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Royaume-Uni: un an après, où en est le Brexit?

Un an après le référendum, où en est le Brexit?

Un an après le référendum, où en est le Brexit? - Daniel Leol-Olivas - AFP

Un an jour pour jour après le vote des Britanniques en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, Londres commence tout juste ses négociations avec Bruxelles. Mais Theresa May, fragilisée par un revers électoral aux législatives, se voit contrainte d'adoucir le "Brexit dur" qu'elle plébiscitait.

C'était il y a pile un an. Le 23 juin 2016, lors du référendum sur le Brexit, les électeurs britanniques se prononçaient à 52% pour une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, au terme d'une campagne impitoyable menée par les conservateurs. Le lendemain matin, l'Europe se réveillait sous le choc, inquiète des conséquences de cette décision. Pourtant, un an plus tard, force est de constater que le vote ne s'est toujours pas traduit en mesures concrètes, et que les négociations patinent.

Négociations lentes et calendrier progressif 

Le 29 mars dernier, soit plus de neuf mois après le vote, le Royaume-Uni déclenchait l'article 50 du Traité de Lisbonne, qui officialise la volonté du pays de sortir de l'UE, fixant ainsi la date officielle de la future sortie du pays deux ans plus tard, le 29 mars 2019. Les négociations entre Londres et Bruxelles pour détricoter leurs 44 ans de mariage viennent seulement de commencer, depuis le 19 juin.

Dans un premier temps, seules quatre séances de négociations ont été prévues une fois par mois entre le 17 juillet et le 9 octobre prochains, et des groupes de travail constitués d'experts discuteront des sujets les plus pressants.

L'Union européenne a imposé une approche par phases, afin de discuter d'abord des thématiques qu'elle juge prioritaires, telles que les droits des citoyens européens qui vivent ou travaillent au Royaume-Uni, ou ceux des Britanniques installés dans d'autres pays de l'UE, mais aussi le règlement financier des engagements de Londres envers l'Union. Bruxelles est parvenue à imposer son propre tempo, alors que Londres voulait discuter avant tout de sa relation future avec l'Union européenne. 

Le "Brexit dur" déjà mort?

Mais la récente déroute électorale de Theresa May a redonné confiance à Bruxelles, désormais plus à même d'imposer un rythme. La Première ministre britannique, désignée en juillet 2016 par le parti conservateur pour remplacer David Cameron à Downing Street, est de fait devenue la grande protagoniste du Brexit et de sa mise en œuvre.

Mais son revers lors des législatives anticipées du 8 juin, qu'elle avait pourtant elle-même convoquées, l'oblige a revoir la ligne dure qu'elle défendait jusqu'alors pour le Brexit. Sans majorité absolue, Theresa May aborde ainsi en position de faiblesse les négociations, tandis que son ministre des Finances Philip Hammond se démarque un peu de la ligne officielle en plaidant pour donner la priorité aux emplois et au niveau de vie, plutôt que le divorce sans concession que les militants du Brexit défendent. 

Le discours lu par la Reine Elizabeth II le 21 juin, écrit par Theresa May et présentant la politique du gouvernement, et notamment la loi sur le Brexit, a démontré un certain adoucissement. La Première ministre y souligne qu'elle veut répondre "avec humilité et résolution" au message adressé par les électeurs, afin de "construire le consensus le plus large possible sur le futur du pays en dehors de l'Union européenne". 

Des propos qui contrastent avec ceux plus fermes que tenait jusque-là Theresa May, qui avait martelé que "pas d'accord est meilleur pour le Royaume-Uni qu'un mauvais accord".

Jeudi 22 juin, la Première ministre a dévoilé pour la première fois, devant ses partenaires européens à Bruxelles, quelques grandes lignes de son plan pour le Brexit. Mais elle s'est retrouvée face à une audience peu réactive, témoignant du fossé entre ses idées et celles des autres dirigeants de l'UE, qui pour la plupart ont jugé ses premières propositions assez "vagues".

L'Union européenne en confiance

Ebranlée à la vue du résultat du référendum sur le Brexit, il y a un an, l'Union à 27 a depuis réussi à afficher son unité. De plus, la croissance économique dans tous les Etats membres, le recul du chômage, l'accord sur la dette grecque, et les défaites électorales des europhobes dans plusieurs pays ont éloigné la crainte d'un effet domino, crainte qui était bel et bien présente après la victoire du Brexit, l'année dernière. 

Par ailleurs, une étude de l'institut Pew menée en mars et avril 2017 et relayée par Le Monde démontre que la cote de popularité de l'UE est en nette hausse depuis le vote de juin 2016; 63% des citoyens européens voient favorablement l'UE, tandis que 34% lui portent un regard défavorable. Selon cette enquête, 77% des 9.900 personnes interrogées estiment que leur pays doit rester l'Union européenne, et 69% jugent que le Brexit sera une "mauvaise chose" pour l'UE. 

Enfin, au sein de la population britannique, le doute semble s'être installé quant au bien fondé d'une sortie de l'UE. Ainsi, un sondage YouGov publié à la fin du mois d'avril par le quotidien The Times, démontrait pour la première fois que le Royaume-Uni comptait plus de déçus que de satisfaits du Brexit. 

Adrienne Sigel