil européen.

Revendications sur l'immigration, l'euro...

Mais les pommes de discorde restent nombreuses et les tractations devraient se poursuivre jusqu'à la dernière minute. Principal point de contentieux parmi les revendications britanniques, celle portant sur la limitation pendant quatre ans des aides sociales pour les ressortissants de l'UE travaillant au Royaume-Uni, ce que beaucoup voient comme un grand coup de canif au principe fondamental de libre-circulation. Alors que les travailleurs d'Europe centrale et orientale sont employés par milliers en Grande-Bretagne, les pays de l'Est y sont particulièrement opposés.

Autre sujet de confrontation: l'exigence de David Cameron, soucieux que la City ne pâtisse pas du taux de change, d'un mécanisme par lequel les neuf pays qui ne font pas partie de la zone euro - dont le Royaume-Uni - puissent bloquer les décisions des 19 Etats de l'UE qui ont adopté la monnaie unique. Ce qui pourrait, pour ces derniers, venir enrayer une prise de décision rapide dans l'eurogroupe. 

S'agaçant, comme pour la monnaie unique, de la mainmise de Bruxelles, le Royaume-Uni réclame également plus de souveraineté politique et veut clairement avoir la possibilité de se désolidariser d'une marche vers "une Europe toujours plus intégrée".

Enfin, en matière de gouvernance économique, le chef de gouvernement britannique demande de limiter la paperasse administrative et réduire certains poids pesant sur les entreprises pour améliorer la compétitivité économique.

Avec le Brexit, la menace de la "dislocation" de l'UE

S'il parvient à décrocher un accord, restera pour David Cameron à convaincre ses concitoyens. Mené deux jours après la présentation d'un pré-accord par le président du Conseil européen Donald Tusk, un sondage YouGov pour le Financial Times donnait le 5 février le "oui" au Brexit en tête, avec une avance de 9 points. 

Une perspective qui effraie nombre de dirigeants européens. "Voir partir la Grande-Bretagne de l'UE serait un drame", s'était alarmé fin janvier le Premier ministre français Manuel Valls. Un Brexit serait "une catastrophe", avait abondé le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble.

Concrètement, une sortie du Royaume-Uni serait une première - depuis les débuts de la construction européenne, jamais un Etat ne s'est encore retiré de l'UE - et ferait planer la perspective que d'autres pays en fassent de même. 

"Un 'Brexit', c'est à dire une sortie de la Grande Bretagne l'UE, après la secousse de la crise grecque l'été dernier, marquerait le début d'une dislocation irréversible", a estimé lundi Manuel Valls.

Une possible perte d'influence pour le Royaume-Uni?

Pour le Royaume-Uni, ce retrait aurait de nombreuses conséquences, difficiles à anticiper précisément puisqu’on ignore les modalités d’une telle sortie. La première incidence serait en matière de souveraineté politique. Les pro-UE s'inquiètent de la perte d'influence du pays sur la scène mondiale qui en découlerait, et jugent qu'un Brexit augmenterait la probabilité d'un nouveau référendum d'indépendance en Ecosse, farouchement pro-UE. Les pro-Brexit arguent eux que le Royaume-Uni resterait une voix influente, une puissance nucléaire membre de l'Otan et du conseil de sécurité de l'ONU. 

S'agissant de l'immigration, alors que le pays a connu un solde migratoire record en 2015 de 336.000 personnes, dont 180.000 originaires des autres pays membres, une récupération du contrôle de ses frontières pourrait mettre un frein à l'arrivée de migrants en provenance de l'UE dans le pays.

Londres pourrait par ailleurs gagner en souplesse en matière réglementation. Les pro-Brexit pointent du doigt le coût pour l'économie des normes imposées par Bruxelles: selon une étude de Open Europe, le coût des 100 régulations les plus contraignantes s'élève à 33,3 milliards de livres par an. Mais l'arguement est récusé par les pro-UE, qui soulignent qu'avec l'UE comme partenaire économique principal, le Royaume-Uni devra continuer de respecter les réglementations européennes sans avoir le pouvoir d'en décider.

Quel coût d'un Brexit pour l'économie?

Sur le plan économique, une chose est sûre: alors que le Royaume-Uni réalise 45% de ses exportations vers le continent, en cas de Brexit, ses relations commerciales avec l’UE seront impactées. L’instauration possible de barrières commerciales serait un frein pour les entreprises britanniques. En outre, les investissements des entreprises étrangères seraient inévitablement revus à la baisse, puisque le pays n’aurait plus l’avantage d’appartenir au marché unique.

Enfin, la City pourrait perdre son rang de principale place financière d’Europe, et plusieurs banques –comme d’autres entreprises- ne manqueraient pas de délocaliser une partie de leur activité. Avec, à la clé, des destructions massives d’emplois.

Du côté des eurosceptiques, l’accent est mis sur les opportunités qu’un Brexit procurerait au pays. Outre les quelque 8,5 milliards de livres (11 milliards d’euros) que le Royaume-Uni ne verserait plus au titre du budget européen – mais en perdant tous les bénéfices qui en découlent – de nouveaux partenariats pourraient voir le jour. Des accords de libre-échange pourraient ainsi être noués avec les États-Unis (alors que les négociations sur le traité transatlantique patinent), mais surtout avec la Chine, voire la Russie.

Violette Robinet et Yann Duvert