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Vol MH370: "Apprendre la mort d'un proche par un texto est très violent"

La proche d'un passager du vol MH370 manifestant sa colère mardi devant l'ambassade de Malaisie à Pékin

La proche d'un passager du vol MH370 manifestant sa colère mardi devant l'ambassade de Malaisie à Pékin - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Après deux semaines d'attente, l'annonce du crash du Boeing 777 de la Malaysian Airlines par les autorités est-elle suffisante pour les familles des victimes? Nous avons posé la question à Hélène Romano, docteur en psychopathologie.

Une communication catastrophique pour une catastrophe aérienne sans précédent. Soumises pendant dix-sept jours à des informations contradictoires, puis informées de la mort de leurs proches par SMS, c'est à bout de nerfs que les familles des passagers du Boeing 777 de la Malaysian Airlines ont appris la nouvelle: l'avion s'est écrasé en mer sans laisser le moindre espoir de retrouver un survivant.

Alors qu'elles sont enfin fixées sur le sort de leurs proches, dans quel état psychologique les familles des victimes se trouvent-elles désormais? Vont-elles pouvoir commencer leur deuil? Hélène Romano, docteur en psychopathologie, apporte pour BFMTV.com son expertise sur ces questions.

Les familles ont été prévenues du crash aérien par SMS. Que pensez-vous de ce mode de communication?

C'est choquant et surtout inadapté. Annoncer la mort d'une personne à un tiers est un moment d'intimité. Il faut absolument privilégier la parole, la rencontre, créer de l'altérité. Mais il n'y a pas qu'en Malaisie que cela se produit. Beaucoup d'institutions, d'entreprises, même françaises d'ailleurs, utilisent ce moyen de communication pour annoncer des choses graves, comme un licenciement.

Un texto est intrusif. Apprendre la mort d'un proche par un écran est très violent. L'être humain a besoin d'une personne physique. C'est pour cette raison que le plus souvent un médecin ou une personne désignée est chargé de transmettre la nouvelle.

Après deux semaines d'incertitude, les familles se sentent-elles enfin soulagées?

Pas nécessairement. Le contexte étant très particulier, à cause de toutes ces alternances entre espoir et désespoir. Ce n'est pas la même situation que lorsque l'on apprend immédiatement la mort de quelqu'un. Ici le contexte d'annonce est très violent. Pour le moment, on l'a vu, c'est surtout de la colère que ressentent ces familles. Elles ont été maltraitées par les autorités, et il faudra du temps pour qu'un début de compréhension s'installe.

Le problème étant que la confiance envers les officiels a été rompue. Ces gens ne les croient plus. Certains vont probablement continuer à être incrédules, penser qu'on leur a menti, que l'avion a peut-être été détourné...et de s'enfermer ainsi dans des convictions délirantes. On l'a vu dans toutes les catastrophes, comme celle du Rio-Paris ou même celle de Brétigny.

Le mystère autour du crash ne sera peut-être jamais résolu, cela rend-il le deuil plus difficile?

L'autre problème qui va se poser, c'est la question des corps. Et elle se pose dans toutes les cultures. L'homme a besoin d'en prendre soin. C'est important pour les proches de récupérer une dépouille, même en partie, car il faut ritualiser la perte pour faire son deuil.

A la fin de la Première guerre mondiale, les familles des victimes étaient tellement tramautisées à l'idée de ne pas avoir d'endroit pour se recueillir que certaines en venaient à voler des corps sur des champs de bataille par exemple, tout en sachant pertinemment que ce n'était pas les leurs. D'où la création de la tombe du soldat inconnu. Il faut matérialiser la mort pour mieux l'accepter.

Même si le mystère est résolu, des familles continueront à croire en leur version, à un scénario dans lequel, par exemple, leurs proches n'ont pas trop souffert. Si mettons l'énigme judiciaire, aéronautique finit par se résoudre, elle risque, cependant de rester une énigme psychique pour ces personnes.

Mélanie Godey