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Philippines: les anciennes "femmes de réconfort" demandent justice au Japon

Hilaria Bustamante, la "femme de réconfort" la plus âgée des Philippines, à Manille le 15 janvier 2016

Hilaria Bustamante, la "femme de réconfort" la plus âgée des Philippines, à Manille le 15 janvier 2016 - Jay Directo - AFP

Le plus souvent mineures, arrachées à leur famille, elles servaient d'esclaves sexuelles à l'armée impériale japonaise pendant la Seconde guerre mondiale. Les quelques survivantes des "femmes de réconfort" demandent aujourd'hui que justice soit faite, et leur honneur rétabli.

Hilaria Bustamante, 90 ans, contemple avec tristesse un mur de photos de femmes aujourd'hui défuntes qui furent comme elle esclaves sexuelles dans les bordels de l'armée nippone. Mais elle compte bien profiter de la visite aux Philippines de l'empereur du Japon pour demander réparation.

La "femme de réconfort" la plus âgée de l'archipel entend descendre dans la rue, en dépit de son arthrose douloureuse, pour poursuivre un combat qui dure depuis plus de 70 ans.

Enrôlées de force auprès de l'armée japonaise

Jusqu'à 200.000 femmes, pour la plupart des Coréennes mais aussi des Chinoises, des Philippines et des Indonésiennes, ont été enrôlées de force dans les bordels de l'armée impériale japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale.

Aux Philippines, seules 70 d'entre elles sont encore en vie, selon l'association Lila Pilipina.

"Beaucoup sont mortes sans avoir obtenu justice, mais nous allons nous battre jusqu'à notre dernier souffle", affirme Hilaria Bustamante.

Sa voix tremble de colère. "Nous voulons dire à l'empereur Akihito: payez vos dettes. Nous vous tenons responsable des souffrances des femmes de réconfort durant la guerre".

Le manque de sincérité des autorités

Au fil du temps, les autorités japonaises ont présenté leurs excuses aux Philippines, ainsi que des compensations financières, mais celles-ci ont été fournies à dessein par le secteur privé.

Les victimes jugent que ces excuses n'ont pas été sincères. Elles exigent des regrets et des réparations qui émaneraient directement du gouvernement japonais.

Fin décembre, le Japon a conclu un accord "historique" avec Séoul sur ce sujet. Tokyo a offert ses "excuses sincères" et un milliard de yens (7,5 millions d'euros) pour venir en aide aux 46 Sud-Coréennes concernées encore en vie.

Un tel accord n'est pas dans l'air du temps pour les Philippines qui, en dépit de pressions des intéressées, n'ont pas entamé de négociations avec Tokyo.

Le sujet tabou d'un massacre

Le porte-parole du ministère philippin des Affaires étrangères, Charles Jose, a d'ailleurs dit que ce sujet ne serait pas évoqué au cours de la visite d'Akihito, la première d'un empereur du Japon en exercice.

Manille et Tokyo sont devenus alliés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette visite, qui commence mardi et doit durer cinq jours, vise à célébrer le 60ème anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques.

Le Japon est le plus gros investisseur étranger aux Philippines, auxquelles il fournit son aide la plus importante. Manille s'appuie aussi de plus en plus sur Tokyo dans ses contentieux territoriaux avec la Chine.

A.-F. L. avec AFP