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Après le Nobel, des dissidents chinois défient le pouvoir

Deux cents dissidents et militants chinois des droits de l'homme estiment que la remise du prix Nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo est un "choix splendide" qui devrait inciter la Chine à se lancer dans des réformes démocratiques. /Photo diffusée le

Deux cents dissidents et militants chinois des droits de l'homme estiment que la remise du prix Nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo est un "choix splendide" qui devrait inciter la Chine à se lancer dans des réformes démocratiques. /Photo diffusée le - -

par Chris Buckley et Ben Blanchard PEKIN (Reuters) - Deux cents dissidents et militants chinois des droits de l'homme estiment que la remise du prix...

par Chris Buckley et Ben Blanchard

PEKIN (Reuters) - Deux cents dissidents et militants chinois des droits de l'homme estiment que la remise du prix Nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo est un "choix splendide" qui devrait inciter la Chine à se lancer dans des réformes démocratiques.

Dans une pétition qui circule sur internet, ils appellent les autorités à "libérer sans délai tous ceux qui sont illégalement détenus".

"Liu Xiaobo est un choix splendide pour le prix Nobel de la paix", écrivent-ils. "Il a persévéré dans la quête des objectifs de démocratie et de gouvernement constitutionnel et a écarté toute colère, même à l'encontre de ceux qui le persécutent."

En décernant le 8 octobre le prix à ce dissident condamné à onze ans de prison pour subversion contre l'Etat, le comité Nobel a salué son "long combat non violent en faveur des droits fondamentaux de l'homme en Chine".

Pékin, qui avait mis en garde la Norvège, a qualifié d'"obscénité" le choix du comité Nobel et les médias officiels ont quasiment passé sous silence l'attribution de cette prestigieuse récompense. L'épouse du dissident, Liu Xia, est assignée à résidence dans son appartement de Pékin .

D'anciens responsables réformistes, parmi lesquels l'ancien secrétaire de Mao Zedong, Li Rui, ont cependant lancé un appel en faveur de la liberté d'expression dans une lettre ouverte adressée cette semaine aux autorités .

Dans leur pétition diffusée vendredi, alors que s'ouvre une réunion du comité central du Parti communiste, les dissidents et militants des droits de l'homme évoquent, eux, des propos récents du Premier ministre, Wen Jiabao.

"AVERSION OBSESSIONNELLE AU RISQUE"

"Dans une série de discours, le Premier ministre Wen Jiabao a laissé entendre un fort désir de favoriser une réforme politique. Nous sommes prêts à nous engager activement dans un tel effort", disent-ils.

Wen Jiabao a notamment déclaré cet été à Shenzhen que "les droits démocratiques et légitimes du peuple devaient être garantis" et que la poursuite de la croissance économique allait de pair avec une "restructuration politique". "La liberté d'expression est indispensable", a-t-il dit dans une interview diffusée au début du mois par la chaîne américaine CNN.

Mais en dépit de ces déclarations, le pouvoir chinois n'a guère laissé transparaître de signes d'assouplissement du contrôle qu'exerce le Parti communiste.

"L'aversion au risque de la direction actuelle est obsessionnelle", note Nicholas Bequelin, spécialiste de la Chine au sein de l'association Human Rights Watch.

Plusieurs signataires de la pétition admettent qu'une ouverture est improbable. "Elle pourrait n'avoir aucun impact sur eux, mais nous signons cette pétition au nom de notre propre conscience", explique l'ancien journaliste Li Datong. "Elle est également importante pour montrer que nous sommes fidèles à ce en quoi nous croyons."

Joint par téléphone, Xu Youyu, qui a participé à la rédaction du texte, a déclaré pour sa part que certains signataires avaient d'ores et déjà reçu des avertissements.

"Je ne pense pas que nous puissions nous attendre à des concessions dans l'immédiat, mais à plus long terme, j'ai espoir que des actes comme celui-ci seront de nature à changer les choses", a-t-il ajouté.

"Nous demandons à ce que des procédures légales visant à libérer Liu Xiaobo soient entreprises sans délai et que Liu et son épouse soient autorisés à se rendre à Oslo pour recevoir le prix Nobel de la paix", demandent les dissidents.

Avec Lucy Hornby, Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser