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Armée européenne: des retrouvailles cordiales mais fraîches entre Macron et Trump

Le président américain est arrivé à 11 heures précises dans la cour de l'Elysée où l'attendait son homologue français. Les deux hommes ont prononcé quelques mots devant la presse avant de se retrancher pour un entretien en tête à tête.

Donald Trump est arrivé à 11 heures précises dans la cour de l'Elysée où l'attendait son homologue Emmanuel Macron pour un entretien bilatéral avant la célébration du 11-Novembre. Un Donald Trump qui semblait particulièrement remonté à la veille de cet entretien entre deux dirigeants aux vues radicalement divergentes sur la politique internationale.

Pour autant, les deux hommes semblaient détendus quand ils ont prononcé quelques mots à la presse. "Je partage l'avis du président Trump: nous avons besoin de partager le financement de la défense", a notamment déclaré Emmanuel Macron dans ce qui ressemble à une main tendue à Donald Trump.

"J'ai apprécié ce que vous avez dit sur le fait de porter le fardeau de la stratégie de défense collective. Nous aimerions une Europe forte, nous voulons ça tous les deux" a à son tour concédé le président américain. 

Une entente de façade, bien loin de la "bromance" si souvent décrite entre les deux chefs d'Etat.

Un tweet belliqueux la veille au soir

Leur tête à tête en privé pourrait cependant être plus orageux. En effet, malgré le cadre général de cet entretien - la commémoration du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale -, Donald Trump a attaqué bille en tête Emmanuel Macron dès son atterrissage en France vendredi soir, dans un de ces tweets dont il a le secret.

"Le président Macron vient de suggérer que l'Europe construise sa propre armée pour se protéger contre les Etats-Unis, la Chine et la Russie", a-t-il écrit au moment même où Air Force One atterrissait près de Paris. "Très insultant mais peut-être que l'Europe devrait d'abord payer sa part à l'OTAN que les Etats-Unis subventionnent largement!", a-t-il ajouté.

Il faisait référence aux déclarations mardi d'Emmanuel Macron, qui a appelé de ses voeux la création d'une "véritable armée européenne" pour mieux protéger le Vieux Continent. Une grande partie de l'Europe s'abrite sous le bouclier américain depuis l'après-guerre, sans payer un prix satisfaisant pour Donald Trump.

Depuis son élection, Emmanuel Macron plaide constamment pour un renforcement européen de la Défense, la France mettant justement en avant l'incertitude stratégique provoquée par les positions de Donald Trump.

Des divergences nombreuses et profondes

Plus largement, cette saillie illustre les désaccords politiques profonds qui opposent les deux hommes, sur l'environnement, le nucléaire iranien, les relations commerciales, et d'une manière générale, sur la gouvernance des affaires du monde, pour laquelle Emmanuel Macron défend le multilatéralisme, honni par Donald Trump.

Le président français a d'ailleurs organisé dimanche un grand forum international sur la gouvernance mondiale qui, schématiquement, servira de tribune en faveur du multilatéralisme, et donc, en creux, à dire du mal de la politique étrangère américaine de Trump. Ce dernier sera d'ailleurs absent de cette enceinte, préférant se rendre au cimetière américain de Suresnes, près de Paris.

Après la rencontre, la première dame américaine Melania Trump arrivera vers 11 heures et les deux couples présidentiels déjeuneront ensemble à l'Elysée avant de se séparer pour l'après-midi. Le président américain devrait se rendre dans le nord de la France au cimetière américain du Bois Belleau, tandis que Macron prendra le chemin d'une clairière près de Compiègne, au nord de Paris, pour y retrouver la chancelière Angela Merkel pour une cérémonie très symbolique.

Claire Rodineau avec AFP