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Coronavirus: les Irlandais retournent une faveur vieille de 173 ans en venant en aide aux Amérindiens

Le territoire des Navajos, aux Etats-Unis, s'étend sur 71.000 kilomètres carrés.

Le territoire des Navajos, aux Etats-Unis, s'étend sur 71.000 kilomètres carrés. - SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

En 1847, une tribu amérindienne avait envoyé de l’argent pour aider les Irlandais, victimes de la Grande Famine. Aujourd’hui, ils ont souhaité leur rendre la pareille en participant à une collecte de fond alors que les indigènes sont fortement touchés par la pandémie de Covid-19.

C’est une faveur vieille de deux siècles qui vient d’être retournée. Une collecte de fonds en ligne à destination des Navajos, une tribu amérindienne particulièrement touchées par la pandémie de Covid-19, voit les dons affluer en nombre, notamment de la part des Irlandais. Leur élan de solidarité répond à un premier acte de générosité de la part d’une autre tribu amérindienne, les Choctaws, en 1847 alors que la Grande Famine dévastait l’Irlande. 

"Le bon moment pour rendre la pareille"

"Pendant cette période difficile, la nation choctaw avait envoyé 170 dollars aux Irlandais pour les aider, soit aujourd'hui l'équivalent de 5000 dollars", expliquent dans un communiqué les organisateurs de la collecte GoFundMe qui ont déjà récolté plus de 2 millions de dollars. 

A l’époque, les Choctaws étaient pourtant eux aussi victimes de la pauvreté mais "cela ne les a pas empêchés de faire un don à des gens qui se trouvaient à des milliers de kilomètres et qui n’avaient probablement jamais entendu parler de leur communauté", s’émeut une contributrice citée par le NY Post.

"Je savais ce que les Choctaws avaient fait durant la famine alors qu’ils venaient tout juste de subir la Piste des Larmes (une expropriation meurtrière de leurs terres organisée par le gouvernement américain, ndlr). Cette générosité m’a frappé, ça me semblait être le bon moment pour rendre la pareille" aux communautés indigènes, raconte un autre donateur au New York Times.

Des tribus délaissées par le gouvernement américain

Le premier cas de Covid-19 chez les Navajos a été confirmé le 17 mars et depuis, les chiffres des contaminations et des décès ne cessent de croître. A ce jour, 2700 personnes ont été affectées par la maladie et 70 en sont mortes dans cette communauté de 175.000 personnes particulièrement vulnérables en raison de leurs affections chroniques souvent liées à la pauvreté.

La crise sanitaire révèle, avec une acuité particulière, les disparités économiques et sociales qui affectent historiquement les Amérindiens. Sur leurs 71.000 kilomètres carrés de réserve ne se trouvent que 12 établissements de santé. L'agence fédérale dédiée, l'Indian Health Service, souffre de sous-financement chronique: elle ne dépense que 3333 dollars par personne, alors que Medicare, la couverture maladie publique des Américains de plus de 65 ans, dépense 12.744 dollars par an, observe auprès de l'AFP Allison Barlow, directrice du Centre d'étude de la santé indienne à l'université Johns Hopkins. 

Une aide "phénoménale"

Le retard d'infrastructures ne concerne pas que les cliniques. La construction des réseaux d'eau a largement sauté les territoires amérindiens il y a un siècle, selon un rapport de l'ONG DigDeep. 

"Ici même, au milieu de la première puissance mondiale, aux Etats-Unis d'Amérique, nos citoyens n'ont pas le luxe de pouvoir ouvrir un robinet pour se laver les mains avec de l'eau et du savon", explique à l’AFP le président de la nation navajo, Jonathan Nez, selon qui près de "30% de nos citoyens n'ont pas accès à l'eau courante et doivent aller chercher de l'eau à 30 ou 40 km".

Face à ce geste inespéré, la tribu fait part de son extrême reconnaissance envers les Irlandais.

"Les Choctaws ont planté cette graine de la solidarité il y a fort longtemps. L’aide de l’Irlande est phénoménale en cette période sombre pour nous", salue Cassandra Begay, membre de la nation navajo et de l'équipe organisatrice de la collecte de fonds en ligne.
Ambre Lepoivre