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A Londres, 130 hôtesses harcelées lors d'un dîner de charité réservé aux hommes

Une image extraite de la vidéo filmée en caméra cachée par une journaliste du Financial Times.

Une image extraite de la vidéo filmée en caméra cachée par une journaliste du Financial Times. - Capture d'écran Youtube - Financial Times

Une enquête menée par le Financial Times révèle qu'un dîner de charité organisé la semaine dernière à Londres et réservé aux hommes, a embauché 130 hôtesses, qui ont été harcelées tout au long de la soirée.

L'événement était strictement réservé aux hommes. Le Financial Times révèle dans une enquête publiée mardi les dessous d'une soirée privée organisée jeudi dernier à Londres, pour laquelle 130 hôtesses ont été spécialement recrutées. Il s'agissait d'un dîner de charité annuel organisé par le Presidents Club à l'hôtel Dorchester, un cinq étoiles situé dans le quartier de Mayfair. Particularité: l'événement ne s'adressait qu'aux hommes.

360 hommes, 130 hôtesses

Et ceux-ci ont massivement répondu présent. Plus de 360 hommes étaient ainsi rassemblés, aussi bien des chefs d'entreprises que des personnalités politiques et du monde de la finance, ou encore des célébrités du show-business.

Objectif de la soirée: lever des fonds pour des oeuvres caritatives, comme par exemple le financement d'un hôpital. Une voiture de luxe ou encore un déjeuner avec le ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson, ou encore, une nuit dans un club de striptease, faisaient notamment partie des lots à vendre. A cette occasion, 130 hôtesses avaient été embauchées. 

Bien que le "Presidents Club Charity Dinner", qui se déroule chaque année depuis plus de trente ans, soit strictement fermé à la presse, la journaliste du Financial Times Madison Marriage a réussi à se glisser au coeur de cette édition 2018, en se faisant passer pour l'une des hôtesses, et a pu filmer la soirée en caméra cachée. Un montage des images capturées a été posté sur Youtube par le journal. 

Harcèlement sexuel

Son enquête révèle de nombreuses situations de harcèlement sexuel et comportements sexistes à l'égard des hôtesses tout au long de la soirée. Pour ce dîner, les jeunes femmes avaient d'ailleurs reçu un règlement vestimentaire strict: elles devaient être vêtues de "vêtements noirs et moulants, ainsi que de sous-vêtements assortis et de talons hauts", écrit le Financial Times. 

"Au cours de ces six heures, de très nombreuses hôtesses ont été touchées contre leur gré et ont reçu des commentaires obscènes ainsi que des invitations à aller dans des chambres privées de l'hôtel", écrit le Financial Times. "Des hôtesses ont raconté que des hommes ont tenté à plusieurs reprises de mettre la main sous leur jupe. Une autre a expliqué qu’un des invités lui a montré son pénis", peut-on encore lire. 

Selon le journal, certaines des hôtesses étaient de jeunes étudiantes cherchant à se faire un peu d'argent. L'une d'entre elles, âgées de 19 ans, a raconté qu'un homme de 70 ans lui avait fait des avances. 

Des consignes déroutantes 

La brochure de l'événement annonçait-elle la teneur de la soirée? Le document distribué aux invités stipulait ainsi qu'aucun membre de l'équipe ou invité ne devait être harcelé sexuellement, laissant imaginer que le comportement des hommes au cours de ce genre de dîner était connu. La directrice de l'agence d'hôtesses avait invité ses 130 recrues à venir la voir si un homme se montrait trop insistant. 

Pourtant, outre leur tenue sexy, les jeunes femmes avaient eu pour consigne de la part de l'agence de déposer leur téléphone portable dans des casiers, et d'aller au maximum au contact des hommes. Leurs moindres faits et gestes étaient surveillés. Ainsi, les hôtesses restant trop longtemps aux toilettes étaient aussitôt ramenées dans la salle. "Un agent de sécurité était à la porte et décomptait le temps", écrit le Financial Times. Même chose si les jeunes femmes restaient trop en retrait pendant la soirée: des membres de l'agence les invitaient à se rapprocher des hommes. Par ailleurs, les hôtesses avaient du signer un contrat leur interdisant de parler de cette soirée. 

Interrogés après la publication de cette enquête, le Presidents Club a dénoncé un "comportement inacceptable" et promis de faire la lumière sur cette affaire, tandis que l'hôtel Dorchester a fait savoir qu'il ne tolère pas le harcèlement sexuel. L'agence d'hôtesses a quant à elle assuré qu'elle n'avait pas eu connaissance de faits de harcèlement sexuel. 

Adrienne Sigel