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Elle retrouve l'espion qui l'a dupée il y a 24 ans et obtient des excuses

Un officier de la Metropolitan police, image d'illustration.

Un officier de la Metropolitan police, image d'illustration. - Adrian Dennis - AFP

Pendant deux ans, Helen Steel a aimé un espion qui l'a utilisée comme couverture et lui a caché qui il était vraiment, grâce à une fausse identité fournie par la police britannique. Après 24 ans de traque, elle l'a retrouvé et l'a mis face à ses mensonges.

Elle l'a retrouvé les cheveux blanchis et le visage marqué par le temps, au milieu de passagers descendant d'avion.

"Cela fait très exactement 24 ans aujourd'hui depuis la dernière fois que j'ai vu John", confie cette Britannique aux yeux bleus et aux longs cheveux châtain, le front caché par une frange, dans une interview au Guardian mercredi.

Et d'ajouter, la voix teintée de mélancolie quelques jours après avoir affronté dans un aéroport de Sydney l'espion qui l'aura dupée pendant deux ans de relation: "Je ne m'en souviens que parce que c'était la journée internationale de la femme, et c'est la journée internationale de la femme aujourd'hui".

Policier infiltré

En mars 1992, Helen Steel, une militante pour la justice sociale vivant à Londres, a vu l'homme qu'elle aimait se volatiliser du jour au lendemain. Invoquant une dépression, affirmant avoir été abusé par ses parents dans son enfance, il lui avait dit partir en Afrique du Sud, n'arrivant plus à affronter la situation. "Nous parlions de passer le reste de notre vie ensemble, et puis il a subitement disparu", se souvient-elle.

Inquiète pour lui, craignant qu'il ait l'intention de mettre fin à ses jours, elle s'était alors mise en tête de le retrouver, pour se rendre compte ensuite qu'il ne lui avait donné qu'une fausse identité et que tout ce qu'elle savait de l'homme qui avait été son petit-ami n'était qu'un tissu de mensonges. Une découverte qui l'a laissée dévastée. 

Après des années passées à le traquer et à assembler pièce par pièce le puzzle pour tenter de percer le mystère, Helen Steel a fini par trouver son véritable nom: John Dies. 

Une fausse identité fournie par la police

Membre d'une unité secrète de la Metropolitan police, en charge du grand Londres, il avait reçu en 1987 pour fausse identité le nom d'un enfant britannique de huit ans, décédé d'une leucémie. Pendant cinq ans, il avait ensuite fait semblant d'être un activiste anticapitaliste pour infiltrer des groupes de militants environnementaux, avant de s'évaporer sans laisser de trace. 

Au lieu d'Afrique du Sud, il avait en fait rejoint le siège de la Metropolitan police, à Londres, avant de démissionner en 1994, et de partir vivre en Nouvelle-Zélande. Mais en 2002, la police, craignant qu’Helen Steel ne soit trop proche de le retrouver, a payé la facture pour qu’il parte vivre en Australie, affirme le Guardian. 

Helen Steel n'est pas la seule victime de telles pratiques. Elle est membre d'un groupe de huit femmes qui ont poursuivi la police après qu’elles ont découvert avoir été trompées par des hommes qui avaient fait semblant de s'engager dans de longues relations sentimentales avec elles. En novembre, au terme d’une bataille judiciaire de quatre ans, elles ont obtenu des excuses "sans réserves" de la police pour ces relations "abusives et manipulatrices" qui ont provoqué chez elles des traumatismes émotionnels. 

"Je me sens clairement violée par ce qu'ils ont fait. C’est une question de pouvoir. Nous ne consentions pas, et n'aurions pas consenti si nous avions su qui ils étaient", expliquait Helen Steel au quotidien britannique en 2014.

Confrontation à Sydney

Après avoir pris l'avion jusqu'au bout du monde, de Londres jusqu'en Australie, Helen Steel a finalement retrouvé et affronté John Dies dimanche, à l’aéroport Kingsford Smith de Sydney. Aujourd'hui salarié de la Charles Sturt University, une école de police près de Sydney, il venait chercher un groupe d'officiers de police indiens arrivés pour une formation. La rencontre entre les deux anciens amants, filmée, est relayée par le Guardian, sans que l'on ne connaisse le détail de leur échange. 

"Je lui ai présenté des excuses personnelles et sans réserves pour toutes les souffrances qu'elle pourrait avoir subies", indique-t-il au journal.

Des excuses qui ne suffisent toutefois pas à la militante. "Quand j'ai découvert qu'il était directeur des cours (dans cette école de police, Ndlr) et que le cours comprend (la gestion par la police de) l'extrémisme de gauche, j'ai été très préoccupée par les tactiques auxquelles ils (les policiers) sont formés et s'ils vont être formés aux nombreuses tactiques qui ont été utilisées au Royaume-Uni et sont maintenant discréditées et reconnues comme des violations des droits de l'homme", explique de son côté Helen Steel.

V.R.