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Que faut-il attendre du sommet Trump-Kim?

Donald Trump et Kim Jong-un -

Donald Trump et Kim Jong-un - - MANDEL NGAN / AFP / KCNA VIA KNS

Les dirigeants américain et nord-coréen doivent se rencontrer dans les prochaines heures. Au menu de ce rendez-vous historique: le démantèlement de l'arsenal nucléaire de Pyongyang.

Un sommet historique. Kim Jong-un et Donald Trump se retrouvent dans quelques heures à Singapour. L'ambiance de cette rencontre promet d'être tendue alors que les relations entre les deux pays ont été marquées par des décennies de méfiance. Jusqu'où ira Pyongyang pour répondre aux exigences américaines de démantèlement permanent de son arsenal atomique?

Une dénucléarisation totale?

Washington martèle que la Corée du Nord doit renoncer à ses armements nucléaires de manière complète, vérifiable et irréversible. Ce que Pyongyang refuse, arguant qu'il en a besoin tant que Washington et Séoul représenteront une menace pour sa sécurité.

"C'est là où la négociation va être intéressante", pointe sur BFMTV Dominique Trinquand, expert militaire et ancien chef de la mission militaire française à l'ONU. Si Kim Jong-un envisage de ne plus poursuivre les expérimentations, hors de question de perdre l'arme nucléaire, "c'est la survie du régime dont il est question".

"À moins d'un coup extraordinaire, il va garder l'arme nucléaire (...) D'autant que le leader nord-coréen, avec l'exemple iranien, a bien vu qu'il a intérêt à la conserver puisque les Iraniens perdent l'accord qui avait été négocié par la volonté de Donald Trump. Les Nord-Coréens estiment qu'ils ont bien joué la partie, qu'ils sont en position de force face aux Américains."

  • Une analyse que partage Annick Cizel, spécialiste de politique étrangère américaine à l'Université Sorbonne-Nouvelle. Selon elle, une dénucléarisation totale est impossible, y compris pour les Américains.

"James Mattis, à la tête de la Défense des États-Unis, a de toute façon prévenu qu'il était hors de question de dénucléariser totalement la péninsule, c'est-à-dire de retirer le bouclier américain, qui protège la Corée du Sud", analyse-t-elle sur BFMTV.

Donald Trump doit ramener une victoire

Du côté du locataire de la Maison Blanche, pas question de rentrer aux États-Unis sans engagement fort de la part du régime nord-coréen. "Or, lorsque Donald Trump annonce qu'il veut la dénucléarisation totale, il va très loin dans l'annonce avant la négociation", poursuit Dominique Trinquand. En réalité, la méthode de négociation du président américain est commerciale. "Il monte très haut les enchères pour ensuite céder."

Pour Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'Iris, spécialiste des questions stratégiques en Asie, un accord en demi-teinte serait toutefois synonyme de réussite. "Son ambition, c'est de ramener une victoire. Il y a des moyens pour que Donald Trump retourne aux États-Unis tout en assurant qu'il n'a rien lâché, comme un programme à long terme avec la création de nombreuses commissions", analyse-t-il pour BFMTV.

Dans le meilleur des cas, estime pour BFMTV Boris Toucas, chercheur au Center for Strategic and International Studies à Washington, "on peut s'attendre à une feuille de route avec des étapes en vue d'une dénucléarisation". Mais il semble difficile d'obtenir plus. "Si Donald Trump n'obtient pas l'engagement de la part de la Corée du Nord de fournir la liste des activités et installations ainsi qu'une inspection précise et complète, ce ne sera pas une victoire". 

Et dans le pire des cas, le sommet se clôturera sur une déclaration "vide de sens sans calendrier avec la promesse de tenir d'autres sommets", ajoute-t-il. "Les Nord-Coréens n'ont rien promis de plus que ce qu'ils promettent déjà depuis 1992: ils se disent depuis cette époque prêts à négocier en faveur d'une dénucléarisation et d'un accord de paix."

L'amorce d'un traité de paix

Si l'enjeu n'est pas la dénucléarisation, quel est-il alors? L'amorce de négociations d'un traité de paix "dans les suites de l'armistice de la guerre de Corée de 1950-1953", ajoute Annick Cizel. "Cela ne pourra pas se faire dans les 48 ou 72 heures parce que les bonnes personnes ne sont pas autour de la table", l'armistice de Panmunjeom ayant également été signé par la Chine et les Nations unies.

"Mais les négociations peuvent s'amorcer. Ce sera déjà une belle symbolique et un beau triomphe pour la diplomatie sud-coréenne qui a engagé ce rapprochement."

Un sommet symbolique

C'est également le point de vue de Jean-Vincent Brisset, pour qui ce sommet est avant tout emblématique. "Il va y avoir un deal entre les États-Unis et la Corée du Nord, bien qu'il soit difficile de savoir à l'avance jusqu'où il peut aller." Ce spécialiste assure que Donald Trump et Kim Jong-un sont loin d'être "des gentlemen qui se réunissent autour d'une tasse de thé". Selon lui, ils sont là pour faire affaire de manière bilatérale. Tout est possible.

"Un laisser-faire économique des Américains vis-à-vis des Nord-Coréens, ou encore une aide au lancement de satellites. Dans tous les cas, ce sommet a d'ores et déjà bénéficié d'une grande publicité dans les médias nord-coréens, ce qui implique que Kim Jong-un ait l'obligation de réussir. Mais un clash serait tout autant pour lui synonyme de succès."

Mais pour Boris Toucas, Kim Jong-un a déjà gagné sa propre partie. "Il s'est retrouvé sur le devant de la scène internationale, a brisé l'unité américaine et de ses alliés et a obtenu en partie une levée de sanctions, notamment grâce à la Chine." Sans compter une rencontre en face-à-face avec Donald Trump, "ce qui renforce sa légitimité".
Céline Hussonnois-Alaya